Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Tu débordes d'imagination scénaristique. Tu as imaginé des histoires parallèles à celle de Naruto. Alors asseyons-nous autour d'un feu et raconte-nous ton histoire dans le monde des ninjas.

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Itachi-san
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Ven 20 Fév 2009, 00:45

26 avril 1789 - Onmu

Une gigantesque cuvette métallique. Au centre, une surface circulaire herbacée et un homme lançant d'une force ridicule une balle, au milieu d'un carré de terre aux sommets duquel étaient disposés quatre petits piédestaux. Un autre homme frappait cette balle d'une force tout aussi ridicule avec une barre en métal, déclenchant la course mollassonne d'un troisième, pendant qu'une foule innombrable disposée tout autour de la surface herbacée hurlait sans que je comprenne pourquoi. J'assistais à ce spectacle intrigant du haut de la cuvette, accroupi à côté d'un projecteur. Et à côté de...

« ALLEEEEZ !!! PLUS VITE QUE ÇA KOSTADO, T'AS LAISSÉ TES JAMBES AUX VESTIAIRES OU QUOI ??? LES ISOTOPES AURAIENT MIEUX FAIT DE TE LAISSER DANS TA CAMPAGNE !!!

−Dis... essayai-je de placer au milieu de tous les beuglements de Marina. Je peux savoir ce qu'on est venu faire ici ?

−Ce qu'on est venu faire ?! Mais enfin c'est la finale du Championnat du Secteur, j'allais quand même pas manquer ça !

−Tu te rappelles que tu es fugitive, non ? Je n'en ai pas l'impression... »

Elle ne répondit que par une mine boudeuse, et recommença à crier après on ne sait qui... en ce qui me concernait, j'avais assez perdu mon temps comme ça. Maintenant que j'avais traversé le pont, je n'avais plus besoin de son aide. En avais-je jamais eu besoin d'ailleurs ? Alors que je m'apprêtais à descendre elle m'interpela une dernière fois.

« Je redoublerais de prudence si j'étais toi, Dôjô. C'est bientôt la fête de l'Union, tout le monde se prépare... et ça va être la fête pour tout le monde si tu vois ce que je veux dire. »

Pour qui me prenait-elle ? Je savais très bien tout ça. Partant sans dire un mot, je repensai à ce qu'elle venait de dire. La fête de l'Union : une semaine de festivités célébrant le rêve de l'humanité. L'Union dans la diversité. Tout au long de ces sept jours s'effectuaient divers échanges culturels entre les régions de l'Union et d'intenses négociations pour tenter de rallier les derniers pays réfractaires. Rien ne devait entacher cette joie et ce bonheur... rien. Pendant que petits et grands humains riaient, festoyaient et s'engraissaient, les chasseurs redoublaient d'efforts pour faire le sale boulot, le « nettoyage » comme ils disaient. Il allait sans dire que c'était la période de l'année la plus meurtrière pour nous ; Nezumaru y avait perdu sa mère... D'ordinaire nous nous abstenions de nous aventurer dehors durant cette « fête », et on pouvait dire que je ne pouvais pas tomber plus mal. Mais bien peu m'importait, je voulais juste atteindre Kukai le plus vite possible.


Une heure plus tard j'atteignis une petite clairière, où j'allais pouvoir trouver de quoi manger autre chose que des barres compactées, et de quoi m'exposer un peu moins. Très vite je sentis une assez forte odeur de sang non loin de là. Sans doute un animal blessé. Sans baisser ma vigilance, je m'approchai de l'origine de l'odeur. Ce qui semblait être la queue de l'animal dépassait de derrière un arbre. Plus haut, un bout de fourrure brune était visible. En avançant encore quelques mètres je compris que l'animal en question n'était pas ce à quoi je m'attendais. C'était un Sarunin agonisant qui était adossé à cet arbre. Perdant toute notion de prudence je me précipitai vers lui… une plaie béante lui déchirait l'épaule, sa respiration était saccadée et son pouls irrégulier… il ne tiendrait clairement pas longtemps. Sans vraiment savoir si il pouvait m'entendre je lui demandai ce qu'il s'était passé tout en sortant une capsule contenant divers ustensiles médicaux, même si je doutais qu'ils eussent la moindre efficacité sur une telle blessure. Cependant avant que je pus faire quoi que ce fût, deux syllabes incompréhensibles s'échappèrent des lèvres du blessé. Il les répéta plusieurs fois et je distinguai un mot… Chi-ku…

« Un piège ? Tu es tombé dans un piège ?

−Argh ! »

Un autre homme venait de tomber lourdement d'un arbre non loin de là, puis un autre quelques secondes plus tard.

« T'as vraiment rien dans la cervelle mon pauvre. »

La voix cynique de Marina m'interpela : une fois de plus elle venait de me sauver la vie. Pourquoi me collait-elle comme ça ?

« Les Isotopes se faisaient battre à plate-couture, j'étais énervée, j'suis partie avant la fin.

−D'accord… soupirai-je exaspérément. Tu m'as aidé à traverser le pont, c'était très gentil à toi. Mais maintenant je n'ai plus besoin de trainer avec toi, je peux très bien m'en sortir tout seul !

−Ah oui ? Et ça c'était quoi ?

−J'aurais pu me défendre.

−T'aurais rien pu faire du tout. Ils t'auraient tiré dans la queue et tu serais mort à l'heure qu'il est. T'as dû comprendre depuis le temps : les chasseurs sont pas là pour pourfendre les Sarunins dans des combats nobles et équitables. Si ils peuvent utiliser un gibier blessé comme appât pour en abattre un autre en restant cachés ils se gênent pas. »

Pour une fois je ne pouvais qu'être d'accord avec elle…

« En parlant de ça… »

Elle leva soudainement deux doigts en direction de celui qui avait servi d'appât, dont le front fut transpercé la seconde suivante par un rayon de lumière blanche, avant de rendre son dernier souffle. La colère montant brusquement en moi, sans réfléchir, je dégainai mon épée et lançai sa lame en direction de Marina, qui la bloqua avec ces deux doigts désormais tachés d'un sang invisible.

« Pourquoi t'as fait ça ?! J'avais l'intention de le soigner !

−Le soigner…? répondit-elle, impassible. Si ces deux types s'en sont servis comme appât c'est qu'il était déjà foutu. Ça n'aurait rimé à rien de le laisser agoniser.

−Ha ! Tu veux dire quoi ? Que tu lui as fait une fleur ? »

La meurtrière resta silencieuse quelques instant, et baissa légèrement les yeux avant de glisser d'une voix à peine audible, en ne s'adressant à personne en particulier…

« On n'a pas le droit de condamner quelqu'un à vivre…

−… Quoi ?

−Rien, je pensais à voix haute. Mais tu vois bien que les chasseurs ne reculent devant rien. T'as aucune chance d'atteindre ta destination vivant à ce rythme-là. J'irai pas jusqu'à dire qu'on est amis, mais en tout cas… je ne suis pas ton ennemie.

−Tu es humaine, tu restes une ennemie pour moi. Tu viens de tuer un de mes camarades sous mes yeux et tu espères que je vais laisser passer ça ? »

Elle soupira un grand coup, lâcha mon épée et alla s'asseoir contre un arbre, l'air pensif.

« Je suis avec toi ou contre toi, donc… les hommes ont une façon de penser si simpliste. Humains ou Sarunins, vous êtes pareil hein… dire que je t'ai sauvé la mise deux fois…

−C'est la seule chose qui me fait te supporter.

−Ça et le fait que je suis de toute façon trop forte pour que tu puisse me tuer ? poursuivit-elle de son habituel ton sarcastique.

−La ferme… fais-moi une faveur : disparais de ma vue ! Lui criai-je en détournant la tête. »

Je sentis un léger courant d'air et en regardant à nouveau, je constatai avec surprise que Marina avait accédé à ma demande. Je déchantai cependant en me retournant pour constater que cette peste portait désormais le cadavre du Sarunin sur ses épaules.

« Enlève tes sales pattes de ce corps !

−On va l'enterrer. C'est la moindre des choses non ?

−Qui t'a dit que les Sarunins enterraient leurs morts ? Ça ne marche pas comme ça chez nous ! »

À ces mots, elle me regarda d'un air surpris et reposa le cadavre sur le sol, presque délicatement. Je n'avais même pas songé à la signification de ce qu'elle venait de dire… Une humaine, ex-chasseuse qui plus est, qui voulait offrir une sépulture décente à un de ceux qu'elle considérait comme du gibier ? Quelque chose n'allait pas… depuis quelques minutes elle était bien trop compatissante vis-a-vis de moi et de mon espèce, comme si elle cherchait à gagner ma confiance…

« Et donc ? Comment on fait, «chez vous» ? dit-elle d'un ton neutre.

−… Soit on les repose dans un cercueil en pierre après les avoir embaumés, soit on les incinère.

−Je vois. La première solution va être compliquée à appliquer, donc je suppose que…

−Je peux savoir à quoi tu joues ? »

Une fois de plus elle arbora son air surpris…

« D'abord tu me sauves la vie, ensuite tu abrèges les souffrances d'un de mes camarades, et maintenant voilà que tu veux te plier à nos rites funéraires. Pour le peu que je connais de toi, ça ne te ressemble pas, et ça ne ressemble pas aux humains. Tu essaies de m'amadouer c'est ça ?

−Hm… si tu le dis. J'ai rien contre les Sarunins tu sais ? dit-elle en ignorant ma grimace incrédule. C'est toujours intéressant d'en apprendre plus sur vous, tout ça…

−Et alors ? Pourquoi tu tiens absolument à être dans mes pattes ?

−Je te l'ai déjà dit non ? Je suis pas ton ennemie. On est tous les deux traqués, autant se déplacer ensemble. J'ai beau être très forte je peux toujours tomber dans un piège.

−Et tu crois que je n'hésiterai pas à te sauver si c'est le cas, c'est ça ? »

Pour toute réponses elle se contenta de rire aux éclats… reprenant son souffle et essuyant une petite larme elle adopta de nouveau un ton plus sérieux.

« Tu le sais peut-être, mais au nord du continent, entre En, Hoktei et Sino, il y a une zone neutre où l'armée n'est jamais présente. À la base, elle a été instaurée parce que Sino voulait un accès direct à l'océan mais que l'Union ne voulait pas céder de territoire. Ce sont donc principalement des commençants de Sino qu'on rencontrera dans cette zone, les Sarunins les intéressent pas ; quand à moi ils me connaissent pas, et même si c'est le cas, en tant que traître à l'Union ils m'accueilleront plutôt à bras ouverts.

−En clair, tu veux qu'on aille jusque là-bas ? Pour quoi faire ?

−Moi, pour tout te dire je dois y rencontrer quelqu'un, et toi… c'est un endroit bien moins dangereux pour les Sarunins que le reste de l'Union, tu pourras y faire escale : Kukai est seulement une centaine de kilomètres au sud de cette zone. Mais je vois pas ce que tu veux aller faire là-bas, à part des salles de jeu y a pas grand chose…

−C'est moi que ça regarde. Tu penses qu'on peut l'atteindre en combien de temps ?

−Si on se dépêche on peut y être dans moins d'une semaine je pense. Tu décides quoi ? »

Elle était insupportable ! C'était ce que j'essayais encore de me dire mais… ses conseils étaient précieux et elle m'avait sauvé la vie, je ne pouvais me résoudre à l'ignorer. Après tout, si elle était fugitive c'était bien pour nous avoir aidés, et elle faisait des efforts indéniables pour ne pas dénigrer mon espèce…


« Bon, ça me paraît être une bonne idée… soupirai-je. Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose à perdre de toute façon.

−Parfait. fit-elle en souriant calmement. On va incinérer ton « camarade » et on y va. »



Durant le trajet, comme prévu, les chasseurs étaient sur le qui-vive, et l'expérience de Marina m'évita de tomber dans une demi-douzaine de pièges… bien qu'un peu moins désagréable elle était toujours aussi loquace. Elle me parla du recrutement calamiteux des Isotopes de Balma cette saison, de la chaleur suffocante qu'il faisait dans le QG de Son Goku, de la façon dont un certain Commandant l'éblouissait par sa beauté et sa classe, de la meilleure façon de faire cuire les racines des plantes carnivores, et d'autres choses qui n'intéressaient qu'elle… et de Kina. Elle me questionnait sans cesse sur elle, s'inquiétant presque exagérément. Comment pouvait-on s'inquiéter à ce point d'une parfaite inconnue qui avait été son ennemie peu de temps auparavant ? C'était peut-être ça qu'on appelait un coup de foudre… penser qu'une telle chose puisse se produire entre un humain et un Sarunin me paraissait tellement improbable qu'il me fallut du temps pour que mon esprit l'accepte. Comme tout ce qui pouvait me pousser à penser que nos deux espèces n'étaient pas si éloignées. Je ne devais pas y penser, je ne devais pas me détourner de mon objectif !

L'entrée dans la zone neutre se fit en longeant la côte, presque sans accrocs. Nous marchâmes jusqu'à une plage après avoir passé les innombrables magasins qui poussaient sur chaque mètre carré disponible ; et à mon grand étonnement nous venions de marcher à découvert sans provoquer le moindre émoi chez les nombreux passants et marchands, quand ces derniers n'essayaient pas carrément de nous vendre quelque chose (probablement, ni Marina ni moi ne parlions un mot de Sinoïen). Pourtant, j'avais beau avoir coupé le reste de ma queue, moi et Ryûketsu ne passions pas tout à fait inaperçus… Depuis la plage on pouvait apercevoir au loin un gigantesque port et de nombreux navires. Et pas le moindre fusil, ni même le moindre uniforme…

La différence de densité de chasseurs au kilomètre carré étant presque déstabilisante… une semaine à être sans arrêt aux aguets m'avait enseigné la prudence, mais m'avait surtout donné l'impression que chaque recoin sombre cachait une embuscade. Et curieusement, moins le danger était présent, plus je me méfiais, frisant la paranoïa une fois la zone atteinte. Je commençais à me demander jusqu'où nous allions marcher sur la plage quand Marina s'arrêta brusquement, scruta un instant les alentours, puis s'étira sans retenue.

« Aaaaah… Rôjô, c'est ici que nos chemins se séparent. Moi je vais pas plus loin…

−Parfait, je vais enfin être débarrassé de t… »

Ma réponse fut interrompue par une vive douleur dans l'estomac… tombant à genou sur le sable, je ne saisis pas tout de suite ce qui venait de se produire…

« … et toi non plus. »

Marina affichait un visage que je n'avais encore jamais observé chez elle. Un visage glacial, impassible, sans pitié et indifférent. Le visage d'un Chasseur qui achevait son gibier. Petit à petit, les choses s'éclairaient dans mon esprit, sans que j'y comprenne quelque chose…

« Sale garce… lui lançai-je en empoignant mon arme pendant qu'elle me toisait de haut. Tu m'as menti ! »

L'attaque était vaine. Je le savais. L'épée qui m'échappa des mains et alla se planter dans le sable en virevoltant n'était que le reflet de mon impuissance et de mon incompréhension… comment avais-je pu être assez idiot pour faire confiance à une humaine ? Pour croire jusqu'au bout qu'elle était différente, qu'elle ne me trahirait pas ? Ce coup de pied était comme une claque me réveillant d'un profond sommeil. Je n'avais ni la force ni la volonté d'affronter la traîtresse. J'arrivais à peine à percevoir ses mouvements, une fois de plus totalement à sa merci. Un coup dans le dos eut vite fait de me faire mordre la poussière, sans que je ne me relève. Me relever ? Pour quoi faire ? Si il fallait que je meure ici, que pouvais-je y faire ?

« Je t'ai menti, tu dis ? Je me rappelle pas quand. Je ne fais plus partie de l'armée, j'avais quelque chose à faire ici, je devais rencontrer quelqu'un et j'avais besoin que tu m'accompagne. Tout ça était vrai. Évidemment j'ai passé les détails, ça aurait été trop long de tout t'expliquer. Pour faire simple, mon boulot était de te trouver et de te faire venir jusqu'ici. Pour le moment tu vas dormir un peu en attendant qu'il arrive…

−At… attends un peu ! Quelque chose cloche dans cette histoire… »

Une fois encore c'est son pied qui m'interrompit, me laissant déguster le sable blanc.

« T'as pas besoin d'en savoir plus. dit-elle sèchement avant de reprendre en ricanant. C'est parfait, je vais enfin être débarrassée de toi, pas vrai ? Je suppose qu'on se reverra plus, alors adieu… Kyôjô. »


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13 Avril 1789 − Lumis


Une vaste pièce rectangulaire, bordée tout le long de baies vitrées. Au centre de la pièce, une longue table à l'extrémité de laquelle je me trouvais sur une chaise, les poings liés, la tête basse. En face de moi, elle se tenait assise sur le bord de la table : décontractée, indifférente, me fixant de ce regard argenté, magnifique et effrayant à la fois. Cette femme dont les humains parlaient avec tant d'admiration, je lui faisait enfin face. Malgré son apparent relâchement, son aura puissante et chaleureuse emplissait la pièce… c'était une sensation apaisante, confortable, destinée à me mettre à l'aise et à endormir ma vigilance. En ce qui me concernait, ses pensées la trahissaient, mais il eût été tentant pour tout autre Sarunin ressentant les énergies de gagner confiance. À l'extérieur, on ne percevait pas la moindre hostilité ; à l'intérieur elle bouillait d'envie de venger ses hommes tombés sous mes coups. Elle ne pouvait pas me le pardonner… non… elle ne pouvait pas se le pardonner ? Dans cette agréable chaleur emplissant la pièce, je ne fus qu'à moitié surpris de la douceur de sa voix lorsqu'elle commença à m'interroger.

« Nous te tenons enfin, Cue-Limyos. Veuille nous excuser de ce surnom un peu lugubre, mais tes « faits d'armes » ne nous inspirent pas autre chose. Et estime-toi heureux qu'on ait donné un nom un peu impressionnant à une pourriture comme toi. Mais je prône toujours la diplomatie, je n'utilise la force que quand je n'ai pas le choix même si là, tout de suite, j'ai envie de tuer de mes propres mains, et je sais que tu sauras te montrer coopératif. »

Je ne répondis rien. Il n'y avait rien à répondre pour l'heure. Elle ne tournait autour du pot que pour ne pas paraître trop brusque.

« Je vois… tu es plutôt du genre réservé. Moi non plus je ne parle pas aux gens plus que nécessaire. J'espère bien que c'est le seul point commun entre nous deux ! Je vais en venir au fait, alors. Des attaques ont eu lieu dans plusieurs villes de l'Union récemment, perpétrées par des Sarunin, comme toi. Tes agissements sont-ils liés, oui ou non, à ces attaques ? finit-elle d'un ton presque amical. »

Je n'avais pas attendu qu'elle me pose la question pour savoir de quoi il retournait. Et je n'étais pas surpris. Ce genre d'opérations aurait inévitablement lieu dès lors que les membres de Rivina seraient suffisamment nombreux. Je relevai la tête pour fixer les pupilles d'argent, osant soutenir ce regard hypnotisant… Y étais-je lié ? Encore quelques mois auparavant ma réponse aurait été oui. Mais aujourd'hui la justesse de leur cause m'apparaissait de moins en moins évidente. Je n'avais pourtant pas oublié mon rêve. Mon unique rêve…

« Moi… je suis juste Sarunin comme tant d'autres, qui rêve de redonner une terre à son peuple… répondis-je en souriant du coin des lèvres. »

Après un instant de silence, elle soupira profondément.

« Il aurait agi de son propre chef ? C'est ce que nous avions supposé vu qu'il est seul et qu'il ne procède pas du tout comme les terroristes mais… Connaissais-tu l'existence de ce groupe terroriste ? »

Un peu que je le connaissais…

« As-tu été en contact avec un ou plusieurs de ses membres ? »

Elle n'attendait pas que je réponde. Elle n'en avait pas besoin : la façon dont elle formulait les questions en témoignait. Les liens qui entravaient mes poignets mesuraient mon pouls dans le même temps.

« Sais-tu qui les dirige ? »

Sa voix n'avait pas perdu sa douceur et le ton était toujours amical. Mais le rythme des questions s'accélérait…

« Est-ce que le nom de Jinei te dit quelque chose ? »

… Que faisait cette question au milieu des autres ? Qu'est-ce que ce dénommé Jinei avait à voir là-dedans ?

« Jamais entendu parler…

−Hm… je m'en doutais. Évidemment, Jinei n'est pas idiot. Si il avait survécu et pris la tête de ce groupe, il aurait sûrement caché son identité.

−Qui est ce type ?

−Excuse-moi, fit-elle en souriant, mais c'est moi qui pose les questions ici. Mais puisque tu demandes… ce « type » mesure environ un mètre quatre-vingt cinq, il a la peau noire, un accent des régions équatoriales, il est assez frileux, et a probablement des marques de brûlures intenses sur le corps…ça ne te dit vraiment rien ? »

… Qu'est-ce que ça signifiait ? Non, c'était sûrement une coïncidence, ça ne pouvait pas être possible… des hommes lui ressemblant il y avait sans doute des tas. Et elle ne pouvait de toute façon pas avoir déjà découvert qui dirigeait Rivina. Un traître dans leurs rangs ? Ça ne pouvait pas arriver. Pas depuis ce jour. Et si ça avait été le cas cette femme n'aurait pas eu besoin de m'interroger.

« Ho…? À voir ta tête, ton pouls, et… elle ferma les yeux un instant. … à sentir ton aura, on dirait bien que ça te dit quelque chose finalement. Il semble également que tu connaisse ce groupe. Mais il agit malgré tout de son propre chef… Il y a donc deux hypothèses : soit il est en contact avec le groupe sans y participer directement, soit il en faisait autrefois partie mais l'a quitté pour quelque raison… »

Ça devenait dangereux… je n'avais aucune envie qu'elle en apprenne trop sur eux. Elle allait à présent sans doute rechercher des informations plus précises. Et quelque chose me disait qu'il ne serait pas si simple de continuer à me taire. Le Commandant commença à se diriger vers la porte derrière moi…

« Sois sage et attends-moi ici. Il ne m'en dira sûrement pas plus de lui-même, il va falloir recourir au sérum de vérité spécial Sarunin… mais c'est encore un produit expérimental, on a déjà eu des mauvaises surprises avec ; il est une source d'information trop précieuse, je ne voudrais pas qu'il nous claque entre les doigts…

−Attends !

−… Allons bon. dit-elle d'un ton faussement guilleret en s'arrêtant net. Ne me dis pas que tu vas parler tout seul, comme un grand ?

−Qu'est-ce vous comptez faire si vous trouvez ce groupe ?

−Pardon ? répondit-elle d'un ton offusqué. N'est-ce pas évident ? C'est notre rôle d'éliminer les menaces pour l'Union. Ce sont des terroristes et des Sarunins, lorsque nous les trouverons ça nous fera deux raisons de les exterminer.

−Presque tous les humains semblent penser ça… Vous n'avez jamais pensé à accepter Sarunins dans votre société ? »

Cette fois c'est par un éclat de rire qu'elle répondit. Revenant en face de moi, elle posa violemment sa main droite sur la table. Je commençai à me concentrer… Son regard d'acier ne dégageait plus que des envies de meurtre que son sourire faux dissimulait à peine. Et l'atmosphère chaleureuse dans laquelle avait baigné la pièce jusqu'à présent s'était soudainement estompée.

« Vous accepter ? Mon cher Cue-Limyos, tu vois ce grand parc, en bas sur ta droite ? C'est le cimetière militaire, qui s'est beaucoup rempli ces derniers temps. Grâce à toi cela va sans dire. La phrase que tu viens de dire, tu l'as dite devant la tombe de TOUS LES HOMMES ET LES FEMMES HUMAINS QUE TU AS TUÉS ! Tu aurais pu la dire également devant tous les orphelins que toi et tes camarades ont laissés dans leurs attaques ! Oserais-tu dire, devant ces orphelins : « J'ai détruit votre famille, mais acceptez-moi » ? »

Elle ne souriait plus. Il n'y avait désormais plus que sa rage qui parlait. Et ses paroles reflétaient le cœur du conflit qui déchirait nos deux espèces… je devais me concentrer, encore un peu…

« Tu sais, toutes les espèces du règne animal aspirent à une même chose : survivre. Pour ça elles doivent éliminer les espèces nuisibles à cette survie s'il le faut. Un Sarunin enfant possède en moyenne 10 fois la force d'un humain de même âge. À l'âge adulte, même les plus faibles la possèdent 20 à 30 fois. Que crois-tu qu'il se passerait si on vous laissait proliférer ? »

Encore un tout petit peu, encore un effort et je pourrais…

« Ton espèce est une menace pour la survie de l'humanité, par conséquent nous devons l'éliminer. Ce n'est ni plus ni moins que la loi de la nature à laquelle toute espèce est soumise… c'est aussi simple que ça. »

Oui, j'y étais presque…

« Et en dehors de ces considération d'instinct animal, si ça ne tenait qu'à moi rien ne ferait plus plaisir à mon côté humain que de jeter ton cadavre aux chiens après ta mort… et même si le sérum le tue avant qu'il n'ait donné toutes les réponses, au pire il reste la fille… »

Juste à temps ! Je parvins à laisser échapper de l'extrémité de mes doigts un fin rayon d'énergie ; fin mais suffisamment puissant pour sectionner ma propre queue d'un seul coup. Mon aura s'amplifia brusquement et Lyendith faillit trébucher sous l'effet de la surprise. Il ne me fallut que quelques secondes pour me libérer par la force de mes liens et armer une boule de feu qu'elle contra par une des siennes. Je n'espérais pas la toucher sérieusement avec l'explosion, mais au moins l'aveugler quelques instant. Pour l'heure j'avais autre chose à faire que de me frotter à un Commandant. Traversant les couloirs et détruisant les portes que je rencontrai sur ma route, c'est vers le sous-sol que je me dirigeai : je devais la sauver, c'était tout ce qui comptait à cet instant. J'eus vite fait d'assommer les gardes qui me bloquaient le passage. C'était là : la dernière cellule à gauche. Elle était immobile, recroquevillée, la tête dans les genoux. Je n'avais pas le temps de chercher la clé sur un des gardes… je réussis néanmoins à trouver le bouton pour qu'elle m'entende…

« Ciana ! Recule !

−Hein…? Vous…? Qu'est-ce que…

−Recule s'il-te-plaît, je vais faire sauter cette vitre ! »

Après qu'elle se fut exécutée il me fallut, à ma grande surprise, deux coups de poing pour éliminer l'obstacle. Je me précipitai à l'intérieur pour lui ôter ses entraves…

« Qu… Qu'est-ce que vous faites avec ma queue ?

−Pardon, dis-je en pointant deux doigts sur son appendice, ça risque être un peu douloureux…

−Comment ç… AAAH ! Ça ne va p… qu'est-ce que… mes forces reviennent…?

−Quand notre queue nous gêne, le meilleur moyen c'est couper. Tu ne savais pas ?

−Je n'y avais jamais vraiment pensé… mais monsieur le Sarunin, pourquoi vous…

−On a pas le temps, accroche-toi à moi, je vais te sortir de là. Et appelle-moi Vaki. »

Ciana se cramponna à mon cou, mais à peine sorti de la cellule je fus accueilli par une boule de feu venant de la droite et eus tout juste le temps de me tourner pour ne pas que la jeune fille soit touchée. Je parvins à me ressaisir vite et à poursuivre ma route mais fus sévèrement sonné par la charge. Un projectile aussi puissant ça ne pouvait être que…

« Cue-Limyoooos ! Tu t'en tireras pas si facilement ! »

Elle n'était pas Commandant pour rien, et gagnait rapidement du terrain sur nous… L'escalier suivant débouchait sur une salle remplie d'apprentis en plein entraînement. Tous furent bien trop surpris pour réagir, mais alors que leur professeur s'apprêtait à nous prendre en chasse, notre poursuivante le somma de rester en retrait. Les fenêtre de la salle volèrent en éclat en même temps qu'une ombre me passa devant. J'évitai son coup de justesse tout en prenant mes distances. Nous flottions à présent dans les airs, face à face, un sourire satisfait sur les lèvres du Commandant Lyendith. Tandis que son regard nous perçait, je n'avais pas besoin d'entendre les pensées de Ciana pour comprendre qu'elle était terrifiée. Ses tremblements en disaient suffisamment…

« Mais que vois-je…? Ne serait-ce pas la demoiselle pressées de la dernière fois ? Je n'aurais peut-être pas dû te laisser partir finalement. Ça n'est pas gentil de me fausser compagnie, je ne t'ai pas encore interrogée.

−Elle a rien à te dire. Et puis, je n'ai pas envie te la donner.

−Tu crois que je vais demander ta permission peut-être ? Elle est peut-être faible mais ça reste une Sarunin. L'avoir laissée filer une fois est déjà une faute professionnelle, je perdrais la face si ça devait se reproduire.

−… Ça dépasse votre entendement, pas vrai ? »

Son sourire s'effaça une fois de plus ; l'espace d'un instant elle sembla légèrement surprise.

« De quoi parles-tu ?

−Qu'un enfant naît d'un humain et d'un Sarunin… vous autres vous ne pouvez pas croire. Vous ne pouvez pas accepter. »

La réaction de mon adversaire fut celle escomptée : une mine mêlée d'incrédulité et de dégoût à la simple idée que cela puisse être vrai.

« Qu'espères-tu me dire au juste ? Que nos deux espèces peuvent se mêler, et même s'aimer sans se détruire ? À qui veux-tu faire croire ça ?

−Qu'est-ce que vous en savez ? cria Ciana, la voix tremblante en se libérant de mon étreinte. Pourquoi ça vous paraît si imp… »

Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Lyendith était déjà devant elle, en train de rassembler une grande quantité d'énergie dans sa main droite, prête à viser Ciana…

« Je ne t'ai pas demandé ton avis, gamine. »

Le rayon transperça mon épaule gauche alors que j'écartai la jeune fille de la trajectoire, tout en agrippant le bras de mon adversaire et en la lançant à terre dans un grand fracas. J'attrapai Ciana par le bras et volai, le plus vite que je pouvais, en direction des montagnes. Elle devait rentrer dans son pays, en sécurité, loin de cette femme. Je ne pouvais de toute façon pas me mesurer à elle, presque choqué de savoir qu'une simple humaine puisse obtenir une telle puissance. Arrivé près de la frontière, je descendis. Ma blessure ne me permettait pas de continuer plus loin.

« Rentre chez toi, petite… et ne remet plus jamais les pieds dans Union…

−Vaki… votre épaule… fit-elle d'une voix terrifiée. Pour… pourquoi vous faites tout ça ? Après tout… ce que vous avez fait… tous ces humains…

−Tss… comment dites, déjà…ah oui… « Il n'y a qu'imbéciles qui changent pas d'avis »… Les gens comme toi… les gens comme toi sont preuve…

−Comment ça ?

−… preuve que la haine n'est pas seule possibilité entre nos deux espèces. Maintenant va-t-en. Elle va bientôt revenir.

−Mais vous, est-ce que…

−VA-T-EN ! Je ne peux pas venir avec toi. Que se passera-t-il si elle sait que je suis dans ton pays ? Je peux m'en sortir tout seul. Elle n'aura pas si facilement. »

C'était probablement une larme que je vis sur sa joue à ce moment-là. Elle s'en retourna et se précipita derrière la frontière, disparaissant de ma vue. J'essayai à mon tour de me relever mais ma blessure était plus grave encore que je ne le pensais… Sur les genoux, je finis face contre terre lorsque le pied de mon bourreau se posa violemment sur mon dos.

« Tss… elle s'est encore échappée, ma réputation va en prendre un coup. En revanche, toi… poursuivit-elle en piétinant ma blessure, m'arrachant malgré moi un râle de douleur. C'est la dernière fois que tu nous cause des ennuis. Une dernière volonté, ordure ? »

Mon ultime geste de résistance fut un sourire esquissé avant de prononcer mes derniers mots.

« Ne faites pas même erreur que moi.

−C'est tout ? »

En regardant devant moi je pus apercevoir une silhouette cachée derrière un rocher non loin de là, qui observait la scène. Le rayon traversa mon cœur… tout devint silencieux… la silhouette derrière le rocher hurla… je partais l'esprit un peu moins confus : ces enfants représentaient l'espoir de nos deux peuples…





à suivre…


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Voilà voilà ! Pour tout dire, j'aurais aimé développer Vaki un peu plus longuement et que son revirement soit plus progressif (parce qu'après relecture ça paraît quand même un peu précipité), mais il faut aussi quand même que j'avance un peu… je sais que Ciana semble ne servir à rien pour le moment mais je compte en faire quelque chose :razz: Elle et Lyendith sont les deux personnages sur lesquels je prend le plus de plaisir à écrire.

Si vous êtes en manque de repères, voilà une petite carte pour situer les personnages les uns par rapport aux autres.
Image



Pour l'instant c'est surtout en haut à droite de la carte qu'il faut regarder. :razz: La carte indique la position de chacun des narrateurs au début du chapitre.
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Tinton2 » Dim 26 Avr 2009, 21:30

Yo, ton plus précieux fan commente enfin, mais il a une excuse, il n'avait pas le ternet pendant deux mois. Dis, tu lui pardonnes ?

Alors dans l'ensemble j'ai bien aimé ce chapitre. Tout d'abord parce qu'il est bien écrit, ensuite parce que Vaki me plaît et enfin parce que l'histoire fait un véritable bond en avant et j'ai l'impression que Kyôjô va se réveiller là où il voulait aller, dans l'antre des terroristes et va commencer son entraînement.

Enfin, que du bon pour l'avenir quoi !

Sincèrement,
Ton fidèle lecteur. :yes:
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Dim 26 Avr 2009, 23:15

Merde… normalement les pensées de Lyendith que Vaki entend pendant l'interrogatoire sont en italique, je croyais l'avoir fait mais je m'aperçois que non… Bref c'est corrigé :razz:

Merci pour ton com en tout cas :redface: Content que tu aies apprécié Vaki, j'avais peur de m'être un peu précipité avec lui :hein:

Dans le prochain chapitre je compte revenir un peu sur Jin et Kina, ça va faire un moment qu'on est sans nouvelle d'eux.
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mar 27 Avr 2010, 23:22

Hop hop, attention ça sort du four :o


Kyōjō s'est séparé de Jin et Kina après avoir rencontré Vaki, un Sarunin qui lui indique où trouver le repaire d'un groupe révolutionnaire Sarunin. Il se dirige donc vers la ville de Kukai et reçoit l'aide inattendue de Marina, qui s'est échappée et dit avoir quelque chose à faire près de là-bas. Mais cette "aide" se révèle être une supercherie, Marina n'avait pour but que d'attirer Kyōjō à un point de rendez-vous, mais pour quelle raison ?
Peu après avoir rencontré Kyōjō, Vaki est capturé et fait la connaissance de Ciana, métisse humaine-Sarunin qui a été prise pour une terroriste et a été enfermée avec lui. Alors qu'il est interrogé par le Commandant Lyendith sur un groupe terroriste composé de Sarunin, il parvient à s'échapper et fait tout pour sauver Ciana, au prix de sa vie. Lyendith est, elle de plus en plus convaincue que le chef de ce groupe n'est autre que Jinei, son ancien Commandant qui avait commis une grande trahison envers l'Union un an auparavant et est censé avoir été exécuté.



Chapitre 14
Rêve



11 Avril 1789 – Arata, sous la région de Dumia

Mirie et son fils avaient quitté la pièce pour ne pas nous déranger. Malgré cela, Jin et moi restâmes assis là, face à face, sans prononcer le moindre mot. Nous ne savions pas vraiment par où commencer en fait… après quelques minutes je brisai hasardeusement le silence.

« Alors… Kyōjō est vraiment…

−… Il est parti, oui…

−Est-ce que… est-ce que tu as une idée de ce qu'il compte faire…? »

Il entrouvrit la bouche puis se ravisa, comme s'il n'était pas sûr lui-même de ce qu'il allait répondre. Avant de se lancer.

« Le type de tout-à-l'heure… celui qu'on a rencontré à l'entrée de la grotte… je lui ai parlé…

−V… vraiment ? Est-ce qu'il sait où est allé Kyōjō ? dis-je brusquement, sans pouvoir étouffer une note d'espérance dans ma voix.

−Oh oui il le sait… c'est même lui qui lui a dit d'y aller. Mais il n'a pas voulu me le dire. ajouta-t-il en anticipant ma question. Il m'a juste dit qu'il irait là où on lui apprendrait à se servir de sa haine, ou autre connerie dans ce genre…

−Tu veux dire qu'il est parti rejoindre des Sarunin… qui ont tourné comme lui ?

−C'est ce que je crains, oui. Sans doute une sorte de groupuscule révolutionnaire… il faut être cinglé pour s'engager dans ce genre de groupe… j'ai entendu dire qu'il y en avait eu quelques uns mais qu'ils avaient tous fait long feu. Cet idiot risque juste de se faire tuer !

−Mais il nous l'a dit, non ? Il préfère mourir que de rester caché sous terre à regarder notre espèce se faire décimer. C'est comme ça qu'il raisonne depuis la mort de mon frère… »

Jin resta silencieux un moment, le visage fermé, avant de se mettre à regarder en l'air.

« Nezumaru… je comprends toujours pas comment il a pu se faire tuer. C'était le Sarunin le plus fort que je connaissais, même Kyōjō avait jamais réussi à le mettre au tapis. Je sais pas, il paraissait vraiment… invincible.

−C'est parce qu'il ne semblait jamais perturbé. Il était toujours calme, optimiste et joyeux, il ne perdait jamais confiance. C'était étrange, on se sentait apaisé à côté de lui, comme si il dégageait des ondes positives. La seule fois où je l'ai senti en colère c'était à la mort de Maman, il y a deux ans… pendant quelques jours j'ai eu l'impression de voir une autre personne… puis il est redevenu normal.

−C'est vrai, c'était aussi l'impression qu'il me donnait… »

Pendant un instant j'avais cru voir l'ombre d'un sourire sur le visage de Jin, et il semblait avoir remarqué la même chose chez moi. Le simple fait d'évoquer la mémoire de mon frère semblait détendre l'atmosphère, comme si ce souvenir avait conservé ces ondes positives.

« Je me demande ce qu'il dirait si il voyait comment est devenu Kyōjō… reprit-il. Nezumaru était fasciné par les humains, il adorait les étudier. Il aurait sûrement jamais cherché à se venger. Non, il aurait cherché une autre solution…

−Je crois bien qu'il connaissait plus de langues que la plupart des humains, comme pour mieux comprendre chaque peuple. Il volait sans arrêt des livres dans des bibliothèques, ça a lui a même attiré quelques ennuis… dis, Jin… tu crois… qu'il aurait essayé de l'arrêter ? »

Il sembla légèrement pris de court par ma question. Avait-il peur d'avoir compris ce qu'elle sous-entendait ? Son visage se fit soudain plus sombre, plus pessimiste…

« Et toi, Grande Sœur… tu crois encore pouvoir l'arrêter…?

−Je… je ne sais pas… je ne sais plus… il semble tellement déterminé… et puis, on ne sait même pas où il est, comment va-t-on le retrouver ? Mais en même temps je comprends ce qu'il ressent, je ne peux pas rester là à ne rien faire…

−C'est vrai. Nezumaru n'aurait sans doute pas agi comme Kyōjō, mais ils avaient le même rêve au fond. Ils voulaient que notre peuple puisse prospérer en paix… »

Le silence tomba à nouveau. Nos pensées venaient de suivre le même chemin, vers une décision qui peu à peu s'imposait à nous. En un sens, la folie et la disparition de Kyōjō étaient un coup dans le dos qui allait nous permettre d'avancer vers un véritable objectif. Celui de « vivre et non plus survivre »… comme ils le souhaitaient tous les deux… et comme nous le souhaitions tous finalement. Même avec mon corps malade, et même si je savais que mort n'attendrait pas longtemps avant de venir me prendre, je ressentais de plus en plus le besoin d'agir. De changer ce que je pouvais changer. De rendre utiles les quelques années qu'il me restait. Gonflée d'une motivation nouvelle, sans vraiment m'en rendre compte, je me levai brusquement et plaquai mes mains sur la table en la fissurant légèrement…

« Grande sœur… bégaya Jin en esquissant un mouvement de recul. tout va bien, t'es s…

−Tout va très bien ! C'est décidé, moi aussi je vais faire ce que je peux pour changer les choses !

−Euh… oui…

−Quelque chose ne va pas…? demandai-je en reprenant quelque peu mes esprits. »

Le visage de Jin avait semblé intrigué un instant, mais il se mit soudain à pouffer de rire avant de se reprendre.

« Non, c'est juste que… ça faisait longtemps que je t'avais pas vue sourire comme ça. Ça fait vraiment du bien de te voir cette expression, depuis un an tu avais l'air toujours anxieuse. Ça me faisait de la peine.

−C'est vrai… quand Nezumaru est mort je me suis dit que je devais sourire autant que possible pour ne pas qu'il soit triste en me regardant… mais je n'ai fait que me fourvoyer. J'avais beau sourire machinalement, ça ne changeait rien à ma tristesse. Si je veux vraiment qu'il puisse me regarder fièrement, je peux au moins faire perdurer son rêve… je ne veux plus rester sous terre à me morfondre… je ne veux plus me mentir ! »

Jin me fixa, les yeux grand ouverts, pendant quelques instants. Puis, avec un léger sourire il se leva à son tour, contourna la table et me pris dans ses bras sans prévenir, me faisant presque mal. Il était facile de l'oublier, mais Jin était encore un enfant… se séparant de moi, il sourit de plus belle, le regard fier et en croisant les bras.

« Ça c'est ma grande sœur ! Ça me redonne la pêche tout ça ! Compte sur moi pour te suivre… bon, j'ai pas encore d'idée précise de ce qu'on pourrait faire… mais en réfléchissant on va bien trouver !

−Ah non, reviens ici, laisse-les tranquille ! »

Mirie venait d'entrer dans la pièce, à la poursuite de son fils qui avait dû tromper sa vigilance une fois de plus. Mais ses plates excuses étaient teintées d'un ton étrange ; elle semblait s'excuser plus pour avoir entendu notre conversation que pour l'avoir interrompue…

« Ah… Mirie… demandai-je d'un ton un peu hésitant. Ça ne vous dérange pas qu'on dorme chez vous ? Nous repartirons demain… nous avons certaines choses à faire.

−Au… aucun problème, vous pouvez rester tant que vous voudrez… »

Le dîner se déroula sans autre incident que les taches dont se couvrait le petit en dépit des réprimandes un peu désespérées de sa mère. Jin et moi avions vite fini par envisager de nous couper la queue et d'intégrer la société humaine dans notre région natale. Il fallait pour cela connaître parfaitement cette société, ses règles et ses usages : les nombreux livres qu'avait vol… empruntés mon frère de son vivant étaient toujours dans notre ancienne maison et allaient être une précieuse source d'informations pour nous permettre de nous préparer au mieux.

Le lendemain matin, peu avant notre départ, Mirie nous salua de son habituel ton hésitant. Mais quelque chose nous troublait, Jin et moi, elle semblait… encore plus hésitante que d'habitude.

« Quelque chose ne va pas ? demandâmes-nous à l'unisson. »

Elle se tortilla les doigts pendant un long moment avant de lancer d'une voix qui s'apparentait plutôt à un murmure…

« … non rien, j'ai oublié ce que je voulais dire… ce n'est pas grave. Faites bonne route, Kina, Jin… finit-elle avec un sourire. »

Nous partîmes sans poser plus de questions mais… l'espace d'un instant j'avais juré qu'elle allait demander si elle pouvait nous accompagner.



_______________________________________________________________________________________________________



15 Avril 1789 − Base souterraine au milieu des plaines de Chiyuki


J'avais été laissée seule dans ma cellule pendant près d'une semaine, à méditer sur le crime que j'avais commis et à ruminer deux pensées envahissantes : le châtiment qui allait m'être infligé et le visage de Kina. Pourquoi ? Je ne devais plus penser à elle, c'était une ennemie ! Une ennemie au regard envoûtant… non, c'était une inconnue ! Une si belle et si douce inconnue… mais c'était à cause d'elle que j'étais dans cette situation ! Mais je ne pouvais pas la laisser ici, qui sait ce qu'ils lui auraient fait… si seulement… si seulement…! Je devais m'y faire, j'allais devoir croupir en prison jusqu'à la fin de mes jours − je trouverais bien un moyen de m'évader, remarquez. Mes tourments étaient de temps en temps interrompus par les repas que les gardes passaient par l'ouverture dans la porte, mais la plupart restaient intouchés. Je me disais que la faim allait me distraire de mes pensées maussades. Et puis j'étais une dure à cuire, je pouvais bien me permettre de sauter quelques repas. Je n'étais pas comme ces Sarunin qui devaient engloutir des repas de régiments ! Sarunin… Kina… aaah… rien à faire, je n'y arrivais pas.

Ce fut au moment où je m'y attendais le moins que Junkoku entra dans la pièce. Lui il saurait me comprendre, il savais comment j'étais, il me pardonnerait bien vite et tout serait oublié ! C'était ce que j'espérais mais je me doutais que ça ne serait pas aussi simple. Son visage fermée et sa réticence à me regarder dans les yeux pendant qu'il s'asseyait devant moi ne tardèrent pas à me le confirmer.

« Je veux bien te laisser une chance de réintégrer l'armée à mes côtés… »

… Hein ? Je devais avoir mal entendu ?

« … Pour ça il va falloir que tu accomplisses une petite « mission » pour moi. »

C'était bien ce que je pensais : ça ne pouvait pas être aussi simple…

« Je me suis entretenu avec Kalza, et on s'est mis d'accord : puisque tu as laissé ces Sarunins s'enfuir, c'est toi qui va les retrouver et les capturer. En particulier celui avec l'épée − comment il s'appelait déjà…? En tout cas, tu devras les emmener à un endroit précis. »

C'était tout ? Je devais les retrouver, les faire dormir un peu et les livrer là où on me le demanderait ? Ça ne pouvait pas…

« Cependant… »

… être aussi simple…

« … ne crois pas t'en tirer en les assommant, en les ligotant et en les livrant à l'endroit prévu. Une fois que tu les auras retrouvés, tu devras t'arranger pour gagner leur confiance et les y attirer. Une mission qui requerra tout ton culot, ton intelligence et ta fourberie, en somme »

Le culot et la fourberie étaient de son côté, oui ! Comment osait-il me proposer une mission pareille… je ne savais pas si j'allais avoir la force de tromper Kina une deuxième fois après l'avoir aidée à s'échapper… est-ce que par hasard…

« Ça peut te paraître culotté de ma part de te demander ça, mais je veux être sûr que ce qui s'est passé ne se reproduira pas. Tu sais ce qu'il en coûte de faire ami-ami avec des Sarunin. Ou d'avoir le béguin pour eux… »

Pourquoi me regardait-il comme ça ? Je n'y pouvais rien, moi…

« Ta destination se trouve au nord-ouest d'ici, sur la plage de Fenlava dans la Zone Neutre. Peu importe le temps que ça prendra, mais essaie de ne pas trop traîner quand même. Si tu réussis je te jugerai de nouveau digne de confiance et passerai l'éponge sur ton moment d'égarement ; si tu te perds en chemin, eh bien… En attendant moi et Kalza − tu le rencontrera là-bas − serons les seuls au courant. Ne t'attends donc pas à ce que la tâche te soit facilitée, tu seras une fugitive à part entière. »

Commençant à se relever, il soupira un grand coup, l'air de dire que ces explications le fatiguaient… après s'être étiré nonchalamment le cou, il s'avança vers moi et sorti une petite clé, me libérant des menottes faits maison dont j'avais pu constater la solidité durant cette semaine de détention, avant de se diriger vers la porte…

« Je vais assommer discrètement les gardes et créer une ouverture pour que tu puisses t'évader, j'arriverai bien à faire passer ça pour un accident. Je vais aussi te donner une capsule avec quelques vêtements… après ça tu devras te débrouiller. »

Il comptait sûrement faire croire que je lui avais dérobé les clés grâce à un de mes coups fourrés. Comme si j'en étais capable… bah, les soldats le croiraient, de gré ou de force : Junkoku n'était pas vraiment le genre de personne que l'on pouvait contredire sans risquer sa peau. En revanche, moi, si j'arrivais à en revenir, j'allais avoir une réputation exécrable, vous parliez d'un cadeau empoisonné ! Mais une autre interrogation me vint tout-à-coup…

« Ah, j'allais oublier ! dit-il en se retournant vers moi en sortant un petit appareil rond qu'il me lança. Tu vas te servir de ça pour les repérer. Je comprends pas vraiment comment ça se fait, Kalza a dû placer une espèce de mouchard sur l'un d'eux… enfin bon, il m'a dit que tu pourrais les retrouver facilement avec ça. Réjouis-toi, ça va te mâchera la première moitié du boulot. »

Observant l'objet distraitement et en l'allumant, je constatai que ce radar était un peu étrange : le cadran était totalement vierge, si ce n'était de deux flèches en haut à gauche indiquant à peu de choses près la même direction ; la distance de quelques centaines de mètres qui annotait la plus à droite ne bougeait pas, contrairement à l'autre, à plus de deux cent kilomètres… en regardant de plus près, il me semblait avoir déjà vu cet appareil quelque part… dans un musée… c'était un Dragon Radar ? Plus aucun n'était fabriqué depuis la fin de la dernière guerre, près de cinq siècles auparavant. Et pour cause, ils étaient censés être devenus parfaitement inutiles, de simples reliques sanglantes de l'Ancien Monde… alors pourquoi celui-là indiquait-il deux directions, dont l'une n'était même pas un Dragon Ball ? Non, comme l'avait dit Junkoku, ce Kalza devait avoir placé un mouchard spécial…

Le savoir ne m'avancerait à rien de toute façon, j'allais pouvoir retrouver mes cibles facilement, et c'était bien tout ce qui comptait. En levant les yeux je constatai toutefois que pour la première fois Junkoku me regardait en face. Mais son expression était inhabituelle, comme anxieuse…

« Tu reste muette depuis tout-à-l'heure, tu es sûre que ça va ? »

C'était une bonne question. J'avais moi-même du mal à savoir si j'étais heureuse ou sceptique de me voir offrir cette seconde chance inespérée. Dégageant mon visage de mes cheveux dénoués d'un geste lent, je baissai un instant les yeux avant de les relever vers lui, interrogateurs.

« Pourquoi tu es aussi indulgent avec moi ? »

Son expression changea à peine, à croire qu'il s'attendait à cette question. Il n'eut pour toute réaction qu'un sourire esquissé.

« Tu le sais déjà, non ? Tu m'as sauvé la vie il y a seize ans, ça me ferait mal de te voir croupir dans une cellule pour le restant de tes jours.

−Toujours cette histoire… répondis-je avec un léger ricanement ironique. J'aurais pourtant juré que c'était toi qui m'avait sauvée ce jour-là.

−Pour moi ça revient au même. Je te considère pas tout à fait comme ma fille mais…

−Ça risque pas, t'es bien trop vieux pour être mon paternel. »

Sa moue et son air agacé suffirent à m'arracher un sourire, le premier depuis un moment. Dès lors que j'avais parlé, j'avais ressenti le besoin de détendre l'ambiance.

« … mais c'est moi qui t'ai recueillie, mon devoir était donc de t'apprendre ce que je savais. Malheureusement la seule chose que j'aie appris à faire c'est me battre et diriger des hommes, alors j'ai dû un peu déteindre sur toi. Ici c'est ma seule maison, l'armée la seule famille où je me sens bien. Et toi … »

Il se tourna de nouveau vers la porte, mais je le soupçonnais de rougir légèrement à cet instant. Tout indiquait qu'il allait sortir une phrase du genre…

« … tu es la seule chose qui me maintient en vie. Si tu disparais, je mourrai de nouveau.

−… t'as rien trouvé de plus mièvre comme réponse, « Papa » ?

−Pff… y a pas à dire, j'ai vraiment trop déteint sur toi. Bonne chance, idiote. »

La seconde d'après la porte s'ouvrait, les deux gardes à l'entrée s'effondraient, et ma mission débutait. Pour une raison ou une autre cet échange avait décuplé ma motivation… deux semaines et demie plus tard, j'étais sur la plage indiquée, mon colis livré à mes pieds, le Commandant Kalza contenté et ma liberté retrouvée. Par chance ou malchance, je n'avais pas revu ma douce inconnue. Pourquoi avais-je accepté cette mission ? Pour laver mon crime ? Pour m'épargner une vie de fugitive ? Non, si je l'avais voulu j'aurais très bien pu refaire ma vie à Dorowen ou à Sino, et y couler des jours paisibles… mais ça non plus, ça n'était pas si simple. Aussi mièvre que fût la tirade de Junkoku sur sa maison, sa famille, et sur moi, je ne pouvais pas me le cacher : je ressentais la même chose.


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14 Avril 1789 − Frontière de Dorowen


« Les gens comme toi… les gens comme toi sont preuve…

−Comment ça ?

−… preuve que la haine n'est pas seule possibilité entre nos deux espèces. Maintenant va-t-en. Elle va bientôt revenir.

−Mais vous, est-ce que…

−VA-T-EN ! Je ne peux pas venir avec toi. Que se passera-t-il si elle sait que je suis dans ton pays ? Je peux m'en sortir tout seul. Elle n'aura pas si facilement. »

Lui, devant moi, à genoux, une horrible blessure à l'épaule… et moi, debout mais les jambes tremblantes, une larme perlant sur ma joue… mon cerveau m'ordonnait lui aussi d'aller me mettre en sécurité, mais mon corps refusait de s'exécuter… c'était injuste… ce Sarunin venait de me sauver la vie, je ne pouvais pas le laisser ici, il se ferait tuer à coup sûr… mais que pouvais-je faire face à cette femme ? J'étais faible et terrifiée… et je ne voulais pas qu'il se soit sacrifié pour rien… tant bien que mal, et manquant de trébucher, mes jambes se décidèrent à réagir et me guidèrent une centaine de mètres plus loin, sous le grand panneau indiquant l'entrée à Dorowen… la sentant approcher, par réflexe je me cachai derrière un rocher… je me risquai à jeter un œil depuis ma cachette… elle venait de le plaquer au sol… tout irait bien… elle le laisserait en vie pour l'interroger, et il réussirait à s'enfuir encore une fois… je perçus comme un flash lumineux et l'aura de Vaki s'atténua brusquement… puis s'éteint… c'était une ruse pour mieux la surprendre, à coup sûr… il me l'avait bien dit : il ne mourrait pas si facilement… mais il ne se relevait pas… non… ça ne devait pas se passer comme ça !

« VAKIIIII !!! »

J'avais crié et était sorti de ma cachette sans même le vouloir… la terreur me paralysait plus que jamais… je savais qu'elle ne me ferait rien tant que je resterais derrière la frontière, pourtant son regard me perçait comme si elle avait été en face de moi… son aura meurtrière était encore vive, mais elle semblait la réfréner, consciente qu'écraser la fourmi que j'étais aurait été imprudent et inutile… finalement, agrippant les cheveux de sa victime, elle s'en retourna en traînant son cadavre derrière elle, s'éloignant lentement… jusqu'à ce que son aura s'évanouisse et que la peur daigne me libérer, me laissant tomber à genoux, en larmes et le regard toujours fixé vers l'endroit tâché de sang où avait git Vaki quelques minutes plus tôt.

Tandis que mon corps marchait sur la route accidentée menant à Doun'-Kaos, mon esprit lui, était resté à la frontière, les images des deux derniers jours se bousculaient dans ma tête, des pensées incohérentes se formaient et se déformaient, et mes larmes coulaient sans discontinuer, comme pour évacuer le traumatisme. Alors que je franchissais les portes de la ville, elles cessèrent finalement, et les lueurs orangées du crépuscule m'éblouirent légèrement, me faisant revenir à la réalité. La rue principale était presque déserte, à l'exception de deux hommes passablement éméchés qui discutaient tranquillement et semblèrent ne pas me remarquer au départ, avant que l'un d'eux ne m'interpelle…

« Ben alors ma jolie, t'as pas l'air dans ton assiette… hoqueta-t-il en s'arrêtant devant moi avant d'arborer une expression ressemblant vaguement à de la curiosité. On s'est pas déjà vus quelque part ?

−Dis Leika, c'est pas la fille qu'on voit sur les avis de recherche depuis hier ? Celle qui a un nom de garçon ?

−Hein…? Maintenant que tu le dis… dis petite, tu t'appellerais pas Ciana des fois ? »

J'écoutais à peine ce qu'ils disaient mais acquiesçai faiblement. Ils proposèrent gentiment de me porter jusque chez moi, ce que j'acceptai en sachant que mes jambes allaient avoir du mal à le faire… le temps d'arriver − la démarche de mon porteur n'était pas beaucoup plus assurée que la mienne − la nuit était déjà pratiquement tombée. La maison semblait vide, Maman parcourant sans doute la ville à ma recherche…

« Héhooo… M'dame Senae, on vous ramène vot' fille… bah, on dirait qu'elle est pas là.

−Ce n'est rien, vous pouvez me poser, je vais l'attendre ici…

−T'es sûre que ça va aller ? »

Ils me laissèrent là, reprenant insouciamment leur discussion…

« C'est quand même dingue cette histoire, même pour un Sarunin, tuer autant de soldats c'est quequ' chose…

−Ouais, mais maintenant qu'ils l'ont capturé il va pas s'en tirer comme ça. J'aime pas beaucoup les gens de Dumia ni les militaires de l'Union mais faut avouer que le Commandant Lyendith inpsire le… inpire… force le respect rien qu'en la voyant…

−Ha ha ! Elle avait l'air de t'inspirer aut' chose la première fois que tu l'as vue !

−Qu'est-ce tu racontes ? C'est toi qui… »

C'était une malédiction. Au moment où j 'avais réussi à éclipser ce visage de mon esprit, il avait fallu qu'ils en parlent. Qu'ils parlent d'elle. Tout le monde était plein d'admiration pour elle mais moi qui avais affronté sa colère, vu son vrai visage, elle ne m'inspirait pas autre chose que de la terreur. Un chat jouant cruellement avec une souris avant de rechigner à l'achever, la considérant finalement sans intérêt en voyant le peu de résistance qu'elle offrait… voilà l'image d'elle qui s'était gravée dans mon esprit.

Sans force, je m'assis sans bouger en attendant que Maman revienne. Une heure plus tard la porte s'ouvrit et elle se jeta sur moi pour me prendre dans ses bras, me demandant ce qui s'était passé, ce qui était arrivé à ma queue, pourquoi mes joues étaient mouillées… je ne répondais pas… pas envie… pas la force… pas le moral… sans un mot, je regagnai ma chambre, même si je ne pensais pas trouver facilement le sommeil…

« Au fait, Ciana… Hevi n'est pas avec toi…? »

Je répondis d'un léger mouvement de la tête. Elle ne me posa pas plus de question, consciente que j'avais pour l'heure surtout besoin de repos. Hevi… c'était à cause de lui que j'avais dû vivre tout ça. Non… je ne pouvais m'en prendre qu'à moi et à ma bêtise… pourquoi avait-il fallu que je le suive ? Hevi pouvait bien aller où il voulait, c'était le cadet de mes soucis à présent. M'effondrant sur mon lit, il ne me fallut en réalité pas longtemps pour m'endormir, peut-être assommée par toutes ces pensées oppressante. Le répit d'une nuit sans rêve me fut même accordé, ce qui me permit de me réveiller aux aurores l'esprit plus léger. Des pensées optimistes daignaient enfin s'immiscer au milieu des tourments : j'étais chez moi, saine et sauve, ma mère à mes côtés, j'allais pouvoir revoir mes amis, profiter du soleil, continuer à avancer. J'étais en vie, tout simplement. Il ne tenait qu'à moi de choisir quelle direction lui donner…

Je sortis prendre l'air sitôt levée, me promenant dans la ville les sens aiguisés. En approchant du marché sur la grande place, où les habitants n'avaient pas encore commencé à à affluer, je trouvai le but de ma promenade. Une aura qui n'était pas celle d'un humain. En survolant la ruelle en question je pus voir une Sarunin se cachant dans l'ombre entre deux maisons, sa queue enroulée autour de sa taille et scrutant les environs, sans doute pour aller chaparder des vivres sur les étalages du marché encore désert. C'était la première fois que je voyais un Sarunin aussi distinctement à Dorowen. Mon cœur palpitait légèrement. Qu'allais-je pouvoir lui dire ? Est-ce qu'elle me comprendrait ? Vaki n'avait pas semblé très à l'aise en parlant Qakhlen… Sans vraiment savoir ce que je faisais, je me glissai derrière elle et l'interpelai poliment…

« Hum… excusez-moi… j'aimerais discuter… un peu… »

Elle se retourna brusquement, l'air paniqué. Il s'agissait d'une femme assez âgée, cheveux châtains noués négligemment et transpirant légèrement. Elle se baissa et souleva un épais nuage de poussière avant de m'écarter violemment et de disparaître de ma vue. Mais je la sentais encore ; elle ne savait visiblement pas dissimuler sa présence et je tentai de la suivre, bien qu'elle allait aussi vite en courant que moi en volant. Je l'aperçus toutefois furtivement, disparaissant derrière un rocher aux abords de l'est de la ville. Elle ne reparut pas. M'approchant de ce rocher, je constatai qu'il n'y avait plus personne derrière, mais sentais toujours son aura, qui s'éloignait rapidement… il y avait quelque chose de bizarre… elle ne semblait pas s'éloigner devant ou derrière moi, mais plutôt en dessous… bientôt je ne la sentis plus. Je jetai un regard à l'imposant rocher à ma gauche. Un humain ordinaire était incapable de le déplacer, même pour moi ça paraissait difficile. Mais un Sarunin… un mélange de peur et d'excitation commençait à monter en moi. Avais-je découvert quelque chose que je n'aurais pas dû ? Si j'avais vraiment découvert l'entrée d'une de leurs cachettes, allais-je pouvoir me glisser à l'intérieur incognito ? Non, c'était de la folie, ma queue ne repousserait pas avant plusieurs mois et si ils voyaient que je ne parlais pas leur langue ils me démasqueraient aussitôt… mais la curiosité avait commencé à me dévorer, je brûlais d'envie de savoir ce qu'il y avait sous ce rocher…

« Tu es revenue saine et sauve ? Ça me rassure, tout le monde était mort d'inquiétude tu sais ?

−K… Kain ? criai-je en sursautant.

−Eh bien oui, c'est moi, à qui t'attendais-tu ? »

L'air un peu contrarié d'être ainsi accueilli, il posa à son tour les yeux sur le rocher suspect.

« Tu as donc remarqué, toi aussi ? Est-ce que ça aurait un rapport avec ta soudaine disparition ?

−Euh… non ! Ce n'est pas à cause de ça… je viens juste de le découvrir… bégayai-je avant de comprendre le sens de sa phrase. Mais attends, si tu l'avais découvert, pourquoi…

−Ça ne m'intéresse plus. Pendant plus de 30 années j'ai chassé le Sarunin, convaincu qu'il s'agissait d'une menace à éradiquer au plus vite. Mais j'ai fini par réaliser l'absurdité de cette façon de penser. C'est pour ça que j'ai quitté l'armée. »

Un silence pesant venait de s'installer. Je sentais que je pouvais lui en parler. Il était celui qui me comprendrait le mieux, lui un ancien Commandant de l'Union…

« Kain… en fait, il y a deux jours… j'ai été capturée par des chasseurs près d'une ville à Dumia. À cause de ma queue ils ont cru que… enfin…

−Tu as quoi…? rétorqua-t-il les yeux soudain emplis d'horreur. Mais enfin qu'est-ce qui t'a pris de t'aventurer aussi loin sans dissimuler ta queue ? »

Ses yeux se plissèrent, comme si il venait de comprendre quelque chose…

« Ciana… est-ce que ça a un rapport avec…

−Évidemment que ça a un rapport avec Hevi. Cet idiot avait encore fugué au milieu de la nuit et j'ai voulu savoir où il allait… et puis avant de m'en rendre compte je me suis retrouvée dans une cellule à Lumis, avec Vaki…

−Vaki…? C'est un Sarunin ?

−Les militaires l'appelaient « Cue-Limyos »… il avait tué beaucoup de gens et il était très puissant… mais il m'a protégée, il m'a sauvé la vie… et puis elle l'a tué… elle l'a… »

Je n'avais pas imaginé qu'il serait aussi difficile de faire remonter ces souvenirs encore trop jeunes. Je m'étais mise à trembler rien qu'en repensant à elle… sa seule image me terrifiait… Kain me prit dans ses bras. Je savais bien qu'il me comprendrait.

« Cue-Limyos… j'en avais entendu parler, il a donc été tué… je peux comprendre ce que tu as pu ressentir si tu as eu Lyendith en face de toi. Je ne l'ai jamais rencontrée en vrai mais le regard de cette femme a quelque chose d'effrayant… »

Oui… effrayant n'était pas un mot assez fort… mais il me comprenait…

« Ciana… connais-tu le principe de la prophétie auto-réalisatrice ?

−La… quoi ?

−La peur infondée de quelque chose, pousse parfois les hommes à provoquer eux-même l'évènement qu'ils redoutent… »


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14 Avril 1789 − Lumis, Dumia


Elle avait dissimulé sa présence mais s'était découverte en criant, quelques secondes après que j'eus porté le coup de grâce. Elle était pétrifiée. Je pouvais la capturer en un tournemain ou la liquider sur-le-champ, sans laisser de trace. Il n'y avait aucun témoin, la frontière qui nous séparait n'était qu'un obstacle insignifiant. Finalement je m'en retournai, traînant le cadavre de Cue-Limyos derrière moi. Le rayon l'avait frappé en plein cœur, et pourtant il souriait. Il me dégoûtait. « Ne faites pas la même erreur que moi » ? Après tous les hommes qu'il avait massacrés il osait me faire la leçon ! J'avais encore une fois laissé filer cette fille, et pourtant ce n'était pas l'envie de l'éliminer qui me manquait. Mais cela m'avait semblé inutile… à aucun moment je n'avais ressenti la moindre hostilité dans son aura, seulement de la terreur. Elle donnait l'impression de ne pas savoir ce qu'elle faisait là. Je n'avais jamais vu une Sarunin comme elle. En fait sans sa queue elle aurait eu l'air d'une humaine tout ce qu'il y a de plus ordinaire… se pouvait-il que…

« … Ça dépasse votre entendement, pas vrai ? »

−De quoi parles-tu ?

−Qu'un enfant naît d'un humain et d'un Sarunin… vous autres vous ne pouvez pas croire. Vous ne pouvez pas accepter. »


Il y avait effectivement eu de rares cas de femmes humaines accouchant d'enfants dotés d'une queue ou développant très jeunes une force anormale, mais il s'agissait de cas isolés, et les mères en question n'étaient pas toujours seules. Officiellement il s'agissait de mutations accidentelles… ils étaient éliminés dans le plus grand secret, puis leur mère était priée de raconter qu'elle avait perdu son enfant dans un accident et avait interdiction d'enfanter à nouveau. Les personnes connaissant la vérité ne l'ébruitaient pas si ils voyaient que l'armée s'en occupait. Bien sûr les parents étaient toujours effondrés après cela, mais c'était une précaution nécessaire, ils le savaient. Cette fille était probablement dans le même cas, et comme Dorowen était beaucoup plus laxiste concernant le problème des Sarunin, elle avait été épargnée. Cela s'arrêtait là. Elle ne pouvait pas sérieusement avoir un parent Sarunin…

Quand bien même, j'avais pris un risque en la laissant retourner à Dorowen, et je ne savais pas ce que ce Vaki avait en tête. Qu'espérait-il en sauvant une bâtarde faible comme un moucheron, qui tremblait rien qu'en me regardant ? Dans tous les cas, la veille elle ne rodait pas seule aux abords de cette ville pour faire du tourisme. La situation devenait préoccupante : une autre attaque avait eu lieu à l'ouest de Drakheim, quelques heures avant que j'interroge Cue-Limyos. Peut-être cette fille était-elle un simple pion envoyé par les terroristes comme appât ou comme diversion… quoi qu'il en fût, il était urgent que je fasse part de mes découvertes au Roi. Je détestais avoir à l'admettre et je m'étais engagé sur cette piste en espérant de tout mon cœur tomber dans un cul-de-sac, mais de plus en plus d'indices m'indiquaient que Jinei était bien vivant et entraînait un groupe de terroristes Sarunins… l'idée que des Sarunins et leur force potentielle bien supérieure à la nôtre puissent suivre notre entraînement m'apparaissait… effrayante ! On ne savait pas combien ils étaient, quand précisément ils s'étaient formés ni quel était leur but. Si Jinei était vraiment à leur tête, ils ne pouvaient recevoir son enseignement que depuis un peu plus d'un an au maximum, pourtant ils avaient déjà une force de frappe suffisante pour priver plusieurs villes d'énergie, et les membres les plus importants devaient tous au moins avoir le niveau de Cue-Limyos… autant dire que si on ne démantelait pas ce groupe très vite, c'est l'humanité tout entière qui serait menacée.

Mon retour en ville fut pour le moins remarqué : je n'avais pas pris le cadavre sur mes épaules pour éviter que mon uniforme soit souillé du sang de ce salopard. Cette fois point d'admirateurs en extase, mais des regards choqués tournés vers le poids mort que je trainais sur le sol, et des passants restant de préférence à bonne distance du spectacle. Les bruits de frottements semblaient surnager dans la rumeur ambiante tandis que je m'approchais de l'École où m'attendait le Lieutenant Dolann, adossé à l'entrée. S'apprêtant à me saluer, il se contenta de grimacer et de détourner le regard en voyant la chose derrière moi.

« Apparemment le problème Cue-Limyos est réglé… »

Le ton désinvolte du Lieutenant n'avait pour effet que de faire empirer mon humeur dans un moment pareil…

« Et la fille ? Apparemment il s'était échappé avec elle, mais…

−La fille… murmurai-je avec une hésitation un peu trop perceptible dans la voix. Elle s'est enfuie, je l'ai perdue de vue.

−Vraiment ? »

Je n'aimais vraiment pas cette ironie dans sa voix ! Je savais qu'il était plus malin qu'il en avait l'air mais un regard suffit à étouffer ses velléités de poursuivre cette conversation. Laissant tomber ce que je trainais, j'entrai dans le bâtiment sans plus de commentaires.

« Débarrassez-moi de ça, même les chiens n'en voudront pas. Et ne venez pas me déranger, j'ai besoin d'être seule un moment. Demain je pars pour l'Île du Centre.

−L'Île du… la situation est si grave que ça ? répondit-il interloqué

−Disons que je préfère prendre les devants. »

Oui, prendre les devants tant que ce groupe n'était pas encore au sommet de sa force. Le lendemain, après avoir contacté les représentants du Roi je partis donc en volant vers Aosoa, où se situait son palais. D'ordinaire c'est à ces représentants que l'on avait affaire : le Roi était rarement présent dans son domaine, il voyageait sans cesse aux quatre coins du monde pour en observer les évolutions, quand il n'était pas en négociations. En fait, même s'il portait le titre de Roi, il n'était pas réellement le souverain de l'Union. Chaque Région était très autonome et les citoyens s'autogéraient pour l'essentiel des aspects de la vie, de la distribution des ressources à l'organisation du travail, les Présidents de ces Régions dirigeant surtout les projets à grande échelle. Quand à nous autres Commandants, outre le devoir de nous assurer de la compétence et de l'intégrité des Présidents nous étions avant tout responsables des aspects sécuritaires et du maintien de l'ordre dans les Régions de notre Secteur. Mais le plus gros des ressources militaires était finalement dédié à la chasse aux Sarunins, seule véritable menace. Malgré notre relative liberté d'action, les directives royales étaient absolues, et sur ce problème-là il nous était demandé toujours plus d'efficacité. Le Roi était désigné d'un commun accord par les Présidents, parmi les trois Commandants. Force, charisme, intégrité, sagesse, intelligence, connaissance, amour de la nature et philanthropie : telles étaient les qualités qu'il devait posséder. Il était le symbole et le garant de cette paix construite depuis près de cinq siècles, le maillon commun à toutes les chaînes, l'incarnation de l'union et de la richesse de l'humanité.

Après une demi-journée de vol, j'atterris enfin devant l'entrée du Palais. Les portes d'entrée des sublimes jardins étaient toujours ouvertes et on ne pouvait pas dire que la garde était infranchissable. Enfin, le Roi étant un ex-Commandant, il savait de toute façon se défendre. Souriant et serein, il se tenait debout devant une fontaine, caressant sa moustache grisonnante, et une robe de soie blanche légère sur les épaules : Tawava Gazikye, actuel Roi de l'Union. La légèreté de sa tenue me rappelait que le climat dans cette partie du globe était autrement plus chaud et humide que dans ma Drakheim natale…

« Vi sowens, Lyendiþ Banmera.

Vi sowens… je suppose que je ne peux plus vous appeler Commandant Tawava ?

−Allons, allons, pas de formalités entre nous. Pour tout te dire, je ne me suis pas encore habitué à ce rôle. Moi qui il y a à peine six mois pensais finir ma vie tranquille dans mon Secteur, voilà que je me retrouve catapulté à la tête de ce monde…

−Ça ne pouvait être que vous. répondis-je en souriant. Moi je venais à peine d'être nommée Commandant, et Junkoku eh bien… c'est Junkoku.

−Bah, j'ai été surpris mais j'aime bien ma vie de Roi, il y a tant de choses à découvrir dans le monde ! J'avoue que je n'étais pas très sûr de moi en nommant le petit Kalza pour remplacer ce pauvre Ginal au poste de Lieutenant, mais je pense qu'il a les épaules pour être Commandant. Il a l'air d'un bambin mais il a déjà une grande sagesse et a un véritable talent pour s'attirer la sympathie des autres. Et puis je n'avais jamais vu un prodige pareil, même Jinei faisait presque pâle figure à côté… »

L'ambiance sembla se tendre quelque peu pendant un instant, bien que le sourire de Tawava ne s'effaçât pas.

« Justement, en parlant de Jinei…

−Mais on ne va pas continuer à discuter debout, entre boire un verre ! En plus je suppose que la chaleur est un peu dure à supporter pour une fille du Nord comme toi, ha ha ! »

L'intérieur du palais royal était incroyablement sobre… certes spacieux, mais moi qui m'étais attendue à toutes sortes de décorations luxueuses, je ne découvris que des murs de bois clair où étaient accrochés toutes sortes de peintures semblant venir des quatre coins du monde. De hautes fenêtres laissaient pénétrer une lumière du soleil agréablement tamisée. Le sol de la « salle du trône » était recouvert d'une moquette moelleuse d'une couleur argentée du plus bel effet, sur laquelle étaient disposés quelques poufs assortis. Cette simplicité dégageait une atmosphère apaisante et rassérénante, finalement à l'image de l'hôte des lieux me disais-je.

« C'est donc ça le palais du Roi…?

−Tu t'attendais à quelque chose de plus clinquant peut-être ? Bah, le Roi n'est pas censé se prélasser ou s'exhiber…

−Mh… et ça, qu'est-ce que c'est ? »

Je m'étais arrêtée devant une vitrine renfermant des coupures de papier vert illustrés, certaines d'un petit homme à lunettes ressemblant à un chien… des inscriptions indéchiffrables et ce qui devait être des chiffres étaient imprimés sur chaque coupure…

« Ah, ça ! C'est une vraie pièce de collection, il a fallu un long travail de restauration pour les faire paraître aussi neufs, mais ils sont bien originaux ! C'est de l'argent.

−De… l'argent…? m'interrogeai-je en plissant les yeux le nez sur la vitrine. Ça ressemble plutôt à du papier…

−Ha ha ha ! Non non, pas cet argent-là : c'est de la monnaie. On l'utilisait pour les échanges dans l'Ancien Monde, mais ce système a été abandonné peu après la dernière guerre. C'était parfois très pratique mais l'argent avait pris bien trop d'importance et il rendait les gens fous. Ceux qui en avaient pouvaient tout acheter, et ceux qui n'en avaient pas étaient promis à une vie misérable… Un système similaire est encore utilisé à Sino mais de façon beaucoup plus restreinte évidemment.

−C'est passionnant, je n'en doute pas mais… vous vous doutez que je ne suis pas venue pour parler d'Histoire. C'est au sujet des attaques terroristes de ces dernières semaines. »

Abandonnant soudainement son ton passionné, il ne sembla cependant pas vraiment surpris ; après tout, en tant que Roi il était sûrement le plus inquiet dans l'histoire.

« Mh… les générateurs d'énergie ont pu être réparés dans certaines villes touchées. C'est une chance qu'ils aient pu être désactivés rapidement, s'ils avaient été détruits en état de marche les conséquences auraient pu être bien plus dramatiques… nous avons été négligents, qui aurait cru qu'ils pouvaient maîtriser de telles techniques ?

−Justement, cela ne vous parait-il pas étrange ? Jusque là les groupes terroristes similaires étaient trop faibles et trop peu organisés pour être dangereux, mais celui-là a une coordination quasi-militaire et des techniques enseignées seulement dans l'armée…

−Tu veux dire qu'ils seraient aidés par un ou plusieurs anciens militaires ? J'ai du mal à imaginer des Sarunins haïssant les humains accepter de l'aide de ces même humains.

−Qui sait, un déserteur qui se serait rallié à la cause des Sarunins aurait peut-être gagné leur confiance. Celui que j'ai abattu hier était un ancien membre de ce groupe, et il semble que l'équipe du Lieutenant Dolann a dû lutter pour le capturer, même en étant préparé. Avec trois entraves sur la queue il pouvait encore bouger… si les membres ont tous son niveau il est clair que leur instructeur n'est pas n'importe qui.

−Mais peut-être que celui-là s'entraînait depuis des années. On ne sait pas quand ce groupe s'est formé, mais je pense qu'ils ont été plus malins et plus patients que les autres. Mais tout de même, je dois reconnaître que contrôler son énergie, la dissimuler, voler… ce ne sont pas des choses qui s'apprennent par hasard, même pour des Sarunin…

−En effet… et d'après mon enquête, je pense que ce groupe s'est formé il y un an tout au plus.

−Si peu ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

−Quand je disais que leur instructeur n'était pas n'importe qui… je pensais à un ancien Commandant… au Commandant Jinei pour être exacte. »

L'expression sereine sur le visage du Roi s'effaça soudainement, pour laisser place à un mélange de choc et d'interrogation. Un regard qui semblait me demander si je ne m'étais pas cognée la tête ou si je plaisantais…

« Lyendith… tu sais que Jinei est mort, n'est-ce pas ?

−Il semble qu'il ait survécu. J'ai interrogé le soldat qui déclarait que le corps du Commandant avait disparu après son exécution. Sa version des faits n'a pas changé et il n'avait pas l'air de mentir.

−Ce soldat avait perdu la raison sous le choc de cette affaire. Un corps ça ne disparaît pas comme ça. Tu es trop crédule, ma fille…

−L'interrogatoire de Cue-Limyos allait pourtant dans le même sens. Même s'il n'a pas dit un mot, il reconnaissait clairement la description du Commandant.

−Peut-être qu'il l'avait déjà vu une fois et que cela l'avait marqué, cela ne veut pas forcément dire qu'il le connaissait personnellement.

−Mais Jinei avait clairement renié l'Union…

−Lyendith…

−Il a très bien pu feindre sa mort d'une façon ou d'une autre !

−Lyendith. »

Je m'étais emportée sans m'en rendre compte… Tawava me tendit l'une des deux tasses de thé qu'il venait de remplir, sans un mot. Étrangement je commençais à comprendre ce qu'avait pu ressentir Þika lorsque personne ne voulait le croire…

« Je sais que vous étiez très proches, Jinei et toi, et que sa trahison a été une rude épreuve. Mais tu ne dois pas laisser tes sentiments personnels altérer ton jugement. Il est effectivement probable qu'un ancien militaire fasse partie de cette organisation, mais cette affaire est trop sérieuse pour que nous nous risquions à des conclusions hâtives. Surtout lorsqu'elles sont aussi improbables.

−Vous avez raison, c'est improbable… mais je pense tout de même qu'il ne faut pas exclure cette hypothèse. Ce soldat m'a dit que les Présidents de Dumia et de Qoma-Flain, ainsi que les quatre autres soldats ayant participé à l'exécution savaient ce qu'il s'était réellement passé ce jour -là. Vous pourrez les interroger vous-même…

−Eh bien, soupira-t-il, tu pourras le faire toi-même puisque tu es si sûre de toi. Une piste improbable c'est toujours mieux que pas de piste du tout. Cela dit, même en sachant qu'un déserteur les aide, cela ne nous dit pas où ils sont localisés.

−Probablement quelque part sous terre, comme tous les autres, non ?

−C'est possible oui. Mais j'en doute… Lyendith, as-tu une idée de ce dont rêve un Sarunin ?

−Je suppose… qu'ils aimeraient tous vivre à la surface à notre place, quelque chose comme ça…

−C'est aussi mon avis. Des Sarunin, j'en ai vu beaucoup dans ma carrière, et je ne suis pas sûr qu'une organisation ayant juré la perte de l'humanité fomente ses plans profondément enfouis sous nos pieds. Tu comprends ? Pour eux, cette obligation de se cacher sous terre est une marque d'infériorité, leur égo ne peut pas le supporter.

−Ce n'est qu'une hypothèse… comment pourraient-ils agir à ciel ouvert sans se faire remarquer ? Si ils étaient basés dans les montagnes nos satellites auraient vite fait de les repérer. Ils sont peut-être dangereux mais ils ne sont pas idiots. »

Fermant les yeux et buvant une gorgée de thé, il resta muet un moment, enfoui dans sa réflexion…

« L'armée ne peut pas être partout, la surveillance est moins forte dans les zones où les Sarunins ont peu de chance de se montrer. Celles où il n'y a rien d'intéressant pour eux, ou celles où il leur est impossible d'agir discrètement. Ou alors…

−… une zone en dehors de l'Union. terminai-je, ayant manifestement la même idée que lui à cet instant.

−Tikhras collabore avec nous dans la chasse aux Sarunins, ils ne peuvent pas être là-bas. Sino se contente de protéger ses récoltes mais ne pratique pas de répression massive. Et Dorowen a considérablement adouci sa politique en la matière depuis sa sécession… pour avoir visité ce pays récemment je peux dire que le ressentiment envers l'Union est ancré dans les mentalités… mais de là à ce que des Sarunins puissent y agir à découvert…

−Détrompez-vous, je pense que c'est tout à fait possible.

−Tu penses ? questionna-t-il. Tu peux être plus précise ?

−Peu après avoir capturé Cue-Limyos, deux de mes subordonnés avaient appréhendé une jeune Sarunin près d'une ville au nord de Chiyuki. Ce meurtrier l'a protégée et il semble qu'elle s'est réfugiée à Dorowen. »

J'étais sûre de moi, mais sa moue dubitative me fit soudain douter de mes propres paroles… la sensation désagréable de raconter une histoire que l'on croit passionnante et qui ennuie passablement l'interlocuteur…

« Tu es sûre qu'elle ne s'est pas simplement cachée dans les montagnes ?

−J'y ai pensé mais… cette Sarunin était complètement différente de tous ceux que j'avais vus auparavant. Elle savait voler et dissimuler sa présence, mais d'après son aura sa force était celle d'une simple humaine un peu entraînée, sans compter qu'elle tremblait de peur rien qu'en me regardant. D'après ce qu'on m'a dit et ce que j'ai entendu elle parlait un Qakhlen parfait, avec un accent du sud… et selon Cue-Limyos elle était métisse…

−Métisse…? Murmura-t-il. Tu veux dire qu'elle serait le fruit de l'union entre un humain et un Sarunin ? C'est insensé… c'était une de ces enfants victimes d'une mutation ou bien une Sarunin de faible constitution, voilà tout. Il t'a dit ça pour te perturber…

−Je pense moi aussi que ça ne va pas plus loin. Il n'empêche qu'apparemment ces individus peuvent vivre et grandir normalement à Dorowen. Celle-là était faible mais rien ne dit que des individus plus puissants ne vivent pas là-bas. Dans le pire des cas ce pays pourrait héberger de véritables Sarunins… si c'est le cas…

−Comme je te l'ai dit, me coupa-t-il d'un geste de la main, il faut éviter les conclusions hâtives. Il ne paraît pas si injuste de laisser vivre des enfants innocents, même s'ils ont une queue, du moment qu'ils ne représentent de façon certaine aucune menace. Et si elle est si faible que tu le dis il y a peu de chance qu'elle fasse partie de ce groupe.

−Mais où aurait-elle appris à contrôler son énergie ? »

Il but une nouvelle gorgée et se mit à ricaner légèrement en fermant les yeux, comme s'il se remémorait un vieux et agréable souvenir…

« Oh, pour ça… je connais bien quelqu'un qui a pu le lui enseigner. »



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3 Mai 1789 – plage de Fenlava, Zone Neutre


Seul le son des vagues parvenait à mes oreilles, tandis que j'ouvrais les yeux avec l'impression de n'être qu'à moitié conscient. Une silhouette familière se dressait au-dessus de moi à contrejour. Sa voix me parvenait sans vraiment me parvenir, comme dans un écho. Un rêve…?

« Ça faisait longtemps, Kyōjō…

−Nezu…maru…?

Tu t'es mis dans un drôle de pétrin, non ? »

Je ne voyais pas les détails de son visage, mais je savais qu'il souriait… pourquoi faisais-je ce rêve à un moment pareil…?

« Hum… quelqu'un m'a juste joué un mauvais tour… j'ai été frappé dans le dos. Un peu comme toi…

On n'y peut rien. Toi comme moi aimions trop la liberté pour rester sous terre.

−Tu as raison… j'ai choisi un chemin, et je ne le regrette pas… les regrets sont derrière moi maintenant…

Même si tu dois abandonner ta seule famille ? »

Son ton se fit plus grave. Il ne souriait plus.

« Kina et Jin… je ne les ai pas abandonnés… peut-être qu'ils vont me détester et me renier… mais c'est aussi pour eux que j'ai commencé ce voyage. Ma destination a un peu changé, mais pas ma détermination.

Je vois… c'est ce que je me suis dit aussi… ce jour-là… le jour où je t'ai donné cet anneau.

−Quand j'y pense, je ne l'ai jamais enlevé depuis. C'est un peu comme si une partie de toi survivait à travers ce cadeau…

À ce point-là ? dit-il en riant légèrement.

−J'ai une sensation étrange… est-ce que c'est un rêve ? Ou est-ce que je suis déjà mort ? »

Il ricana à nouveau… Au moment où il se releva, je sentis comme une étreinte sur mes poignets et mes chevilles se relâcher… des bracelets métalliques en tombèrent… je pus ouvrir un peu plus les yeux… mes sensations revenaient progressivement… le sable froid sous mes mains… la brise qui soufflait dans mes oreilles… la voix de Nezumaru qui me parvenait à présent clairement…

« Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es simplement ici. C'est la réalité. »

J'étais à genoux, sans dire un mot, les yeux écarquillés. Il se tenait debout, l'air serein, les mains dans les poches du long manteau blanc qu'il portait. Il était vivant.



à suivre…



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Un chapitre un peu moins rempli que le précédent, où j'essaie surtout de développer un peu les personnages et l'univers. J'avais entamé une autre partie après le passage de Jin et Kina, mais elle était un peu hors-propos et je ne suis pas sûr de pouvoir vraiment en faire quelque chose, donc je la mets de côté pour l'instant.

Si vous avez des questions ou des détails incompris, n'hésitez pas à questionner :o
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mar 27 Avr 2010, 23:24

Tiens… je l'ai fini beaucoup plus vite que je ne le pensais finalement.

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Lyendith veut faire part au Roi de son hypothèse et se rend directement sur Aosoa, l'île du centre, où se trouve son palais. De son côté, Ciana est encore traumatisée par ce qu'elle vient de vivre et commence à être plus sensible à la souffrance des Sarunin. En suivant une Sarunin qui s'enfuit en la voyant, elle découvre sans le vouloir une des entrée secrètes d'Arata.
Jin et Kina décident de renoncer à chercher Kyōjō et pensent à intégrer la société humaine pour sensibiliser les populations…
À Fenlava, Kyōjō qui a été dupé et laissé inconscient par Marina se réveille. En face de lui se tient Nezumaru, qu'il croyait mort un an auparavant…





Chapitre 15
Réveil
目覚め


7 avril 1788 − Plaines de Chiyuki



Le temps des tergiversations était terminé. La passion que j'éprouvais à étudier le monde des humains m'avait, pendant toutes ces années, permis de connaître suffisamment ses sociétés, ses mœurs, ses systèmes politiques, sa technologie, son organisation et ses langues pour pouvoir m'y intégrer. J'avais affronté de nombreux Chasseurs et étudié leur façon de combattre et leurs techniques. Mais malgré l'air serein que j'arborais constamment devant Kina, l'anxiété me gagnait de jour en jour à mesure que mon plan se formait dans ma tête. Il n'était plus question d'hésiter, car le moment était idéal pour commencer mon aventure : deux jours auparavant, un Commandant très respecté avait commis l'impardonnable en trahissant l'Union, laissant la population et l'armée sous le choc. La surveillance des Sarunins dans la région allait sans doute être plus laxiste pendant quelques temps. Tout était fin prêt… ce soir-là, j'allais mourir.

Il restait un dernier détail à régler avant de dire adieu à Arata. Une dernière issue de secours à préparer. Kyōjō… alors que nous fuyions nos poursuivants au milieu de ce désert enneigé, il me hurlait dessus, me demandant ce que j'espérais trouver à part des Chasseurs. Je n'espérais rien trouver d'autre, c'était bien pour ça que j'avais proposé de venir dans cette zone. Notre détour par le sommet du rocher où avaient explosé les Dragon Balls cinq siècles auparavant avait produit les effets que j'avais espéré. L'un de ces effets étant d'être rapidement repérés et pris en chasse par les nombreux gardes qui patrouillaient aux alentours… même si ils étaient un peu moins nombreux que prévu… mais peu importait. Kyōjō proposa de se cacher dans une cavité le long d'une falaise. Je savais que c'était inutile, mais je ne devais rien laisser transparaître. Ils semblaient repérer mentalement notre présence, notre aura, une technique dont je n'avais pas encore percé tous les secrets. Lui ne se doutait de rien. Un Chasseur s'approcha imprudemment, et Kyōjō réussit à le maîtriser… mais son bras ne parvenait pas à rabattre la lame de son épée. Il n'était toujours pas habitué à tuer des humains. Sa détermination était encore trop faible… je me saisis de l'arme et achevai la victime d'un mouvement sec et précis. Je ne devais rien laisser transparaître.

Quelques secondes plus tard, une vive douleur électrisa ma queue enduite d'un gel isolant qui atténua le choc. La douleur était supportable mais je conseillai a Kyōjō de s'enfuir tant qu'il le pouvait. Évidemment il refusa. Je ne devais rien laisser transparaître. Très vite, une deuxième balle me frappa dans le bas du dos, accentuant cette fois la douleur. Je m'écroulai, espérant que Kyōjō me croirait mort et m'abandonnerait. Je préférais ne pas avoir à utiliser ma dernière carte aux effets incertains… c'était peine perdue, il commença a m'attraper pour me prendre sur ses épaules… ne comprenait-il donc pas qu'il n'aurait aucune chance de survivre en agissant ainsi ? Allait-il jeter sa vie aux orties, briser notre promesse de changer le monde et de faire accepter notre peuple ? Avait-il tout oublié ? Une troisième charge me frappa, me projetant contre la paroi de la cavité. J'avais mal. Je n'avais plus d'autre choix que d'y recourir : tournant le dos à Kyōjō, j'avalai une pilule que j'avais réussi à confectionner, me plongeant dans un état de mort simulée pendant une minute complète. Une minute pendant laquelle je serais un cadavre. Mais aussi une minute pendant laquelle mon corps serait totalement sans défense. La douleur s'estompa. Plus de lumière, plus de sons, plus de sensations, plus de pensées… plus rien… Cette plongée d'une minute dans le néant sembla durer des jours… mais lorsque je rouvris les yeux, ceux de l'un des Chasseurs me fixaient. Ne comprenant pas tout de suite ce qu'il se passait, il eut à peine le temps d'esquisser une expression choquée que mon bras avait déjà transpercé son abdomen. Son partenaire se retourna soudainement, mais un coup de poing dans le plexus eut vite fait de l'éliminer. Un nuage de neige flottait encore en l'air… Kyōjō avait-il réussi à s'enfuir ? Pour une raison ou une autre, je me sentais bien plus puissant et serein qu'une minute auparavant… je sentais comme de légères vibrations parcourir mon corps, et mon cerveau m'indiquait une direction qui me mena instinctivement au reste du groupe. Les Chasseurs restants semblaient avancer plus prudemment, mais n'eurent pas l'occasion d'aller plus loin après que je les eus rejoints… dans la même direction, je sentis enfin une aura amicale qui semblait s'éloigner.

À cet instant, alors que je sectionnai ma queue, j'acquis la certitude qu'il survivrait jusqu'au jour où nous aurions l'occasion de nous revoir. Quand ce jour arriverait-il, je ne pouvais le dire… l'anneau que j'avais offert à Kyōjō ce soir-là était le symbole de notre amitié, de notre détermination et de notre rêve. Le lien qui nous unissait. Il veillerait sans aucun doute sur Kina, mais je savais qu'il partirait lui aussi tôt ou tard. Je prenais simplement un peu d'avance.


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11 Avril 1789 – Base souterraine au milieu de Chiyuki


Depuis l'évasion de ces Sarunin avec l'aide du Lieutenant Marina, une question me taraudait : qu'était devenue cette jeune Sarunin que mon équipe avait soignée ? Selon le Commandant Kalza elle se portait bien quand il l'a croisée ; j'en avait déduit que la crise était passée et que sa constitution bien plus solide que la nôtre lui avait permis de se rétablir vite… mais tout cela m'intriguait. Son état était vraiment critique quand on nous l'avait amenée, même une Sarunin n'aurait pas pu se rétablir si vite toute seule. Une idée folle s'était mise à germer dans mon esprit : le prototype de remède à cette maladie que je lui avait injecté, et qui avait connu tant de précédents infructueux, était-il enfin le bon ? Depuis la découverte de ce mal incurable cinquante ans auparavant, le nombre de victimes n'avait cessé d'augmenter chaque année. Bien sûr cela restait une maladie très rare mais sa progression inquiétait tous les scientifiques, moi le premier. Et comme aucun humain malade n'atteignait l'âge de deux ans, il était impossible d'étudier un sujet mature ou d'observer une évolution à long terme.

Mais voilà qu'elle était venue, elle, une Sarunin atteinte de la « maladie de la main invisible » et qui avait presque atteint l'âge adulte ! La résistance de cette espèce était peut-être la clé vers un remède… si c'était le cas, l'échantillon d'ADN que j'avais prélevé sur elle était un trésor inestimable. Dans tous les cas, j'ignorais si sa guérison était vraiment due à mon injection et même le cas échéant, le mal étant d'origine génétique, les effets de ce prototype de remède ne sauraient être que temporaires… et quand bien même, rien ne garantissait qu'il soit efficace sur des humains. Mais cela, je n'en doutais pas.

De nombreuses théories avaient éclos au fil des siècles sur l'apparition des Sarunins, des plus plausibles − ils auraient été le fruit d'expériences interdites menées il y a 1000 ans − aux plus cocasses − ils étaient des démons envoyés sur Terre pour nous anéantir, quand ils n'étaient pas carrément d'origine extraterrestre. Mais malgré la propagande de l'Union, moi et de nombreux scientifiques commençaient à appréhender ce qu'ils étaient. Les singes au cours de l'évolution avaient perdu leur queue ; les hommes par rapport aux autres grands singes avaient gagné l'intelligence et la conscience, mais avaient perdu une grande partie de leur force physique et de leur agilité. Mais les Sarunins en plus de garder une intelligence humaine avaient retrouvé leur queue et une force colossale innée, ce qui les rendait en tout point supérieurs à nous. C'était un phénomène encore inconnu dans l'évolution, mais il était difficile d'affirmer qu'il était sans précédent. Si ils représentaient simplement une nouvelle étape de l'évolution humaine, alors leur génome ne devait pas être si fondamentalement différent du nôtre… et si c'était le cas alors peut-être qu'un remède fonctionnant sur cette Sarunin pourrait également guérir des humains normaux !

J'ignorais son nom mais cette fille était un don du ciel ! Grâce à elle, plus qu'un simple médicament, c'était un véritable remède préventif que j'allais pouvoir mettre au point ! Je devais en avoir le cœur net… ces quelques cellules prélevées n'allaient pas suffire, il me fallait avoir confirmation, faire des tests plus approfondis, suivre l'évolution du sujet au quotidien en cas d'effets secondaires tardifs… dans tous les cas il me fallait la retrouver et la convaincre ! Mais l'armée ne devait pas s'en mêler. J'avais pu observer la façon dont ils traitaient les Sarunins qu'ils capturaient, ils risquaient de la blesser et de fausser mes tests… non, elle devait être traitée avec le plus grand soin. Mais il y avait aussi des chances que la maladie l'emporte d'ici peu, toute Sarunin qu'elle fût ; le temps pressait donc. C'était bien ma veine… comment allais-je retrouver une Sarunin parmi les centaines de milliers disséminées à travers le monde ? Je devais me rendre à l'évidence, c'était impossible, d'autant qu'aucun humain ne connaissait l'emplacement ni le moyen d'accéder à leurs cachettes…

« Gando, qu'est-ce que tu fiches encore ici ? »

Sorti de ma rêverie, je sursautai au point de tomber à la renverse… le Commandant Junkoku sirotait un café en me regardant d'un air inexpressif.

« Je pourrais vous retourner la question… qui s'occupe de l'École Son Gokū si vous et le Lieutenant êtes ici ?

−Je me suis déjà arrangé pour ça, ils sont assez grands pour se débrouiller sans moi une semaine ; et puis c'est pas comme si j'avais disparu. Ne m'oblige pas à répéter ma question.

−Ah… mon équipe n'a pas encore tout à fait fini ce que m'a demandé le Commandant Kalza, ce sera prêt dans quelques jours. Quand à moi je repensais à cette Sarunin que vous m'aviez emmenée l'autre jour…

−Quoi, me dis pas que toi aussi t'es tombé amoureux d'elle ?

−… de quoi parlez-vous ? Enfin bref, son ADN va sans doute m'être très utile pour mettre au point un remède à la maladie de la main invisible. J'aimerais la retrouver mais autant chercher une aiguille dans une meule de foin… »

Son regard se porta en bas à gauche et un petit rictus brisa son inexpressivité…

« Avec un peu de chance, tu la reverra bientôt. Enfin, je peux rien te garantir.

−Hein ?! Qu'est-ce que vous voulez dire ?

−Je peux pas t'en dire plus. Retourne bosser ou rentre à Gokumu, mais reste pas dans mes pattes.

−Euh… d'accord… »

Depuis que son Lieutenant avait commis cette folie, il semblait toujours pensif, presque inquiet, chose inhabituelle pour lui. Tout le monde avait remarqué que leur relation était particulière, trop pour qu'une personne extérieure puisse la comprendre réellement… mais il ne semblait même pas envisager de la remplacer alors qu'elle était sûre d'être condamnée lourdement… et pourquoi me demandait-il de fabriquer un objet aussi inutile pour le Commandant Kalza…? Et puis que voulait-il dire par «tu la reverra peut-être bientôt» ? Qu'est-ce qu'ils complotaient tous les deux ? Une curiosité malsaine commençait à monter en moi, que je m'efforçai de réprimer… non il ne valait mieux pas chercher des ennuis au Commandant Junkoku. Des monstres comme le Roi ou le Commandant Lyendith pouvaient peut-être lui faire face, mais moi je n'étais qu'un humain ordinaire et je tenais à la vie ! Finalement je préférais obéir à son conseil, et continuer tranquillement mes études…


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3 Mai 1789 − Région d'Osumar



C'était parti ! Aujourd'hui commençait la Fête de l'Union. Une mosaïque de couleurs, de styles éclectiques, de langues, de cultures animait la ville… tout se faisait dans la joie, l'attention et sans tension malsaine… le nord de la ville que je venais de traverser était baigné d'odeurs d'épices venues des quatre coins du monde et on pouvait y déguster des dizaines de fruits dont j'ignorais jusqu'à l'existence… L'ouest était plus sérieux : plusieurs estrades étaient le théâtre de débats politiques divers et variés. Ici un groupe militant pour l'établissement d'un système monétaire comme à Sino, là un autre s'interrogeant sur le rôle politique des Commandants, ou encore certains réclamant une plus grande liberté d'accès aux méthodes d'entraînement de l'armée. Plus amusant, dans un stand miteux s'agitaient quelques hurluberlus brandissant des tracts «pour la cause Sarunin»… ce qu'ils faisaient frisait l'illégalité mais de toute façon personne n'y prêtait attention.

Les Sarunin, c'était l'affaire de l'armée, il valait mieux ne pas trop s'en mêler. Est-ce qu'ils étaient une menace pour l'humanité ? Je n'en savais trop rien, et je préférais ne pas le savoir. La plupart des gens pensaient sans doute la même chose, et ceux qui avaient perdu un membre de leur famille dans la chasse aux Sarunin ne pouvaient que soutenir l'armée… Et puis quel était l'intérêt de les défendre franchement ? Ils étaient violents, rustres, goinfres et on ne comprenait rien à ce qu'ils disaient… bon de là à vouloir les massacrer c'était peut-être un peu excessif mais quand même, je n'étais pas sûr de vouloir les voir vivre dans la même ville que moi… je ne me serais pas senti en sécurité… et puis il y avait ce groupe terroriste qui avait l'air vraiment dangereux, ça n'était pas comme ça qu'ils allaient se faire apprécier… à ma grande surprise un type s'arrêta devant le stand miteux en question.

Un type louche pour tout dire. Il ricana brièvement et sembla leur demander quelque chose. Les hurluberlus lui tendirent leur micro, le regard un peu interrogateur… le type louche s'avança vers le centre de la grande place et regarda autour de lui, la main sous le menton, comme pour évaluer l'endroit d'où il serait le mieux entendu… je ne compris pas tout de suite… quelque chose sembla bouger sous sa chemise, puis un long et étrange appendice en sortit, et ses pieds semblèrent décoller du sol, soulevant un petit nuage de poussière… cette herbe était censée ne pas être hallucinogène, mais il fallait croire qu'on m'avait menti… du moins c'est ce que je pensai dans un premier temps. En voyant reculer les gens et le silence se faire soudainement, il m'apparut évident que l'herbe n'avait rien à voir là-dedans. Un Sarunin flottait au-dessus de nous et tapait le micro en le testant… Mais bien sûr ! C'était un militaire déguisé en Sarunin qui voulait nous faire une petite frayeur, sans aucun doute… ce genre de surprise arrivait parfois pour pimenter un peu la fête… un vrai Sarunin n'aurait pas pu s'introduire dans la ville sans attirer l'attention des gardes. Et de toute façon il n'aurait pas su se servir d'un micro.
« Bien le bonjour, chers ennemis. commença-t-il avec un accent un peu étrange. Pour ceux qui aimeraient que ce soit un trucage, désolés de vous décevoir mais ce n'est pas le cas. Ne vous en faites pas, je ne suis pas assez fou pour attaquer cette ville tout seul, enfin pas pour le moment… »

C'était peut-être une blague, mais elle était de très mauvais goût… ce farceur savait-il au moins que des personnes étaient mortes dans ces attaques ?
« Je suis juste passé pour profiter un peu de la fête et pour vous transmettre un petit message. Depuis cinq siècles vous vivez dans la paix et les joies simples, pendant que nous avons dû survivre cachés, jusqu'à nous terrer dans des galeries sombres et humides,sans espoir et sans avenir, tenus pour seuls responsables de votre stupidité passée. »

D'accord, une farce de ce genre devait être réaliste pour marcher mais… je commençais à trouver ce type un peu trop sérieux…

« Moi et beaucoup de mes congénères, et peut-être même certains humains ont autrefois cru que nos peuples pourraient cohabiter pacifiquement. Mais nous avons tous fini par nous rendre à l'évidence : trop de chemin à été fait dans le mauvais sens. Il n'est plus possible de faire marche arrière… cette histoire ne sera résolue que lorsque l'un de nous disparaîtra. Notre organisation Rivina grandit de jour en jour, et comme vous avez déjà pu le voir sa puissance est réelle. Nous avons déjà des bases dans la plupart des régions. L'Union et ceux qui collaborent avec elle seront anéantis. Quant à ceux qui ne nous chassent pas mais restent passifs et regardent notre peuple souffrir, ils devront choisir leur camp. Il ne peut y avoir de position neutre dans ce conflit. »

Ça devenait vraiment trop sérieux, là ! Un silence de mort régnait à présent sur la grande place…

« Certains parleront peut-être de race supérieure ou autres idioties dans le genre… moi, je n'y crois pas. Les êtres supérieurs seront ceux qui l'emporteront, ni plus ni moins. Comprenez, chers humains insouciants, que ça n'est pas une question d'infériorité ou de supériorité mais simplement de survie. Alors… que le meilleur gagne ! »

À cet instant, deux Chasseurs apparurent et se ruèrent sur le Sarunin. À présent c'était certain, ça n'était pas une blague ! Ce type venait de faire une déclaration de guerre ! C'était idiot, une guerre ne pouvait pas avoir de vainqueur, par définition… ces cinglés voulaient provoquer la fin du monde ? Le temps que je reprenne mes esprits, le Sarunin n'était plus là, les Chasseurs s'étaient sans doute lancés à sa poursuite… et l'ambiance de la fête s'était considérablement assombrie…


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15 Avril 1789 − Palais du Roi, Aosoa



« Le Commandant Kain ? Ce nom me dit vaguement quelque chose mais…

−Hum… C'est normal que tu ne t'en souvienne pas, cela va faire dix-sept ans qu'il a quitté l'armée. Moi je venais de devenir Commandant et toi, tu n'étais encore qu'une apprentie en pleine crise d'adolescence − l'entrejambe de ton professeur de l'époque s'en souvient enc…

−Et donc, ce Kain, pourquoi a-t-il quitté l'armée ?

−Eh bien, disons… qu'il avait perdu la foi. Il ne comprenait plus le bien fondé de la chasse aux Sarunin, et les désaccords avec le Roi et le Commandant de Son Gohan étaient devenus trop importants ; il a donc préféré se retirer. Depuis il vit à Dorowen où il enseigne les arts martiaux à ceux qui le veulent. Après son départ, Junkoku a pris sa place de manière fracassante, cela en a choqué plus d'un d'ailleurs…

−Mais alors… c'est peut-être l'homme qu'on cherche, non ? »

Tawava sembla hésiter un instant, puis repris après avoir avalé une autre gorgée de thé.

« C'est en effet ce qu'il serait logique de penser… mais je suis quand même resté en bon termes avec lui après cela, je ne pense pas qu'il déteste l'Union à ce point… Non, j'aurais vraiment du mal à le croire… »

Sa dernière phrase avait sonné de façon étrange… je fus aussitôt prise d'un léger mal de tête et posai une main sur ma tempe en fermant les yeux.

« Quelque chose ne va pas, Lyendith ?

−Ce n'est rien, juste une petite migraine… je supporte vraiment mal la chaleur d'ici…

−Quelle idée de venir ici en volant, aussi… enfin, tu devrais peut-être te reposer un peu, pourquoi ne pas passer la nuit ici ? Avoir une jolie fille dans ce palais ça me changera un peu.

−Pardon…?

−Oh, je vois. Je disais juste ça comme ça… au fait, as-tu parlé de tes soupçons à Kalza et Junkoku ?

−Pas encore… je voulais d'abord avoir votre avis en fait… »

À cet instant je ne pus m'empêcher de jeter un regard en biais à ce Roi prétendument si sage et si noble…

« Il vaudrait mieux que tu le fasse, peut-être pourront-ils obtenir des informations par eux-même. D'ailleurs je devrais peut-être interroger les Présidents dont elle a parlé moi-même finalement…

−Je pense aussi que… c'est une bonne idée… »

La migraine s'intensifiait… et j'avais eu l'impression que ses lèvres n'avait pas bougé lorsqu'il avait prononcé la dernière phrase… que se passait-il, bon sang ?

« Écoutez… je dois partir, je ne me sens vraiment pas très bien…

−Déjà ? Il y a un bon médecin dans la ville à côté, je peux t'y emmener si tu veux…

−Ça ira… je demanderai en chemin… »

Lorsque je quittai le palais la migraine s'atténua… mais repartit de plus belle lorsque je posai le pied en ville. J'entendais de nombreuses voix mais c'était étrange… c'était comme si elles raisonnaient directement à l'intérieur de mon crâne, que tous ces gens me hurlaient dans les oreilles… je tentai de demander mon chemin à un passant…

« Excusez-moi, pourriez-vous me dire où trouver un médecin ici ?

−Ah, euh, eh bien… Une déesse ! Une déesse est en train de me parler ! Qu'est-ce que je dois faire ?! Qu'est-ce que je dois lui dire ?!

−Rah, laissez tomber ! »

Écartant l'idiot d'un geste brusque, je m'envolai pour m'éloigner de cette ville le plus vite possible. Je commençais à comprendre que ça n'était pas un mal qui passerait en allant voir un médecin… comme je le pensais, en survolant la mer, la compagnie des dauphins était bien moins importune. La migraine et les voix s'estompèrent. Sur le continent, je pris soin de voler suffisamment haut pour être tranquille, tout en espérant que ce ne fût qu'un malaise passager dû à la chaleur. Le climat de Qakhmius était tellement plus doux et plus agréable, je m'y sentirais mieux… ce fut vrai pour la température, pas pour la migraine.

Une ville aussi animée que Lumis n'était vraiment pas ce dont j'avais besoin à ce moment ! Le jour commençait à peine à tomber mais je me sentais déjà assommée de fatigue. Une fois revenue à l'École, je m'empressai de rejoindre mes appartements sans saluer personne. Un lit et un peu de calme : c'était tout ce dont j'avais besoin… quelle ironie, je venais de battre un puissant et redoutable Sarunin, mais j'étais terrassée par une petite migraine… c'était ridicule. La voix du Lieutenant Dolann sortit du haut-parleur et interrompit ma rêverie. N'ayant pas envie de me déplacer, chose inhabituelle, j'ouvris la porte par la télécommande…

« J'espère que vous avez fait bon voyage, Commandant.

−Si on veut…

−Je viens vous voir à propos de… Le Président de Dumia peut la rencontrer demain mais… elle a pas l'air de bonne humeur, c'est peut-être pas le bon moment pour lui parler… En fait, je reviendrai plus tard, vous devez être fatiguée.

−Merci. C'est tout ce que je voulais savoir.

−… hein ? Comment ça ? Elle voulait savoir si elle était fatiguée ?

−Si vous n'avez rien d'autre à me dire, partez s'il vous plaît. »

Je n'aimai pas sa façon de me regarder comme une bête curieuse à cet instant mais je ne pouvais pas non plus lui en vouloir. Cette phrase m'avait totalement échappé, sans que je sache vraiment si il avait dit ce que j'avais entendu… non, il ne l'avait pas «dit»… ce qui m'arrivait n'était pas un simple malaise… je ne comprenais plus rien… pourquoi m'étais-je mise à entendre les pensées des gens ?!

Fermant les yeux je m'abandonnai au calme… j'essayais de ne ne penser à rien… et en les ouvrant je me retrouvai debout, au milieu de la Montagne aux Oiseaux. Devant moi, de dos se tenait un homme aux cheveux rouges et hirsutes, arborant une queue de singe dans le bas du dos. Cue-Limyos était immobile, entouré de cadavres de ses congénères, tandis que des dizaines de soldats se ruaient sur lui, disparaissant comme de la poussière en s'en approchant… les uns après les autres… la haine montait en moi… je souhaitais le combattre mais mon corps était paralysé… alors que des soldats continuaient à affluer vainement, il se tournait lentement vers moi… je ne pus m'empêcher de crier…

« Tu vois bien que nos deux espèces ne peuvent que se détruire ! Elles ne peuvent pas s'aimer ! »

Pourquoi avais-je dit cela…? Lorsqu'il me fit face, son visage était étrangement juvénile, féminin… et il pleurait… tremblait même… il répondit d'une voix plaintive…

« Qu'est-ce que vous en savez ? Pourquoi ça vous paraît si impossible ?! »

Son apparence avait changé et les soldats avaient cessé d'attaquer sans que je ne m'en rende compte… j'avais à présent devant moi une jeune fille au cheveux gris et courts, elle aussi dotée d'une queue, et dont les yeux noirs étaient emplis de détresse… elle commença à s'avancer vers moi, en répétant un seul mot… « Pourquoi… pourquoi… pourquoi… pourquoi… » Arrivée en face de moi, elle me regarda fixement dans les yeux, toujours la mine désespérée, en agrippant mon visage de ses deux mains… la seconde d'après, avec le même regard, c'était une adolescente aux longs cheveux châtains et tressés, et à l'iris argenté qui me fixait…

« Crois-tu vraiment que c'est impossible ? »

Un frisson me parcourut. J'étais à présent allongée sur mon lit, la respiration quelque peu saccadée. Dehors il faisait déjà nuit noire. Je n'arrivais même pas à savoir si je venais de faire un rêve ou un cauchemar. Dans tous les cas, c'était un rêve absurde. Et il m'amena à me poser une question absurde. Ma rencontre avec Cue-Limyos avait-elle quelque chose à voir avec les voix que j'entendais depuis quelques heures ? Il n'y avait aucune raison…



« … bleu… rouge… vert… pourpre… blanc… ocre… votre chat…? »

Le médecin que j'avais appelée le lendemain matin laissait choir un peu plus sa mâchoire chaque fois que je devinais à quelle couleur elle pensait. De toute évidence, cette «maladie» n'était pas de celles qu'elle voyait souvent.

« Je… je connais un concentré de plantes très efficace contre la migraine mais… pour votre autre problème, je suis totalement démunie… en dehors des romans je n'ai jamais entendu parler d'une telle faculté, je ne comprends même pas comment c'est possible… vous dites que ça n'a commencé qu'hier…?

−Oui… en fait la migraine a un peu diminué, comme si je m'y habituais… je n'entends que des pensées très superficielles, mais j'ai peur que cela crée des problèmes.

−En tout cas, cela dépasse mes compétences… tout ce que je peux vous conseiller, c'est d'éviter les endroits trop fréquentés… et éventuellement, essayer de le «contrôler» si vous pensez que c'est possible… comme vous dites que vous vous y habituez…

−… Merci, et pardon de vous avoir dérangée. Et ne parlez de ça à personne pour le moment, je vous prie.

−Je comprends… désolée de ne pouvoir rien faire de plus… »

Le contrôler… pouvait-on vraiment contrôler un tel pouvoir ? C'était souhaitable si je ne voulais pas devenir folle, mais cela s'annonçait difficile. En attendant, plus personne ne pouvait me mentir ou me cacher des choses sans que je le sache immédiatement. C'était peut-être là une occasion inespérée d'obtenir certaines réponses. « C'est un don de la déesse Lyendith ! ». C'était sans doute ce que dirait ma mère si elle l'apprenait. Moi je n'étais pas très croyante, mais je me plaisais à le penser… typiquement le genre de cadeau empoisonné que les dieux offraient aux humains. En allant voir le Président de Dumia qui avait accepté de me rencontrer, j'en aurais enfin le cœur net.

Le déjeuner était copieux, les mets raffinés. Et lui le plus détendu du monde, pensant que j'étais venue pour une simple inspection de routine sans rapport avec les récents attentats. Il craignait donc que je lui parle des attentats…

« Délicieux ces pamplemousses. lançai-je le plus naturellement du monde. Aussi sucrés, ils doivent venir de Tumai si je ne me trompe pas.

−Tout à fait, haha… Tumai… Du calme, elle ne se doute de rien….

−Oui… c'est exactement ceux qu'adorait le Commandant Jinei.

−O… Oui… Pourquoi elle me parle de lui ? Qu'elle change de sujet, par pitié !

−Quel dommage qu'il soit mort, surtout ainsi…

−Te… terrible, en effet… bégaya le Président qui commençait à suer à grosses gouttes. Je ne dois pas paniquer, elle ne fait que parler de lui… elle n'a pas pu découvrir la vérité…

−Pas encore, mais vous allez pouvoir me renseigner, je n'en doute pas. »

J'avais à présent devant moi une statue à l'effigie du Président, tenant une fourchette, la bouche entrouverte et l'air terrifié. J'esquissai un mouvement pour porter un morceau de pamplemousse à la bouche, ce qui le fit tomber violemment à la renverse et ramper pour s'éloigner de moi. Þika n'avait pas menti : ce Président cachait des choses. Et il allait me révéler ce qu'il savait, qu'il le voulût ou non.


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3 mai 1789 − Plage de Fenlava, Zone Neutre.


« Ça fait plus d'un an… heureux de te revoir, Kyōjō. »

Il était souvent difficile de différencier le rêve de la réalité… Mais si ma conscience me clamait de toutes ses forces que j'étais encore évanoui, mes cinq sens m'assuraient du contraire… Ce visage serein, ce ton toujours empli de compassion, et ces yeux pourpres pleins d'assurance étaient bien ceux de Nezumaru. Mais l'impression qu'il dégageait avait changé, sans que je pusse expliquer en quoi. D'une certaine manière sa présence semblait plus imposante…

« C'est impossible… tu étais mort cette nuit-là, j'en suis certain ! Comment as-tu…

−Effectivement, je l'étais… répliqua-t-il avec un sourire en coin. Enfin disons que j'ai usé d'un petit artifice pour te le faire croire. C'était nécessaire.

−Nécessaire… mais enfin pourquoi as-tu fait une chose pareille…?

−Dans ton intérêt. J'aurais pu me contenter de disparaître mais tu aurais risqué de passer ton temps à me chercher, et cela t'aurait empêché d'avancer.

−Mais enfin… qu'est-ce que… »

Le choc n'était pas encore tout à fait passé, mais ses paroles et celles d'une autre personne instillaient un doute plus grand encore dans mon esprit…

« Il paraît que Kalza s'intéresse beaucoup à toi, et lui et Junkoku sont bons copains... »

Kalza… s'intéresse à moi… ami avec Junkoku…

« En clair, tu veux qu'on aille jusque là-bas ? Pour quoi faire ?

−Moi, pour tout te dire je dois y rencontrer quelqu'un, et toi… »


Rencontrer quelqu'un…

« Pour le moment tu vas dormir un peu en attendant qu'il arrive… »

Nezumaru voulait que je le croie mort… ce quelqu'un, c'était… lui ?

« Nezumaru… qu'est-ce que c'est que ce manteau, que tu portes…? »

Son sourire s'élargit sensiblement. De toute évidence il attendait que je lui pose cette question.

« Disons que j'ai décidé d'agir à la source du problème.

−Ne me dis pas que… bégayai-je. Tu n'as quand même pas…

−J'ai infiltré l'armée et suis monté jusqu'à prendre la tête de l'École Vegeta. Il faut m'appeler Commandant Kalza maintenant.

Ma conscience criait plus fort que jamais de ne pas croire un mot de ce que je venais d'entendre, que tout ceci n'était qu'un cauchemar ou un malentendu… mais les pièces du puzzle s'assemblaient d'elles-mêmes dans ma tête, me faisant comprendre l'intolérable réalité… Nezumaru avait vraiment…

« Tu… Tu mens… dis-moi que tu mens ! »

Son sourire s'estompa progressivement. Ma réaction semblait le décevoir mais pas le surprendre outre-mesure…

« Kyōjō, tu dois essayer de comprendre…

−Comprendre…? Tout ce que je comprends c'est que tu as nous as trahis…! Tu as participé au massacre de ton peuple ! Comment oses-tu te montrer devant moi avec cet uniforme ?! Réponds-moi, Nezumaru ! »

Stoïque, il me fixait d'un regard condescendant… non, plaintif…?

« En effet, je collabore à l'assassinat de mes congénères depuis un an, et ne crois pas que j'en sois fier. Mais c'est le moyen le plus rapide d'y mettre fin. C'est la conclusion à laquelle je suis parvenu durant mes années de réflexion.

−Y mettre fin…? Tu te rends compte de l'absurdité de ce que tu dis ?! Tu comptes nous massacrer jusqu'au dernier ? C'est ça que tu entends par «y mettre fin» ?! »

Cette fois son visage se crispa dans une expression d'énervement. Emporté par mon indignation cette phrase m'avait échappé, mais je savais bien que ça n'était pas son intention. Si il avait vraiment voulu faire une telle chose il lui aurait suffi de révéler les entrées secrètes d'Arata à l'armée. Mais il avait gardé ce secret, alors qu'avait-il en tête ?

« Je t'ai dit que j'avais pris la tête d'une des trois Écoles, mais ne crois surtout pas que ce soit mon objectif final. Bien que les Commandants aient un pouvoir conséquent chacun sur une partie de l'armée, ils ne peuvent pas tout se permettre. Mon objectif se situe donc plus haut encore…

−Tu veux… prendre la place du Roi…? »

Son sourire refit surface. Pourtant affirmer une telle chose avec autant de légèreté semblait surréaliste… c'était donc ça son objectif ? Être désigné Roi pour mettre fin à la Chasse aux Sarunin ?

« Tu as perdu la tête, Nezumaru… tu dis ça comme si c'était une formalité ! Et même si tu réussis, tu penses tuer tes frères pendant encore combien d'années avant que ça arrive ?

−C'est évident que cela prendra du temps. Mais si personne n'a cette volonté cela n'arrivera jamais. Et que ce soit moi ou un humain qui perpétue la Chasse, cela ne change rien au fond. Alors j'accepte de couvrir mes mains du sang des Sarunin du présent, si cela peut me permettre de sauver ceux du futur.

−Arrête de te chercher des excuses ! Tu crois vraiment que les humains qui nous haïssent depuis cinq siècles l'accepteront si facilement ?! »

Il ferma les yeux en baissant légèrement la tête… ma question était idiote, je savais bien qu'il était conscient des difficultés à surmonter… mais tout cela paraissait tellement absurde ! Il n'avait jamais montré de véritable haine à l'égard des humains, mais comment pouvait-il leur faire confiance à ce point après tout ce qu'ils lui avaient pris ?

« Nezumaru… demandai-je sans pouvoir retenir une note de rage dans ma voix. Pourquoi tu me dis tout ça… et pourquoi maintenant ?

−Tout d'abord, pour te faire comprendre que la paix entre humains et Sarunin ne se fera pas sans sacrifice et qu'il n'y a pas de raccourci. Ensuite parce que je voulais que tu m'aides dans ce projet en suivant la même voie et en devenant mon Lieutenant. Ainsi si je deviens Roi tu seras Commandant à ton tour et nous aurons d'autant plus de…

−Te fous pas de moi !! Comment tu as pu croire une seule seconde que j'allais accepter ?! Et Kina ? Tu as pensé à elle ?! Tu m'avais fait promettre de la protéger si tu mourrais ! Est-ce que tu pourras te regarder dans une glace si elle se fait tuer par les soldats sous tes ordres ?!

−Je… ça n'arrivera pas… je leur ai ordonné de ne pas la tuer si ils la voyaient, et j'ai demandé au Commandant Junkoku de faire de même…

−Tu m'as l'air bien sûr de toi… »

Pour la première fois depuis le début de cette conversation il semblait perturbé. Apparemment le sacrifice d'une partie de son peuple lui importait peu, mais quand cela concernait sa petite sœur bien aimée, c'était une tout autre histoire… il ne se rendait même pas compte de l'hypocrisie de sa position…

« Tu me déçois, Nezumaru… je croyais qu'après tout ce que nous avons traversé tu te rendrais enfin à l'évidence, mais tu continues à croire en tes chimères… »

Son visage changea soudainement. Il me fusillait du regard à présent… une sensation étrange m'envahit… une sensation oppressante que j'avais déjà ressentie récemment… celle qui me faisait ravaler ma fierté en un instant… qui me faisait me sentir inférieur… impuissant…

« Kyōjō… tu ne le sais peut-être pas, mais l'anneau sur ton bras est fait en spiritane, un métal qui s'imprègne de l'énergie la plus dense qu'il rencontre…

−Et… et alors…?

−Il se trouve que lorsque les Dragon Ball ont explosé il y a plus de 500 ans, l'énergie particulière qu'elles renfermaient n'a pas disparu… aujourd'hui encore, au sommet du rocher par lequel nous sommes passés cette nuit-là, on peut entrevoir un faible halo orangé la nuit. Cette énergie n'est pas puissante mais elle est d'une densité peu commune, incomparable avec celle de l'énergie des êtres vivants.

−… C'est donc pour ça que le Dragon Radar indiquait ma position… tu avais vraiment tout prévu…mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, maintenant…?

−Kyōjō… cette nuit-là, quand je t'ai dit que cet anneau serait-le lien entre nous et qu'il symboliserait notre rêve, je ne faisais pas seulement référence au fait qu'il me permettrait de te retrouver. Je le pensais vraiment.

−«Notre amitié» et «notre rêve» sont morts…! Tu as trahi notre peuple…!

−Si tu as une meilleure solution, je t'écoute ! répliqua-t-il en s'emportant soudainement. Qu'est-ce que tu ferais à ma place ? Hein ?! »

Je brûlais d'envie de lui dire sans détour le fond de ma pensée mais la pression venait encore de s'accentuer… ma détermination finit toutefois par l'emporter…

« Si… si une espèce doit disparaître… ça ne sera pas la mienne… »

Ses yeux s'écarquillèrent, et il entrouvrit la bouche, sans qu'aucun mot ne parvienne à en sortir… le dernier mot de ma phrase ne lui avait pas échappé… la pression se relâcha d'un coup.

« Je vois… murmura-t-il en retournant sur ses pas. Tu as donc choisi cette voie.

−Où tu vas comme ça ? C'est trop tard pour regretter, viens en découdre ! »

À ces mots il s'arrêta net. Pendant quelques secondes, nous demeurâmes silencieux… Puis une énorme massue s'abattit sur moi ! Ou du moins ce fut mon impression sur l'instant… j'étais tombé à genoux sous le choc, pendant qu'il me tournait toujours le dos, statique… le sable sembla se mettre à tournoyer autour de ses pieds, puis de ses jambes, et de son corps tout entier… ses cheveux semblèrent se soulever et mes yeux commencèrent à me jouer des tours… d'un noir de jais, ils se décolorèrent soudainement… et Nezumaru se retourna vers moi, me fixant avec des yeux d'émeraude et baigné d'un halo doré d'une terrifiante beauté…

« Tu ne comprends vraiment rien, Kyōjō…

−Nezu… maru… c'est bien toi…? »

Le temps que je pose la question, il n'était déjà plus devant moi. Il murmurait désormais à mon oreille…

« Tu me déçois, Kyōjō… après tout ce que nous avons traversé je pensais que tu comprendrais que la voie de le haine ne mène à rien, mais tu te complais à croire à ces chimères… »

Incapable de formuler la moindre phrase, je ne pus répondre que par un coup du tranchant de la main, qui heurta de plein fouet sa tempe. Sans que cela se traduise d'une quelconque manière sur son visage. Alors qu'il n'esquissa pas l'ombre d'un mouvement, je fus frappé en plein abdomen et roulai longuement dans le sable de Fenlava. Sonné, le souffle momentanément coupé, je n'eus pas le temps de reprendre mes esprits que la personne prétendant être Nezumaru était déjà devant moi, m'attrapant par le col et me soulevant sans ménagement.

« Alors comme ça, tu veux en découdre ? Laisse-moi rire ! »

Et je fus jeté comme une poupée de chiffon contre la façade en pierre, sans plus de ménagement.

« Tu présumes beaucoup de tes forces. N'espère même pas te mesurer aux Commandants avec ton niveau, et encore moins à moi ! »

Je fus sorti, amorphe, de la façade dans laquelle j'étais encastrée et fus jeté à plat ventre, n'ayant toujours pas vraiment compris ce qui venait de se passer… je fus ensuite retourné sur le dos par le pied du type aux cheveux dorés…

« Récemment, un Sarunin aux cheveux rouges a tué un nombre incalculable de Chasseurs près de Satan. Il a été éliminé il y a un peu plus de deux semaines. Il était réputé particulièrement puissant, mais même lui n'a pas fait le poids face à Lyendith. »

Aux cheveux rouges… près de Satan… ce Vaki s'était donc fait tuer…? Et apparemment quelques jours après que je l'avais rencontré…

« Quand au groupe terroriste auquel il était lié, grâce à elle nous avons déjà une idée de qui est son chef. Ça n'est qu'une question de temps avant qu'on découvre où ils sont localisés. Si tu t'apprêtais à les rejoindre, abandonne cette idée. Je dis ça pour ton bien. »

Mon bien…? Il venait de m'humilier en bonne et due forme et prétendait encore vouloir mon bien… jusqu'où pouvait-il aller dans le cynisme…?! Nezumaru reprit son apparence normale… ou peut-être ne l'avait-il jamais perdue… je ne comprenais plus rien… reculant de quelques pas, il s'envola précipitamment et disparut de ma vue. Avant cela, je crus percevoir le mot «Adieu».

Ma conscience était toujours là, en train de me hurler que je venais de faire un horrible cauchemar et que je pouvais à présent me réveiller. J'aurais préféré, vraiment. Mais il n'y avait là que la réalité, insupportable et impensable. Nezumaru nous avait trahis… moi, Jin, Kina, son peuple… peu importait les prétextes qu'il pouvait se trouver, ce qu'il avait fait était impardonnable ! Non loin de là, la lame de Ryūketsu reflétait les rayons du soleil déclinant. Elle semblait m'appeler, m'attirer… lentement, n'essayant même pas de retenir des larmes de rage, je rampai puis me relevai, guidant mes pas vers ce point lumineux… j'arrachai de mon bras cet anneau qui n'avait plus de sens et le jetai de toute mes forces dans l'océan. Au moment où j'agrippai la poignée de mon arme, ma détermination se trouva renforcée. En un sens il avait raison : la haine ne me mènerait nulle-part. Seule la rage me permettrait d'avancer. Si il avait choisi la voie de l'hypocrisie alors je choisirais la voie de la revanche. Nous verrions bien laquelle des deux l'emporterait !



En prenant la direction du sud, le lendemain, la ville de Kukai était en vue. Elle était relativement isolée, et plus étonnant encore : pas un seul Chasseur dans les environs… après tout comme me l'avait dit Marina, il n'y avait pas grand chose d'intéressant pour nous autres Sarunins. C'était peut-être pour ça que l'endroit était idéal pour nous cacher. Cela ne me dispensait toutefois pas d'avancer prudemment, je ne connaissait que trop bien le talent des Chasseurs pour nous tendre des piège où l'on s'y attendait le moins…

« Ne te retourne pas et écoute-moi. »

… Merde ! Je m'étais encore fait avoir ?!

« T'es un nouveau apparemment. Je vois que tu t'es déjà coupé la queue, parfait. Tu vas entrer dans la ville et chercher l'hôtel Theito. À la réception, demande où se trouve la chambre d'un certain Niravi. Pour la suite, on te guidera. Et tâche de ne pas trop attirer l'attention. À tout-à-l'heure… »

Je me retournai brusquement pour connaître le visage de mon indicateur… mais il n'y avait personne derrière moi.



à suivre…


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Vous aurez sans doute remarqué que Kyōjō se fait démolir à quasiment chacun de ses combats depuis le chapitre 5… c'est à moitié volontaire de ma part et à moitié de la scoumoune, parce qu'il faut avouer qu'il tire souvent le mauvais numéro :mrgreen:
Le prochain chapitre sera probablement le dernier de ce que je désignerais comme la première partie de l'histoire… en tout cas l'entrée de Kyōjō dans Rivina symbolise une certaine rupture dans le déroulement, vu que jusqu'ici il était un peu baladé de région en région en subissant des évènements qui le dépassent. Et en se faisant démolir.
Nanarland, le monde des mauvais films sympathiques

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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mar 27 Avr 2010, 23:34

Rappel des personnages :

SARUNIN

Kyôjô (22 ans) :
Sarunin possédant une grande rancœur envers les humains, il a décidé de rejoindre Rivina, une organisation de Sarunin projetant de se venger de l'humanité. Il ne se sépare jamais de son épée Ryuketsu.

Nezumaru/Kalza (23 ans) :
Un Sarunin particulièrement puissant. Autrefois meilleur ami de Kyôjô, il a feint sa mort pour infiltrer l'armée de l'Union et devenir Commandant de l'École Vegeta.

Kina (19 ans) :
Petite sœur de Nezumaru, amoureuse de Kyojo. Une maladie pulmonaire très rare la rend plus faible que ses congénères, mais après que Kyôjô les a abandonnés elle décide avec Jin d'étudier la société humaine et de l'intégrer à terme.

Jin (13 ans) :
Petit frère de Kyojo, il considère Kina comme sa grande sœur même si ils ne sont pas liés par le sang.

Vaki (31 ans) :
Sarunin aigri qui apprend à Kyojo l'existence de l'organisation Rivina. Peu après, il finit par se repentir, avant d'être tué par Lyendith. Les nombreux humains qu'il a tués lui valent le surnom de Cue-Limyos («rouge-sang»)

HUMAINS

Junkoku :
Commandant de l'École Son Goku, leader un brin tyrannique au passé trouble. Il devient vite ami avec Kalza à cause de sa force et de son culot.

Marina (19 ans) :
Lieutenant, apprentie et en quelque sorte fille adoptive de Junkoku, avec qui elle entretient une relation ambiguë. Elle est tombée amoureuse de Kina, ce qui lui vaut quelques ennuis.

Lyendith (32 ans) :
Rendue célèbre par sa beauté et ses yeux argentés, elle est le Commandant charismatique de l'École Son Gohan. Elle soupçonne son ancien Commandant Jinei, officiellement exécuté pour trahison, d'être le chef du groupe terroriste de Sarunin.

Dolann (35 ans) :
Le Lieutenant flegmatique mais non moins efficace de Lyendith.

Gando (51 ans) :
Scientifique fasciné par les Sarunin. Il aimerait retrouver Kina pour perfectionner le remède à sa maladie.

Tawava Gazikye (60 ans) :
Ex-Commadant de Vegeta devenu Roi de l'Union.

Kain (72 ans) :
Ex-Commandant de Son Goku qui s'est retiré de l'armée, ne comprenant plus le but de la Chasse aux Sarunin. Il a fondé une école d'arts martiaux dans le pays de Dorowen par la suite.

MÉTISSES

Ciana (17 ans) :
Fille de Senae et d'un père Sarunin qu'elle n'a jamais connu, elle étudie les arts martiaux dans l'École de Kain. Elle vit une vie paisible et relativement ordinaire avant d'être capturée malgré elle par l'armée et de rencontrer Vaki. Ce dernier la protège et lui permet d'échapper à Lyendith.

Hevi (13 ans) :
Enfant turbulent et asocial, très doué pour le combat, qui vit sous la tutelle de Kain depuis la mort de ses parents. Ses fugues de plus en plus fréquentes inquiètent Ciana, jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement. Il n'aime pas les Sarunin mais parle leur langue.



Résumé des précédents chapitres :

Depuis sa visite au Roi, Lyendith commence à entendre les pensées des gens, sans comprendre ce qu'il lui arrive. De plus en plus sûre d'elle et interroge à présent le Président de la région de Dumia, pour lui faire avouer ce qu'il sait sur Jinei.
Alors que la fête de l'Union commence, un Sarunin s'introduit dans une ville et lance une déclaration de guerre à l'Union, tout en sommant les pays indépendants de choisir leur camps.
Sur la plage de Fenlava, Kyôjô subit une double désillusion : trahi une nouvelle fois par Marina, il découvre surtout que son meilleur ami Nezumaru est devenu Commandant de l'École Vegeta, participant ainsi au massacre des siens. Ce dernier espère atteindre le sommet de l'Union pour mettre fin à la Chasse, mais Kyôjô refuse de le rejoindre dans cette entreprise. Épargné et plus déterminé que jamais, il rejoint la ville de Kukai, où un mystérieux informateur lui indique le chemin à suivre…
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Messagepar Itachi-san » Mar 27 Avr 2010, 23:43

Chapitre 16
Découvertes
発見



4 mai 1789 - Kukai

Encore un ! Ils étaient de plus en plus nombreux ces derniers temps. C'était d'autant moins surprenant que la Fête de l'Union était une période propice à attiser la rage des frères et sœurs. Koyan l'avait senti aussi évidemment, assis dans un fauteuil qu'il se plaisait à prendre pour un trône. Nostalgique de son ancienne vie peut-être ? Pour tout dire, j'étais un peu dubitatif quand il avait proposé de lancer un message aux humains, surtout de cette façon… cela me paraissait prématuré ; certes nous nous renforcions chaque jour un peu plus mais nos effectifs étaient encore limités. Il avait beau dire que ça ne changeait rien puisque nous nous étions déjà découverts avec nos précédentes attaques, je me demandais parfois si il savait ce qu'il faisait…

« T'en penses quoi ?

−… j'allais te le demander. Je ressens bien quelque chose mais d'ici j'ai un peu de mal à juger précisément. Je suis pas encore aussi habile que toi pour jauger les puissances.

−Il ou elle m'a l'air d'avoir un bon potentiel. Son aura est assez brûlante par contre, ça m'a l'air d'être le genre impulsif.

−T'en sais des choses dis donc… »

Il se contenta de ricaner et se leva nonchalamment de son fauteuil en s'étirant. Peu de gens osaient faire remarquer que les marques de brûlures intenses qui parcouraient son torse toujours nu n'étaient pas une vision des plus agréables. Mais il en était probablement conscient, et ne savait que trop bien l'impact qu'une telle blessure de guerre pouvait avoir chez ceux qui le rencontraient. Une manière de leur faire comprendre qu'il était bien le guide de cette organisation.

« Au fait, me lança-t-il, on a toujours pas de nouvelles de ce gamin que l'un de nous avait rencontré il y a un mois ? Si je me souviens bien il avait l'air prometteur…

−À ce qu'on m'avait dit il n'avait pas l'air très chaud pour nous rejoindre… d'ailleurs je me demande qui est l'informateur de notre nouveau candidat.

−On le saura bien vite. Dis à Danto et Danki de se préparer à l'accueillir.

−Euh… répondis-je d'un air dépité. Pourquoi c'est toujours eux qui…?

−Tu veux t'en charger ?

−Euh non c'est pas ça mais…

−Allons, fais pas d'histoires, et prépare-toi toi aussi. »

Effectivement j'allais devoir le guider mais ces deux-là n'allaient sans doute pas pouvoir s'empêcher de faire comme d'habitude. Enfin, vu leur caractère je pouvais pas leur en vouloir de trouver ça drôle, c'était la faute de mes parents pour commencer…

« Ah, au fait Koyan, t'aurais pas vu mon… chien… »


Évidemment, en me retournant je constatai qu'il avait disparu. Décidément, pas un pour rattraper l'autre…

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16 avril 1789 – Dumia


Que venait-elle de dire…? Peut-être le stress m'avait-il fait parler à voix haute sans m'en rendre compte… pourtant elle n'avait pas l'air surprise le moins du monde… comment avait-elle pu savoir pour le Commandant Jinei ? Non, elle ne savait pas encore tout… avait-elle interrogé ce Þika qu'on avait fait interner ? Nous avions apparemment été trop naïf de croire que cela suffirait à le faire taire… mais qui eût cru qu'elle le prendrait au sérieux ? Elle esquissa un geste, me faisant tomber à la renverse. Instinctivement je me mis à ramper à reculon, même si je savais que je ne lui échapperais pas si aisément… je suais en la regardant déguster avec délectation le melon de Tumai, sans réaction aucune…

« À votre réaction, répondit-elle d'un ton presque amical, je crois comprendre que vous avez omis de m'informer de certaines choses le jour où j'ai endossé ce manteau.

−Je… je ne vois pas de quoi vous parlez !Pourquoi vous aurais-je caché quoi que ce soit ?! »

Son tendre sourire masquait mal le durcissement de son regard. D'accord, nous lui avions caché que Jinei avait disparu, mais…

« «… les gens n'avaient pas besoin de savoir», c'est cela ? À moins que vous n'ayez craint que personne ne vous croie ?

−Non… je… je ne sais rien ! Jinei est mort, qu'est-ce que vous voulez de plus ?!

−Malheureusement pour vous, poursuivit-elle en se levant, je suis très douée pour déceler les mensonges. Il serait peut-être temps de vous comporter en adulte. »

Elle ne comprenait pas… quelle image aurait-on donné de l'Union au peuple et aux pays réfractaires si ils avaient appris qu'un criminel aussi dangereux nous avait échappé ? Nous avions juste fait ça pour…

« Tout ça pour sauver votre misérable fierté. Cherchez-vous des excuses autant que vous voudrez, vous avez dû comprendre ces dernières semaines, que Jinei n'était sans doute pas étranger à toute cette agitation.

−Mais enfin… on ne peut pas être sûr qu'il est derrière tout ça… c'est juste…

−C'est la sécurité de l'Union et de l'humanité qui est en jeu ! s'emporta-t-elle avant de reprendre son calme. Vous devez me dire ce que vous savez, c'est la seule piste que nous ayons pour l'instant… »

Et puis zut… elle avait raison, à quoi bon le cacher à présent ? Elle m'avait percé à jour et moi-même m'étais lassé de porter ce fardeau. Avais-je gardé ce secret par pur égoïsme ? Peut-être bien ; dans tous les cas l'homme qui avait disparu un an auparavant était peut-être en train de fomenter un sombre complot pour détruire l'Union… je ne pouvais plus échapper à mes responsabilités.

« … bon, d'accord, je vais vous raconter ce qui s'est passé.

−Bien ! répliqua-t-elle avec un sourire qui aurait pu paraître tendre. Allons, ne vous arrêtez pas, cela vous fera du bien. »

Elle n'était vraiment pas crédible quand elle essayait de jouer la gentille femme empathique. À peine eus-je formulé cette pensée que son sourire se teinta à nouveau d'une expression irritée.

« Comme vous le savez sans doute, c'est le Commandant Tawava et l'ancien Roi qui ont maîtrisé Jinei tant bien que mal quand il a perdu la tête… il répétait des mots incohérents en se débattant… quelque chose comme « vous n'aviez pas le droit ! » ou « Je ne vous pardonnerai jamais ! »… aujourd'hui encore je ne sais pas ce qu'il a voulu dire. »

En effet… il devait tout à l'Union, il aimait cette terre, aimait l'humanité, qu'est-ce qui avait bien pu provoquer un tel revirement chez lui ?

« … le Commandant Kain. dit-elle sans prévenir.

−Le Commandant Kain ? Ça fait presque 20 ans qu'il s'est retiré, qu'est-ce qu'il vient faire là ?

−Le Roi m'a dit que ce Commandant avait perdu la foi, qu'il avait fini par être dégoûté de la chasse aux Sarunin. Peut-être que c'est ce qui est arrivé à Jinei. Sauf que sa réaction a été un peu plus… violente…

−Violente ?! Il a bien failli détruire la Pyramide ! Ça ne peut pas être la seule explication !

−Ça n'est pas le plus important pour le moment. Continuez. »

Elle avait beau feindre le calme, sa tension était palpable. Assise sur le rebord de la table les bras croisés, son index tapotait son biceps pendant qu'elle fronçait les sourcils, cherchant sans doute malgré elle les raisons, même si elle disait que ça n'avait pas d'importance.

« On a finalement réussi à l'anesthésier, mais il était encore conscient. Le lendemain, dans l'avion qui l'emmenait à l'échafaud, il est resté immobile et silencieux. Il avait presque l'air serein. Finalement, pendant qu'on le trainait dans les couloirs il a légèrement sourit et il a dit… »

Devais-je le lui dire ? Elle risquait de ne pas aimer… moi-même venait à peine de comprendre la signification de ces mots… Le Commandant commençait à s'impatienter… Son expression se crispa un peu plus et sa bouche s'entrouvrit l'espace d'un instant…

« Si vous ne vous en souvenez pas, ce n'est pas grave. Poursuivez.

−Euh… d'accord… C'était une phrase assez banale de toute façon. Enfin bref, avec les autres Présidents on l'a laissé aux mains des soldats et on a attendu dans une pièce voisine. On disait quelques mots sur les raisons qui avaient pu le pousser à faire ça, mais dans l'ensemble il y avait un silence assez pesant… environ une demi-heure plus tard, un soldat a déboulé dans notre salle, on aurait dit qu'il avait vu un fantôme… remarquez, c'était un peu ça…

−Il n'y avait vraiment… rien ? Aucune trace, aucun vêtement ?

−Rien ! Ses fers n'étaient même pas ouverts ! C'était vraiment comme si il s'était transformé en courant d'air ou que son corps avait disparu avec le reste…

−C'est comme avait dit Þika… je me demande si… »

La fin de sa réponse était presque inintelligible, mais je pus vaguement lire sur ses lèvres quelque chose comme : « il l'aurait vraiment fait ? »…

« Après ça, nous avons ordonné à ces soldats de faire comme si tout s'était déroulé sans incident…

−De simples Présidents ne sont pas censés avoir d'autorité directe sur les soldats. me fit-elle remarquer sans masquer une note de réprimande dans sa voix cette fois. C'est pour ça que vous avez fait passer Þika pour un cinglé lorsqu'il a refusé de se taire ? »

Il valait mieux ne rien répondre à cette déduction ; pour la simple raison qu'elle était vraie. C'était moi qui avait eu cette idée, et je n'en était pas fier, mais à l'époque nous étions prêts à tout pour garder ce secret. Si il y avait une chose que j'avais regretté depuis le début de ces attaques, c'était que personne ne m'ait dit que j'étais fou, ou que nous avions tous eu une hallucination collective… que cette histoire était pure fiction.

« On s'est arrangé pour organiser un faux enterrement dans son village natal. Bizarrement sa mère n'a pas demandé à voir son corps… elle a juste dit qu'elle n'était pas encore prête à porter son deuil, et elle a pleuré. Beaucoup. Après ça, je n'en sais pas plus que vous… »

Elle faisait les comptes dans sa tête et resta de marbre pendant une bonne minute. À la fin, son visage avait beau sembler serein, il n'exprimait pas une once de satisfaction.

«  ”Je vous reverrai de l'autre côté du miroir”… je vois.

−Hein… balbutiai-je. Qui… qui vous a dit cette phrase ? C'est…

−Cette phrase aurait pu s'interpréter comme «on se reverra dans l'autre monde», mais en fait il parlait… de l'autre camp. Il nous a laissé un indice, comme si il jouait avec nous… il n'a pas changé au fond.

−Mais enfin, comment…

−À présent je n'ai plus aucun doute, c'est bien lui. Votre récit m'a été précieux, je dois en informer les Commandants Kalza et Junkoku. Ah, et… »

Alors qu'elle s'apprêtait à prendre brusquement congé, elle s'arrêta et me regarda dans les yeux. Il n'y avait rien de plus stressant que de soutenir un regard aussi perçant, même lorsqu'il laissait transparaître une bienveillance nouvelle… je comprenais à présent pourquoi on disait que les yeux du Commandant Lyendith avaient un pouvoir hypnotique. On ne pouvait pas se détacher de ce regard lorsqu'il vous avait happé… on était véritablement aspiré au cœur de cet iris qui semblait scruter chaque part de votre esprit et en prendre le contrôle… « les yeux les plus beaux et les plus terrifiants au monde »… rien ne pouvait mieux les décrire…

« Ne vous morfondez pas trop, Président Lothan. reprit-elle, me sortant de mon état second. Maintenant que vous n'avez plus ce poids sur la conscience, vous devriez prendre un peu de repos.

−Oui… Vous lisez dans mes pensées, Commandant, ha ha…

−Si peu… »

Elle accompagna sa réponse d'un sourire compatissant avant de disparaître. Je restai debout au milieu de la pièce, sans dire mot, pendant une durée que je ne saurais dire… Je n'avais pas eu souvent l'occasion de discuter avec le Commandant, mais c'était la première fois que je ne ressentais aucune dureté dans sa voix. C'était sans doute une qualité requise pour un chef charismatique : savoir être intransigeant ou aimable selon l'exigence de la situation. Je n'aurais peut-être jamais parlé si facilement en face de quelqu'un d'autre, mais mon soulagement de l'avoir fait était incommensurable.


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4 mai 1789 − Kukai

Kukai… aucune ville ne semblait mieux représenter l'insouciance dans laquelle se complaisait l'humanité. Tout ici était dédié au divertissement et à la détente : pas question de troubler cette oisiveté ambiante par la présence pesante de Chasseurs aux aguets. « Ici, oubliez tout, ne vous souciez de rien », disait le panneau d'accueil à l'entrée de la ville. En la traversant je ne voyais que des casinos, des terrains de sport, des hôtels, des restaurants et des bibliothèques − ces dernières avaient valu à la ville de fréquentes visites de Nezumaru, du temps où il était encore des nôtres… Personne ne faisait attention à moi, je n'avais pas vraiment besoin de me faire discret. Après avoir sillonné la ville je trouvai enfin l'hôtel Theito ; un hôtel relativement sobre et modeste, pas excessivement fréquenté. Au comptoir le réceptionniste, qui feuilletait nonchalamment un registre, porta brusquement son attention sur moi lorsque je franchis l'entrée… un sourire sembla se dessiner au coin de ses lèvres, tandis que j'avançais vers lui un peu stressé… les humains autour vaquaient tranquillement à leurs activité, sans être aucunement dérangé par mon arrivée…

« Que puis-je faire pour vous ? me lança-t-il cordialement.

−Je… je cherche la chambre du dénommé Niravi…

−Niravi, hein ? Voyons, voyons… c'est la chambre 54, au rez-de-chaussée.

−Euh… merci beaucoup…

−Tout le plaisir est pour moi. Au fait, murmura-t-il en se penchant vers moi, la poignée est un peu dure, il faut forcer pour ouvrir. »

Sur ce conseil un peu étrange, je cherchai et trouvai la porte numéro 54… effectivement la poignée résistait beaucoup. Un humain aurait cru la porte fermée à clé, mais elle était bel et bien ouverte. M'assurant que personne ne me voie entrer, je franchis le seuil en refermant derrière moi. La chambre semblait déserte, et une chose remarquable était la totale absence de fenêtres… Je n'étais évidemment pas assez stupide pour crier «Y a quelqu'un ?» mais je ne pouvais contenir un certain agacement à ce que personne ne vienne m'accueillir. C'est en passant devant un placard qu'un grincement m'interpella… curieux, j'eus à peine ouvert le meuble que je fus tiré à l'intérieur, chutant de trois bon mètres et tombant lourdement.

« Dis, Danki, dit une voix moqueuse en Sarunin, il a pas l'air très dégourdi ce nouveau…

−En même temps il était pas censé s'attendre à ça. On peut lui laisser le bénéfice du doute, nan ? »

J'ouvris les yeux pour m'apercevoir que je voyais double. Deux têtes allongées coiffées d'un bandana et arborant une barbichette pointue m'observaient comme une bête de foire. Elles parlèrent à l'unisson :

« Bienvenue à Rivina, le bleu ! »

Des jumeaux… l'accueil était pour le moins brutal, mais j'étais enfin arrivé à destination. Soupirant de soulagement et reprenant mes esprits, je souris pour la première fois depuis trop longtemps.

« Appelez-moi Kyōjō… je suppose que c'est vous deux qui allez me faire visiter les locaux ?

−Mh nan, nous on t'accompagne jusqu'au «hall d'entrée», pour le reste tu verras avec Derisya.

−Deri… sya ?

−Ouaip, Derisya. » répétèrent-ils d'un ton malicieux en se fendant d'un clin d'œil.

Parfum des fleurs… même si elle portait un nom charmant, je ne doutais pas que cette Derisya serait capable de me faire mordre la poussière avant que je ne le sache… me remémorant le regard arrogant de Marina, je m'empressai d'évacuer cette pensée. En parcourant l'interminable couloir escorté des deux jumeaux qui me parlaient sur un ton légèrement taquin de cette Derisya, je préférais me projeter dans un futur que j'espérais proche, imaginant la force et la liberté que j'allais gagner auprès de mes nouveaux compagnons. Nous aboutîmes sur une grande salle circulaire dont les murs étaient parsemés d'une dizaine de portes et au centre de laquelle étaient disposés quelques bancs en pierre. Au milieu de ces bancs, debout se tenait une personne au visage efféminé et au teint mat, les cheveux noués en une longue et fine queue de cheval. Sans une frange lui barrant le front et la queue se balançant au bas de son dos, j'aurais eu la désagréable impression de revoir de la traitresse que j'avais côtoyé une semaine durant… sans lever la tête du bloc-notes qu'elle tenait, elle commença d'une voix tout ce qu'il y avait de plus masculine…

« Voilà donc le nouveau venu… qui s'appelle…? »

N'entendant aucune réponse, il leva la tête en fronçant les sourcils, contemplant mon visage interdit et ceux de mes deux guides que j'entendais pouffer… tout indiquait qu'il n'était pas vraiment surpris du spectacle… c'était donc lui, Derisya ? Une veine visible sur sa tempe, il tendit sans prévenir son bras droit en nous présentant sa paume, d'où sortit un projectile lumineux qui frisa mon oreille gauche et explosa bruyamment sur le mur derrière moi.

« Vous en avez pas marre de faire toujours la même blague vaseuse ?! Abrutis !

−Ça va, calme toi, tu vas tuer quelqu'un ! répliqua l'un des jumeaux en ricanant.

−Si ça peut m'épargner vos gamineries à l'avenir, ça me dérangerait pas !

−C'est ça, on te laisse avec Kyōjō, − c'est son p'tit nom − fais lui visiter notre repaire pendant que tu l'as pas encore démoli. »

Sur ces mots, ils me laissèrent avec l'étrangement nommé Derisya et disparurent dans une des portes bordant la pièce… n'ayant pas tout compris, je restai un petit moment dans les nuages avant qu'un raclement de gorge sonore me rappelle pourquoi j'étais là.

« Ils grandiront jamais ces deux-là… bien, tu t'appelles donc Kyōjō, c'est ça ? Moi c'est Derisya, un membre important de l'organisation si je puis me permettre. Et je suis un homme, articula-t-il, que ce soit bien clair.

−C'est… ce que j'ai cru comprendre… c'est juste qu'ils parlaient de toi comme…

−Je sais, ils font cette blague à tous les nouveaux. Un conseil, insista-t-il en posant l'index sur mon front, évite de trop les fréquenter ! Leur intelligence est inversement proportionnelle à leur talent pour le combat.

−J'y penserai… mais, euh… c'est quoi cette boule de lumière que tu as lancée…? J'ai déjà vu des Chasseurs faire ça, mais…

−Ah… tu parles de ça ? répondit-il en formant une nouvelle sphère lumineuse dans sa paume. C'est quelque chose qu'il faudra que tu apprennes à faire assez vite, ça fait partie du contrôle de ton énergie. Tu verras, c'est pas si compliqué une fois qu'on a attrapé le truc. Mais pour le moment, je vais te faire visiter les lieux et te présenter quelque uns de tes camarades, si tu veux bien. »

Je commençai à suivre Derisya dans sa visite guidée avec un sentiment d'appréhension mêlé d'excitation. Le même sentiment qui avait saisi l'enfant que j'étais la première fois que j'avais découvert le monde extérieur. La première porte à gauche s'ouvrit sur une pièce relativement étroite, et une dizaine de Sarunin qui semblaient en train de méditer, certains assis en tailleur, d'autres couchés. Les murs étaient recouverts de sortes de coussins, et un silence à la fois apaisant et perturbant y régnait…

« La salle de méditation. me chuchota Derisya. Ses murs sont insonorisés spécialement. Tu vas y passer beaucoup de temps au début de ton entraînement. Avant de pouvoir percevoir les énergies alentours, il faut parvenir à ressentir la sienne propre. Passé ce cap on progresse beaucoup plus vite… »

Sans dire mot, j'acquiesçai tandis qu'il refermait la porte. À l'autre bout de la salle d'accueil, la porte suivante semblait beaucoup plus massive et résistante… à son ouverture, ce fus non pas un silence de plomb mais un fracas assourdissant qui se manifesta. La pièce, qui s'étendait sous nos pieds au bout d'une corniche − mais nul escalier ne permettait de descendre − était cette fois immense, et plusieurs Sarunin se battaient en volant, par groupes de deux, en riant et en se chambrant, cassant quelques rochers ou s'encastrant dans les parois de temps en temps, quand ils ne se visaient pas à coup de boules de feu. Je n'étais sûrement pas capable d'encaisser un seul des coups qu'ils s'échangeaient sans mordre la poussière. Et ils riaient…

« La salle de duel ! me cria Derisya. Comme tu peux le voir il y a tout l'espace qu'il faut pour se battre sans retenue, au sol ou en l'air ! Tu auras le droit de descendre quand tu sauras voler ! Mais avant… »

Après que nous sortîmes, il referma la lourde porte, mettant fin au vacarme, puis soupira un bon coup. Nous retournâmes à l'opposé, à quelques mètres de la première porte.

« … Il te faudra passer par ici. »

La pièce était tout aussi vaste, mais nul duel acharné cette fois. Des escaliers de part et d'autre de l'entrée permettaient également d'accéder en bas, disons, en douceur. Quelques congénères volaient à des vitesses diverses dans des anneaux ou entre des obstacles, ou bien se concentraient pour se maintenir péniblement en l'air, certains sous les yeux de ce qui devait être des maîtres… au moins me sentais-je un peu moins ridicule. Pour tout dire, je n'étais pas encore habitué à voir des Sarunin volants, et avais encore plus de mal à m'imaginer en train de flotter dans le vide…

« À côté de la salle de duel, c'est la salle de réunion, mais les nouveaux ne participent pas aux opérations, sauf les suicidaires peut-être. En tout cas j'imagine que t'as fait un long voyage, on va faire un tour par la salle de détente. Ça tombe bien j'ai un p'tit creux. »

En effet… ma curiosité et mon excitation m'avaient presque fait oublier la faim qui me tenaillait depuis quelques temps. Ladite salle de détente aurait pu être un établissement de Kukai parmi tant d'autres ; et c'était curieusement la plus peuplée. Des rires retentissaient, entre les Sarunin qui jouaient aux dés, ceux qui mangeaient, ceux qui se goinfraient ou ceux qui faisaient la sieste. Mon entrée ne passa toutefois pas inaperçu et quelques regards se braquèrent sur moi tandis que je m'avançais prudemment vers le milieu de la pièce.

« Tiens, encore un nouveau ? Y en a de plus en plus… »

Une voix féminine retentit derrière moi. La jeune femme était un peu plus grande que Derisya et assez musclée, des cheveux châtains mi-longs et un regard d'ébène plein de malice… des graines étaient visibles à la commissure de ses lèvres, et elle tenait une tomate entamée dans sa main gauche, en enlaçant Derisya de son bras droit…

« Oh, Sev, tu tombes bien… j'te présente Kyôjô, notre dernière recrue. Kyôjô, voici Sevani, ma « tendre moitié » dit-il avec un sourire idiot.

−Ta… quoi…?

−C'est assez clair, non ? poursuivit-elle en se serrant plus fort contre Derisya. On est ensemble quoi. Alors c'est pas la peine d'avoir des vues sur moi, compris ? »

J'y ferais attention, dans ce cas…

« Ah, au fait, Deri, si tu cherches…

−GYAAAAAH !!! »

Mon guide hurla de douleur et un grognement se fit entendre. Un molosse blanc aux airs de peluche remuait joyeusement la queue en mordant celle du pauvre Sarunin…

« … si tu cherches Koka, il s'était faufilé ici quand tu regardais pas. Bah, c'est lui qui t'a retrouvé au final. Tu fais peut-être un bon maître pour les nouveaux, mais pour les chiens t'es pas doué mon pauvre… »

Sevani ouvrit la gueule de… Koka…? et Derisya se releva en toussotant, tentant tant bien que mal de garder la face.

« Bienvenue à Rivina, gamin ! cria une voix rauque de la table la plus proche. Comme tu peux le voir, y a pas mal d'abrutis ici, mais tu t'habitueras.

−Je t'ai rien demandé, le vieux… grommela Derisya. Kyôjô, le type que tu vois là c'est Endoga, le doyen de l'organisation, enfin dans cette branche tout du moins. Le genre vétéran quoi. Une de ses deux filles a été tuée par les humains…

−Mes filles sont mortes toutes les deux ! s'énerva le Sarunin qui semblait effectivement d'un âge avancé.

−… si tu le dis. murmura Derisya dans le vide. Bon, et si nous mangions ? Après ça j'irai te présenter à Koyan.

−Fais pas attention… me murmura Sevani, voyant mon air déconcerté. Il voulait que sa fille cadette venge son aînée, mais il a découvert qu'elle s'était accouplée avec un humain ! T'imagines le choc… après ça il l'a reniée, et elle a eu de la chance de rester en vie…

−C'est… vraiment possible une chose pareille ?!

−Chut, moins fort ! C'est un sujet tabou, même chez les humains… c'est arrivé que dans quelques communautés, la plupart des Sarunin ne l'imaginent même pas ; encore moins que des enfants puissent naître de telles unions. Et j'avoue que ça me donne la gerbe rien que d'y penser… que mon Deri me quitte pour une… une… »

Elle ne poussa pas la conversation plus loin, de peur d'adopter un registre de langue moins élégant. Des enfants métisses humain-Sarunin… c'était en effet inconcevable. Il était déjà suffisamment difficile d'imaginer que des Sarunin trahissent ainsi leur peuple. Mais cela, j'en avais été témoin encore trop récemment… évacuant l'image de Nezumaru de mon esprit, je m'attelai à remplir mon estomac de mets étonnamment raffinés. Le fait qu'une ville humaine dédiée aux plaisirs serve de quartier général à l'organisation n'était peut-être pas étranger au confort relatif des lieux. La bonne cuisine n'était sans doute pas ce qui manquait par ici. Mais selon Vaki il y avait plusieurs bases de ce type un peu partout dans le monde, elles n'étaient peut-être pas toutes aussi bien équipées…

« Dis, Derisya…

−Un 'ro'lème, Myô'ô ?

−Il me faudra combien de temps pour avoir un niveau suffisant… enfin… pour participer à des missions…

−Mh… fit-il en avalant sa bouchée. Ça dépend de ton potentiel et de ta volonté. Le contrôle de l'énergie s'acquiert en un petit mois grand maximum, après il faut en moyenne six bons mois d'entraînement intensif pour progresser significativement. Moi-même qui fus un des premiers membres, j'ai eu un peu de mal au début et j'ai encore une grosse marge de progression. Mais tu sais, l'organisation a à peine plus d'un an, on a pas encore tellement de recul pour juger précisément… cela dit…

−… cela dit ?

−Il y a toujours ce qu'on appelle des génies. L'un des membres que j'ai eu sous ma tutelle a assimilé le programme d'entraînement à une vitesse incroyable. En un mois il m'avait dépassé, et il a vite été affecté à la région de Dumia. Dommage qu'il ait quitté l'organisation subitement deux mois après…

−Que s'est-il passé ? demandai-je, de plus en plus curieux.

−Alors que son équipe devait attaquer une ville, sur le chemin il a abattu un de ses coéquipiers de sang froid. Sans raison apparente. La seule chose qu'il a dit après ça, ça a été une phrase aux autres membres. « Ceux qui ont des états d'âme, restez chez vous. » On l'a plus jamais revu depuis.

−C'était… un traître ? Ou un espion ?

−Je ne pense pas. Il haïssait les humains plus que n'importe qui ici, son obsession à vouloir les tuer un par un était presque malsaine… enfin, je m'en réjouis pas mais, il avait beau être puissant j'avais personnellement peur qu'il devienne incontrôlable. C'était le genre asocial. Même si son passage a marqué les esprits on ne peut pas vraiment dire qu'il manque à beaucoup de monde. Il faut dire qu'il était un peu… spécial.

−C'est-à-dire…?

−Si je te le disais tu me croirais pas. ricana-t-il.

−Il y a tant de choses que j'ai du mal à croire ces derniers temps…

−Si tu le dis… il avait la manie de couper sans cesse la parole aux gens. C'est parce qu'en réalité, il n'avait pas besoin d'entendre les réponses de leur bouche… dit-il avant de placer un doigt sur sa tempe. Il les prenait directement à la source.

−Il… lisait les pensées ? m'interloquai-je. C'est…

−Impossible, pas vrai ? En effet, c'était un don incroyable qu'il avait, mais ça faisait peur à tout le monde, du moins ceux qui étaient au courant. Il est probable que ce qui l'a poussé à tuer froidement son coéquipier était quelque chose que lui seul pouvait savoir… Enfin, plus important, il est temps que tu rencontres Koyan. »

S'essuyant la bouche et se levant de sa place, Derisya me fit signe de le suivre. Digérant cette histoire invraisemblable en même temps que mon repas, je l'imitai tranquillement. Koyan… c'était apparemment le nom du fondateur de Rivina, et son membre le plus puissant − et de loin − selon mon guide. Il était semblait-il tellement doué qu'il avait réussi à espionner les Écoles de Chasseurs et à s'approprier leurs techniques… dans la pièce centrale, la porte du milieu se trouvait au bout d'un court couloir. Avant de l'ouvrir, Derisya s'arrêta un instant et se retourna vers moi…

« Je te préviens, tu risques d'être un peu surpris en le voyant. »

La porte s'ouvrant et en entrant, le dos de Derisya me cacha la vue dans un premier temps, avant qu'il ne s'écarte pour me laisser voir le fameux meneur, assis sur un fauteuil au fond de la pièce. Je compris vite ce que Derisya avait voulu dire… le torse noir de Koyan était parsemé de cicatrices blanches qui semblaient être les séquelles d'horribles brûlures, la plus large, en forme d'étoile, se situant au niveau du plexus… j'ignorais quelles tortures il avait subies mais une chose était sûre : le charisme que dégageait un Sarunin ayant subi ce genre d'épreuves était à la mesure du dégoût qu'une telle vision provoquait. Son visage dur semblait également marqué par les batailles, mais son regard était masqué par une paire de lunettes de soleil. Un rien stressé et me sentant ridicule face à un vétéran comme lui, je déglutis avant de me lancer hasardeusement, tandis qu'il me scrutait silencieusement.

« Je… je m'appelle Kyôjô… je… euh…

−Hun hun… un peu tendu à ce que je vois… bah, je peux pas t'en vouloir, c'est souvent le cas avec les nouveaux. »

Le ton était plus amical que je ne l'eusse pensé… et je reconnus la voix qui m'avait indiqué où aller aux abords de la ville. Comment avait-il pu se retrouver là sans que je ne le voie ? Sa vitesse devait être terrifiante… il se leva nonchalamment, enlevant ses lunettes et descendant les quelques marches devant son «trône», pour s'arrêter à quelques mètres de moi. Un détail me troubla alors… l'impression qu'il manquait quelque chose…

« Ah oui… dit sans prévenir Derisya. Quand je disais que tu risquais d'être surpris, je ne parlais pas des brûlures. »

Sa queue… n'était nulle-part. Il devait se l'être coupée par précaution, comme il me l'avait conseillé lui-même. Mais la phrase de Derisya laissait penser que c'était plus compliqué que ça…

« Derisya, évidemment tu ne lui a rien dit… comme d'habitude.

−Je me dit que c'est toujours intéressant de voir leur réaction, c'est tout.

−At… attendez ! Criai-je en reculant d'un pas. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris… tu… tu es… un humain ?!

−Je suis comme toi, et comme tous les Sarunin ici. répliqua-t-il sans s'énerver, apparemment habitué à cette question. Je porte une rancune éternelle envers l'Union. »

Cela ne répondait pas à ma question…

« Koyan est un cas exceptionnel. poursuivit Derisya. Il a toutes les forces des Sarunin mais pas leur principal point faible. C'est un Sarunin sans queue. Tu crois vraiment qu'un vulgaire humain aurait pu nous rassembler, et parler notre langue ? »

Effectivement… même si son accent était peu commun, il parlait Sarunin, une langue qui n'était transmise qu'au sein d'Arata… se pouvait-il que…

« Bien, tu as l'air de t'être un peu calmé… dis-moi plutôt, dit-il en sortant ce qui ressemblait à un bloc-notes et un crayon. Comment s'appelait ton informateur ? Celui qui t'a appris l'existence de Rivina ?

−Eh bien… je n'ai pas parlé avec lui très longtemps… il s'appelait… Vaki. »

Les yeux de mes deux interlocuteurs s'écarquillèrent, et le temps sembla se figer un instant… tous deux me regardèrent incrédules… ce n'était apparemment pas une réponse à laquelle ils s'attendaient.

« Tu as bien dit «Vaki» ? s'estomaca Koyan. Tu veux dire qu'il est toujours vivant ?

−Euh… non, répondis-je en baissant la tête, je crois qu'il a été tué quelques jours après… par une dénommée Lyen… quelque cho… »

Je me rappelai soudainement celui qui m'avait donné cette information… devais-je leur dire ? Non, j'aurais tout le temps pour ça… ça n'était pas le plus important pour l'heure…

« … C'était donc bien lui… murmura-t-il.

−Je ne comprends pas… il y a un problème avec lui ?

−Kyôjô. dit calmement Derisya. Tu te souviens du Sarunin «un peu spécial» dont je t'ai parlé tout à l'heure ? »

Je ne répondis rien… et je fis soudainement le lien. Cela paraissait évident à présent… Koyan resta de marbre un moment. Avant de se mettre à ricaner, puis à rire aux éclats, en retournant s'assoir.

« Le seul membre déserteur de Rivina tué par cette chère Lyendith… sembla-t-il se dire à lui-même. Quelle douce ironie… hé hé hé… »

J'avais du mal à saisir ce qu'il pouvait y avoir de drôle dans cette situation… et pourquoi parlait-il de cette femme comme s'il la connaissait ? Derisya lui-même en entendant cette phrase lui lança un regard perplexe… ou plutôt, agacé…

« Bon… soupira-t-il pour changer de sujet. Maintenant qu'on s'est raconté nos petites anecdotes, il est temps de t'expliquer la suite plus en détails, Kyôjô. Au début de ton entraînement, tu vas rester ici, puis quand tu auras atteint une maîtrise suffisante pour ne pas être repéré par les Chasseurs, on décidera de la branche où tu seras envoyé. Normalement ce sera la région que tu connais le mi… »

Son regard se tourna brusquement vers la porte, puis vers le chef…

« Koyan, c'est une connaissance à toi ?

−Non… je connais pas cette aura…

−C'est quand même pas un Chasseur ?

−Non plus, ils se déplacent jamais seuls… et c'est pas une aura humaine.

−Si c'était un Sarunin on l'aurait senti approcher bien avant ! À moins qu'il sache déjà cacher sa présence ?

−Si c'est le cas, c'est un élément sacrément prometteur… »

La porte s'ouvrit brutalement, laissant apparaître un jeune garçon aux cheveux noirs et hirsutes, le regard indifférent… un visage qu'il me semblait avoir déjà rencontré, sans pouvoir me rappeler où…

« C'est donc ça, «Rivina» ? On m'a pas menti, donc… »

Son regard se posa sur moi… il ouvrit grand les yeux… et je me souvins à mon tour… le cri qui suivit se fit à l'unisson.

« TOI ?! »

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Itachi-san
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mar 27 Avr 2010, 23:44

4 mai 1789 − Quartier général de l'École Son Gokū, Gokumu


Tout s'était bien passé finalement… mais elle me faisait la tête depuis son retour ; qui il fallait le dire n'avait pas vraiment été triomphal. Personne ne semblait comprendre pourquoi je lui avais donné une seconde chance ; en fait, peu comprenaient pourquoi je lui en avais donné une première pour commencer. Certains s'imaginaient que parce qu'elle n'avait que 19 ans elle n'était pas encore assez forte, ou supportaient juste mal qu'une gamine qui avait la moitié de leur âge leur donne des ordres. Mais l'incident de la prison souterraine n'avait rien arrangé. Il était d'ailleurs peu probable que ses subordonnés se bousculent pour l'accompagner en mission ensuite… pour être honnête, moi-même j'avais du mal à comprendre ce qu'il lui avait pris, elle qui n'était pas du genre à être guidée par ses émotions… Depuis que je l'avais initiée à la chasse aux Sarunin elle n'avait jamais manifesté un enthousiasme débordant malgré son talent évident pour ça et le combat. Mais de là à risquer son poste, et surtout sa vie pour sauver une Sarunin… lorsqu'on nous avait signalé des cibles correspondant à la description de Kalza le plan était pourtant simple : faire en sorte de les attirer le plus près possible du QG, puis les capturer. Marina aurait très bien pu s'en charger seule si elle n'était pas tombée sur… elle… j'avais presque été choqué d'entendre autant de tendresse dans sa voix d'ordinaire si dure quand elle me parla de cette «Kina»… il fallait croire que Marina se plaisait à être au-dessus des tabous, et celui-là, l'un des plus grands de notre société, n'avait malheureusement pas fait exception. Les scientifiques pouvaient bien sortir toutes les théories fumeuses qu'ils voulaient pour ignorer le problème, j'avais vécu suffisamment longtemps pour reconnaître de l'amour quand j'en voyais ; et je n'étais pas dupe de la vraie nature de ces gosses à queue qu'on abattait comme des chiens. Au final, ce Kyôjô avait été seul quand elle l'avait rattrapé mais qui sait ce qu'elle aurait choisi, si elle l'avait rencontrée à nouveau… sa famille, ou ses ennemis ?

En attendant, des problèmes plus pressants devaient être traités. D'après Marina justement, Kyôjô avait l'intention de se rendre à Kukai, une ville a priori sans grand intérêt pour un Sarunin. Lyendith elle, était apparemment certaine d'avoir découvert le chef des terroristes, et quel chef… j'aurais franchement du mal à y croire tant que je ne l'aurais pas vu de mes yeux. Mais d'un autre côté j'avais toujours trouvé qu'il y avait eu anguille sous roche avec l'exécution de Jinei : personne n'avait jamais vu son cadavre, et son changement de personnalité avait été pour le moins radical. Avant son pétage de plomb, ça faisait déjà plusieurs mois qu'il sortait des phrases ambigües sur lui et les Sarunin. Mon prédécesseur Kain avait été dégoûté de la Chasse, mais pour Jinei, c'était quelque chose de plus profond encore… quand à Lyendith, elle s'était elle aussi comportée bizarrement lors de sa visite ici, me coupant souvent la parole et me lançant parfois des regards peu sympathiques. Certes, elle avait quelque peu allégé son uniforme vu la chaleur par ici, et comme il était incroyablement difficile de la regarder dans les yeux − même pour moi, à ma surprise − un malentendu était vite arrivé. Mais par moment elle avait eu comme des absences. Même Kalza avait eu l'air perturbé en me contactant pour me remercier et me dire qu'il avait disposé (sans plus de détails) de sa proie.

Faisant tourner sur la table du bureau ma tasse vide depuis longtemps, j'essayais de mettre un peu d'ordre dans ce capharnaüm qu'était la situation actuelle, espérant que la caféine atténuerait un peu la migraine… une organisation terroriste Sarunin semait la pagaille depuis quelques semaines, un type qui y était lié avait massacré une bonne centaine de Chasseurs de Son Gohan, un autre avait fait une déclaration de guerre en pleine fête de l'Union, et leur chef était probablement l'ex-Commandant Jinei, ce qui faisait remonter la création de ce groupe à un peu plus d'un an maximum… Quant à ce Kyôjô, il avait prévu de se diriger vers une ville de plaisirs dans laquelle un Sarunin n'avait rien à faire ; et donc les Chasseurs non plus. Si des Sarunin s'y cachaient vraiment, restait à savoir comment ils passaient inaperçus, mais avec Jinei comme meneur il n'aurait pas été étonnant qu'ils eussent vite appris à dissimuler leur présence et à se fondre dans la masse. Les expériences avaient montré que ces saletés n'avaient pas seulement une force démentielle de naissance, elles pouvaient aussi apprendre des techniques à une vitesse effrayante. Comme si ils étaient naturellement faits pour le combat… ça n'était pas pour rien si les secrets des techniques de l'armée étaient gardés au sein des Écoles, on ne pouvait pas laisser les singes mettre la main dessus. Mais là un ex-Commandant leur enseignait ces secrets. Autant dire que plus le temps passait plus ils seraient dangereux : il n'était donc pas question de rester assis à attendre la prochaine attaque. Kukai était la première piste, mais nul doute qu'ils avaient d'autres bases, Dieu seul savait combien… d'après Lyendith la surveillance autour de Satan était bien trop étroite pour que des Sarunin puissent s'y cacher et y agir librement, surtout depuis l'incident Cue-Limyos… mais si ils pouvaient dissimuler leur aura il y avait plus d'un endroit isolé où ils pourraient s'installer. Des déserts, des forêts, des temples abandonnés… ou même des « villages renégats »… non, même en supposant qu'il y en eût encore, les habitants de ces villages n'apporteraient tout de même pas leur soutien à une chose aussi horrible…

« Commandant ? m'interrompit une voix par l'interphone. Ulsam, chef de la division 7.

−Entre…

−Pardonnez-moi de vous déranger… comme vous le pensiez, les satellites détectent une activité énergétique assez forte, dans une zone très restreinte à proximité de Kukai…

−On est sûr qu'elles ne provient pas de Chasseurs ?

−Et bien… deux Chasseurs de Vegeta y sont en permission actuellement mais le signal ne semble pas provenir d'eux…

−Tss, et ils sont trop occupés à se soûler pour s'en rendre compte je suppose… dis-je en me pinçant l'arrête du nez. Bien, la division 7 va inspecter la ville avec la division 1.

−Ah… fit-il le regard débordant de motivation. Vous voulez dire avec Marina…

−Avec le Lieutenant Marina, oui. Cela te pose-t-il problème ?

−Euh… absolument pas, Commandant ! rectifia-t-il les talons claquant. Seulement…

−Seulement quoi ?

−Eh bien… le problème, c'est la localisation du signal… bien qu'à proximité de Kukai, il se situe de l'autre côté de la frontière… dans le territoire de Sino. »

L'ordure… c'était aussi pour ça qu'il avait choisi cette ville ? Ça nous compliquait la tâche : intervenir là-bas créerait un incident diplomatique à coup sûr, et c'était bien la dernière chose dont on avait besoin. Il n'y avait qu'une personne dans l'Union habilitée à traiter avec les dirigeants des pays indépendants.

« Le Roi doit justement être à Sino pour des négociations en ce moment. Je dois le contacter. »


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17 avril 1789 − Quartier général de l'École Vegeta, région de Nidaku


Voilà déjà deux jours que la protégée de Junkoku avait commencé sa « mission » pour retrouver Kyôjô… je ne pouvais m'empêcher de trouver ce test cruel pour une jeune fille, mais en même temps peu de Commandants auraient été indulgents au point de passer l'éponge sur un tel crime. Kina accompagnait-elle encore Kyôjô ? Je n'en avais aucune idée, mais je frémissais d'impatience à l'idée de revoir enfin mon ami. Cela était probablement une question de semaines. Mon enthousiasme ne manquait pas de laisser perplexe mes subordonnés, dont j'avais déjà du mal à gagner la confiance. À commencer par mon propre Lieutenant, Telim, bien plus âgée que moi mais que j'avais choisie en raison de son goût pour la diplomatie. Participer au meurtre de mes semblables était déjà suffisamment difficile à supporter pour moi, alors au moins essayais-je de profiter de ma position pour en atténuer la violence… j'avais concentré autant que possible les effectifs dans des régions que je savais peu fréquentées par les Sarunin, et l'« efficacité » de mon École avait baissé depuis mon arrivée, au point que certains me remettaient déjà en cause… Kyôjô n'aimerait sûrement pas ça, mais je ferais de mon mieux pour le convaincre de me rejoindre. Quand je deviendrais Roi, il serait facile de changer les lois sur les Sarunin, mais pour les mentalités cela prendrait bien plus de temps. Il faudrait alors quelqu'un pour poursuivre dans cette voie… parfois je me disais que ce plan était absurde, mais j'avais tellement réfléchi, tellement observé pendant des années, et je n'en voyais pas vraiment d'autre. Je préférais ne pas penser à ce qui arriverais si la vérité à mon sujet était découverte. On pouvait dire que j'étais désespéré d'une certaine façon…

Enfin, si mon enthousiasme était mal perçu, c'était aussi en raison d'une situation pour le moins imprévue… mais était-elle imprévisible ? Devant tant de persécutions, il était peu surprenant que des groupes rebelles apparaissent. Pour avoir vécu vingt années au milieu de ce ressentiment, j'étais bien placé pour le savoir. Néanmoins la puissance de ce nouveau groupe était inquiétante, et celui qui les dirigeait avait de fortes chances d'être lié à l'armée de l'Union : bien qu'ayant tenté un nombre incalculable de fois d'observer les entraînements militaires, je n'avais pu apprendre en détail leurs techniques de combat qu'une fois intégré dans l'École. Mes tentatives d'espionnage tournaient toujours court, et sans me vanter il y avait sûrement très peu de Sarunin plus forts que moi, même à l'époque. Et encore moins assez fous pour faire ce que j'avais fait. Le Commandant Lyendith avait justement prévu de me rendre visite à Nidaku ce jour-ci pour en discuter autour d'un café. Lyendith… si le monde extérieur recélait mille merveilles, sa beauté n'en était pas la moindre. Ses yeux argentés pouvaient subjuguer n'importe qui, et j'en avais été victime dès notre première rencontre. Une arme redoutable, vraiment… on disait que peu de gens pouvaient soutenir son regard et que cela l'irritait profondément ; il fallait donc que je fasse cet effort pour ne pas m'attirer ses foudres. Par chance, j'avais la sympathie de Junkoku, et bien sûr de mon ancien Commandant, devenu Roi. Si je voulais atteindre le sommet, il me fallait tisser de bonnes relations avec les élites de l'Union. Et qui savait… non, j'évacuai vite cette idée. Il valait mieux ne pas prendre de risques inutiles. De simples relations amicales étaient préférables. Oui, c'était préférable…





« … voilà ce qui me conduit à penser que Jinei est derrière tout ça. COMMANDANT KALZA !

−Ah ! Excuse-moi, j'avais la tête ailleurs… »

Je n'eus jamais pensé qu'il fût si difficile de la regarder dans les yeux sans s'y perdre… j'avais tout de même réussi à suivre une partie de ses explications ! Mais son accent oriental était craquant…

« Bien… soupira-t-elle. Je suppose que vous n'avez rien écouté.

−Euh… si, tu parlais du Commandant Jinei… je ne connaissais pas bien les détails de cette histoire… j'ai effectivement pensé que leur chef devait être un ex-militaire mais de là à imaginer quelqu'un censé être mort…

−Il me semblait vous avoir dit de me pas me tutoyer. dit-elle d'un ton irrité. Franchement, vous ne m'avez pas l'air de prendre ça très au sérieux. La situation est grave. »

Il n'y avait semblait-il pas que mon tutoiement qui l'agaçait. Elle me toisait du regard sans méchanceté mais avec insistance. C'était insoutenable. Je déglutis un grand coup…

« Que… quelque chose ne va pas…? »

Aucune réaction… je finis par détourner les yeux et elle les siens.

« Rien… je n'arrives pas à savoir ce tu as dans la tête.

−Tu… vous… ne me faites pas confiance…?

−Ce n'est pas ça. Quelle que soit la situation, tu n'as jamais l'air préoccupé… ça m'énerve, mais en même temps ça me fascine.

−Ah… ah bon… c'est… c'est intéressant… »

Comment ça… je la fascinais ? Enfin, pas moi, mon impassibilité… mais pourquoi me tutoyait-elle tout à coup ?

« Hem… bien, nous parlions de Jinei, donc. repris-je pour revenir à une conversation moins perturbante. Avez-vous une idée d'où il peut se cacher, si il est vraiment leur chef ? »

Elle reposa son regard sur moi, toujours en semblant sonder mon esprit… je m'imaginais rouge comme une tomate à ce moment, c'était terriblement embarrassant…

« J'en ai déjà discuté avec le Roi, nous nous accordons à penser qu'ils se cachent soit dans un endroit dépourvu de Chasseurs, soit à l'extérieur de l'Union. Mais cela, c'est une évidence, n'est-ce pas ?

−Euh… oui… ça nous laisse pas mal de choix…

−Ça n'est pas un jeu, Kalza. »

Le ton se faisait de plus en plus familier…

« … bon… fis-je en me levant de mon canapé, à la surprise de mon interlocutrice. Le mieux est peut-être de continuer à récolter des informations chacun de notre côté. Nous avons déjà bien progressé grâce à… vous…

−Si tu le dis… »

En se levant, elle trébucha sur la table basse, maladresse étonnante de sa part. Je la rattrapai même en sachant qu'elle n'allait pas tomber… j'avais lu ce genre de scène dans un roman à l'eau de rose que j'avais volé dans une bibliothèque il y avait longtemps. C'était un peu ridicule comme situation. Elle resta sans réaction pendant quelques instant, avant de se mettre à pouffer et à me repousser lentement mais avec force.

« À quoi tu joues au juste ? sourit-elle. Les gamins comme toi ne m'intéressent pas, autant te prévenir tout de suite.

−Je croyais que vous ne saviez pas ce que j'avais dans la tête ? »

Elle ricana une nouvelle fois en s'éloignant, avant de se retourner, en reprenant un ton plus sérieux…

« Au fait, de quelle région viens-tu, déjà ?

−Moi ? fis-je, un peu surpris de cette question soudaine. Je suis né dans un tout petit village, à l'est du continent… ma langue maternelle a d'ailleurs quasiment disparu aujourd'hui… »

Je ressortais cette histoire à tous ceux qui questionnaient mes origines… il valait mieux feindre de venir d'un trou perdu à la population non recensée pour avoir une marge de manœuvre. Et puis cette histoire n'était pas totalement fausse en un sens… avec une moue dubitative mais sans insister plus, Lyendith se dirigea vers la sortie, enfilant son manteau avec l'élégance qui la caractérisait…

« À plus tard ! Et bonne chance de ton côté… »

Elle m'adressa un dernier salut de la main. Sans me reprocher de la tutoyer, pour une fois. Sarunin ou humaines, les femmes étaient décidément des êtres imprévisibles…



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28 Septembre 1789 – Dorowen

« Hevi ? Que veux-tu savoir sur lui ?

−Son passé… sa naissance, ses parents, ses sentiments… tout ce que je sais c'est que ses parents ont été assassinés et qu'on n'a jamais retrouvé les coupables… il ne parle jamais de lui et j'ai toujours eu peur de lui demander mais…

−Tu cherches aussi à en savoir plus sur toi-même, n'est-ce pas ? »


Je ne le niai pas… à Dorowen je n'avais jamais été vraiment rejetée, et je ne m'étais pas vraiment interrogée sur mes origines. Mais après avoir rencontré Vaki… et elle… j'éprouvais de plus en plus un besoin de savoir. De comprendre. La haine entre humains et Sarunin était-elle une fatalité ? Comment y remédier ? Portais-je vraiment autant d'espoir que le pensait Vaki en me protégeant ? Kain avait veillé sur Hevi depuis son enfance, il avait un temps connu ses parents… et lui-même avait du sang de Sarunin sur les mains. C'était sans doute pour cela que même en ne le chassant plus il se refusait à les aider. Il ne s'en sentait pas digne. Mais sans poser plus de questions il avait accepté de me raconter ce qu'il savait sur cet enfant dont on lui avait confié la garde.

Il n'était pas d'amour plus improbable que celui des parents de Hevi. Son père faisait partie d'un groupe clandestin qui se donnait le nom de Purificateurs. Ces fanatiques traquaient et tuaient les Sarunin aux quatre coins du monde, selon des rituels macabres et usant de méthodes bien plus violentes et cruelles que celles de l'armée. Ils ne se contentaient pas de massacrer les Sarunin qu'ils trouvaient mais aussi tous ceux qui à leurs yeux manifestaient trop de compassion à leur égard, allant jusqu'à forcer des gens à les aider en menaçant leurs proches, voire à harceler et pousser au suicide ceux qui les dérangeaient trop… même l'armée avait essayé plusieurs fois de démanteler cette organisation qui s'apparentait à une secte mais elle finissait toujours par réapparaître. Un groupe pouvait traquer sa proie pendant des jours, parfois des semaines avant de la piéger, lui faisant bien sentir qu'elle était suivie, l'isolant, la mettant en position de stress, puis profitant de sa faiblesse causée par la fatigue et la faim pour sceller son sort. Un jour, cette traque dura trop longtemps, et un grand malheur frappa le père de Hevi : il se prit d'affection pour sa proie. Le moment venu, ce n'est pas elle qu'il tua mais ses camarades… il fit croire à ses supérieurs que le Sarunin était plus fort que prévu, qu'ils s'étaient fait massacrer, et qu'il ne commettrait plus d'erreur. Mais il la commit. Une erreur impardonnable. Lui et elle se revirent. Et ils s'aimèrent. Il quitta l'organisation, se condamnant à vivre dans le secret et signant, il le savait, son arrêt de mort. Neuf mois plus tard, Hevi naquit dans un des refuges secrets des Sarunin… un Sarunin sans queue, ses congénères savaient ce que cela signifiait… la mère de Hevi et son enfant furent reniés et elle dût quitter les siens elle aussi. Alors d'un commun accord, et sans vraiment savoir ce qu'il adviendrait, ils se réfugièrent en dehors de l'Union et dans la ville de Doun' Kaos trouvèrent, à défaut de regards amicaux, au moins un peu de sérénité… sachant que la paix serait de courte durée, ils léguèrent tout ce qu'il purent à leur enfant, à travers des enregistrements en Qakhlen et en Sarunin… une année s'écoula ainsi, puis un soir ils confièrent Hevi à une personne qui saurait le protéger, prétextant qu'ils s'absentaient simplement pendant un moment. Kain comprit trop tard ce que cela signifiait. Les parents de Hevi moururent en ayant enfin trouvé le bonheur, en étant enfin acceptés dans une communauté, et en ayant légué leurs espoirs à leur fils…

Je comprenais à présent mieux les dernières paroles de Vaki, et pourquoi il avait, après avoir tant haï les humains, décidé de me protéger au péril de sa vie. Que ce fût chez les humains ou les Sarunin, notre naissance était une transgression. Comme si nos parents avaient franchi une barrière, si opaque que la plupart pensaient ne rien trouver d'autre que le malheur au delà… mais ils y avaient au contraire trouvé le bonheur. Et une issue alternative au conflit qui déchirait leurs deux espèces depuis cinq siècles. Pourtant, en me remémorant les visages radieux des parents de Hevi sur les vidéos qu'ils avaient laissées, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il ne s'agissait là que d'exceptions confirmant la règle, que lui et moi avions simplement eu de la chance − si on pouvait appeler ça de la chance… mais je voulais être certaine. Cela faisait maintenant près de six mois que j'attendais chaque soir, assise sur le sol rocailleux, près du rocher derrière lequel avait disparu la Sarunin de la dernière fois. Personne n'en était sorti depuis, au point que je me demandais si je n'avais pas rêvé… mais Kain aussi l'avait vu, ils avaient sans doute simplement décidé de ne plus se risquer à utiliser cette sortie. Puis, alors que je m'apprêtais à rentrer, je sentis faiblement une aura inconnue approcher lentement… me cachant hâtivement, j'observai la masse rocheuse qui commençait à bouger… de sous cette masse sortit une tête mal coiffée, scrutant longuement les environs… le Sarunin s'aventura prudemment hors de l'ouverture puis referma la «porte» en prenant soin de faire le moins de bruit possible. Contrairement à la précédente, il semblait jeune, à peu près l'âge de Hevi. En lévitant légèrement, je m'approchai lentement…

« M… Ma… Masoran… »

Si j'avais bien compris, c'était ainsi qu'un Sarunin signalait sa présence à ses congénères…

« Sh… Shôsa…? »

L'intéressé se retourna en entendant mon salut timide, un rien paniqué mais apparemment rassuré en voyant ma queue − qui avait repoussé depuis le temps…

« Ha… kuverin yo. Shôsa den… Mosei kêrato ? »

«Une sœur ? Je te renvoie le bonjour… où te cachais-tu ?»… C'était ce que ça voulait dire… à peu de choses près… sans doute…

« Kôda… omon shukê sa. » me dit-il en enroulant sa queue autour de sa taille.

Il venait de parler de ma queue j'imaginais, mais… comme j'aurais dû m'en douter mes maigres notions de Sarunin n'allaient pas me mener bien loin…

« Ahaha… désolée, je ne parle pas bien votre langue en fait… est-ce que… vous comprenez le Qakhlen ? »

Ses sourcils se froncèrent brusquement et son aura se fit moins amicale… une Sarunin − supposée − qui lui parlait dans une langue humaine, je ne pouvais pas lui en vouloir de trouver ça suspect…

« Ah… si vous ne le parlez pas ce n'est pas… si grave… »

Son aura se tendit rapidement… une expression de dégoût profond commençait à lui déformer les traits…

« Perumaza yo… »

Perumaza… j'avais déjà entendu ce mot dans la bouche de la mère de Hevi… je ne me souvenais plus de son sens exact mais je savais que ce n'était pas un compliment ni un mot d'une grande élégance… le Sarunin cracha par terre puis commença à s'avancer vers moi lentement…

« Arata te kosumu oreto shi. Muere ko peruzama chime, eise ? Kuu ron ?!

Je reculai de quelques pas, me sentant de moins en moins en sécurité. Il accéléra soudainement, m'assénant un coup que je déviai de justesse ! Mais je n'évitai pas le second, et fus frappée violemment au visage. Je parvins à me relever suffisamment vite pour parer le coup suivant mais fut projetée en arrière… sentant bien que je ne maîtrisais plus la situation − si tant est que je l'eusse jamais maîtrisée − je me réfugiai haut dans les airs, où le jeune Sarunin ne pourrait pas m'atteindre… de loin je n'entendais pas ce qu'il disait, mais je pus apercevoir un rictus se dessiner sur son visage tendu par la colère…

« CIANA ! »

La voix était assez lointaine… c'était la voix de Kain… il était à une centaine de mètres du rocher… Mais lorsque je reportai mon attention sur le Sarunin, celui-ci avait disparu. Redescendant lentement au sol, je retrouvai mon professeur, immobile mais le visage grave.

« Je peux savoir ce que tu faisais…?

−Je… répondis-je la tête baissé. Je voulais en rencontrer un…

−Eh bien c'est réussi. Regarde-toi, tu saignes… te battre contre un Sarunin, tu as perdu la tête ?! s'emporta-t-il.

−Ce n'est pas ce que je voulais ! Je lui ai pourtant parlé gentiment, je ne l'ai pas agressé…

−Mais tu l'as abordé à un endroit où les Sarunin sont naturellement sur leurs gardes. De plus tu sais bien qu'ils sont de plus en plus agressifs ces derniers temps… tu as eu de la chance de tomber sur un jeune, un adulte aurait très bien pu te tuer. »

Le ton était glacial, le dernier mot accentué. Je ne m'en rendais compte que maintenant… pour la deuxième fois en six mois, je venais d'échapper de peu à la mort. Depuis la disparition de Hevi c'était comme si j'avais perdu la mesure du danger. Comme si j'avais honte de ne pas être aussi forte que lui. Aussi forte que les Sarunin. D'autant plus que depuis la fête de l'Union, la situation n'avait cessé d'empirer, et il ne faudrait sans doute pas longtemps avant que Dorowen soit menacée… je ne voulais pas l'avouer, mais j'avais peur… peur de ne pas pouvoir protéger ceux que j'aimais… peur de voir cette paix brisée pour toujours… peur de mourir aussi… alors je cherchais tant bien que mal un moyen d'établir le contact avec les Sarunin, de trouver une autre issue, comme l'avaient fait mes parents et ceux de Hevi…

« Tikhras a récemment été attaquée… ils ne s'en prennent plus seulement à l'Union. Ce pays commence à envisager une alliance avec le Roi. On n'arrive toujours pas à estimer leur nombre exact, mais ils sont beaucoup plus puissants que prévu. Cette déclaration à Osumar n'était pas du bluff.

−Et nous… qu'est-ce qu'on va faire ?

−On ne peut pas laisser de tels désastres se produire sur notre sol. Jusqu'ici nous avons été épargnés, mais pour combien de temps ? Même moi je ne suis même pas sûr de pouvoir défendre la ville vu mon âge. Le Conseil Central va donc se réunir et les régions vont être consultées…

−On est vraiment obligés de choisir un camp…?

−J'en ai bien peur… Si nous aidons les Sarunin nous serons des traitres et deviendrons les ennemis du Roi ; si nous les combattons avec l'Union, nous courons au désastre des deux côtés. Et une position neutre nous attirerait les foudres des deux camps. Mais ces Sarunin eux, n'ont plus rien à perdre, que nous choisissions l'une ou l'autre option, cela leur convient… Jinei… qu'est-ce qui a pu le pousser à une telle folie ?





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4 mars 1793 − région de Gokumu


Suhltemi… c'était le nom du village qui nous offrait l'hospitalité. Comme beaucoup d'autres, il était assez isolé, mais il s'en distinguait par bien des aspects. Durant les deux premières années de notre vie ici, nous avions pu découvrir de curieuses coutumes comme la fête du conflit. Tous les ans, durant une journée les habitants se querellaient volontairement, pour évacuer les petites contrariétés accumulées dans l'année… « un rituel destiné à purger nos émotions négatives et entretenir la courtoisie le reste de l'année » me disait en souriant Salma − la doyenne du village. Les habitants portaient également des vêtements longs et épais malgré le climat tropical… les robes des femmes étaient très jolies mais vraiment peu pratiques pour marcher… concernant la langue, heureusement les habitants connaissaient tous le Gokumuïen mais nous faisions l'effort d'apprendre la langue locale − vieille d'au moins cinq siècles selon eux ! Mais la chose qui nous avait sans doute le plus déroutés était leur tradition de célébrer les funérailles dans la joie… le défunt était placé au sommet d'un grand bûcher et une danse funéraire très codifiée était exécutée autour du feu par tous les habitants. Une partie de ses cendres était ensuite mélangée à la terre et l'autre partie dispersée aux quatre vents, pour qu'il se mêle et participe aux cycles naturels… des chants-prières rythmés étaient ensuite entonnés pour souhaiter à son âme une réincarnation vertueuse, puis un grand festin était organisé comme hommage final. Des idées morbides m'animaient parfois… aurais-je droit à de si belles funérailles, malgré…? Enfin, ça n'étaient pas seulement ses coutumes qui rendaient ce village si particulier…

« Ah, t'étais là ? Évite de t'éloigner trop du village la nuit.

−Ne t'en fais pas, tu sais bien qu'il n'y a pas de Chasseurs par ici.

−Pour l'instant, mais tu connais la situation, un peu partout… allez, on rentre, faut pas que tu restes là à ruminer des idées noires.

−Qu'est-ce que tu racontes ?

−Ce sont les troisièmes funérailles auxquelles on assiste depuis qu'on vit ici, et à chaque fois tu t'isoles et tu pleures en silence…

−Évidemment, on n'est pas censé être joyeux quand quelqu'un meurt ! J'ai un peu de mal à m'y faire, franchement…

−Bah, c'est un peu pareil pour moi je dois dire… »

En tentant de me lever, je m'entravai comme souvent dans les tissus de ma robe, et cet idiot ne faisait rien pour m'aider à me relever.

« Ha ha ha ! Ça aussi tu as du mal à t'y faire on dirait !

−Jin, arrête de te moquer ! On dirait vraiment pas que tu as 17 ans…

−C'est bon Grande Sœur, te fâche pas… » répondit-il en me tendant la main, sans abandonner son sourire moqueur.

Je ne pouvais pas lui en vouloir. Dans le climat actuel, toutes les occasions de rire étaient bonnes à prendre.


à suivre…



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Très franchement, j'aurais jamais pensé faire 22 pages pour ce chapitre, où je manquais d'inspiration au départ… mais c'est comme ça que ça a fini. Vous l'aurez remarqué, un petit bond dans le temps s'opère à partir de la fin de ce chapitre. L'histoire se déroulera donc essentiellement en 1793 à partir du prochain. Année de la Terreur dans notre Histoire de France, et d'une certaine façon dans cette histoire aussi…
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Messagepar Itachi-san » Dim 06 Juin 2010, 18:57

*me pousse la porte* Y a quelqu'un ? :redface:

Voilà le chapitre 17, début de la seconde partie de l'histoire :coolspot:


Rappel des personnages :

SARUNIN

Kyôjô (26 ans) :
Sarunin possédant une grande rancœur envers les humains. Il a rejoint Rivina, une organisation de Sarunin projetant de se venger de l'humanité. Il ne se sépare jamais de son épée Ryūketsu.

Nezumaru/Kalza (27 ans) :
Un Sarunin particulièrement puissant. Autrefois meilleur ami de Kyôjô, il a feint sa mort pour infiltrer l'armée de l'Union et devenir Commandant de l'École Vegeta.

Kina (23 ans) :
Petite sœur de Nezumaru, longtemps amoureuse de Kyôjô. Une maladie pulmonaire très rare la rend plus faible que ses congénères, mais après que Kyôjô les a abandonnés elle décide avec Jin d'étudier la société humaine et de l'intégrer à terme. Ils vivent désormais dans un village humain qui les héberge clandestinement.

Jin (17 ans) :
Petit frère de Kyojo, il considère Kina comme sa grande sœur même si ils ne sont pas liés par le sang.

Vaki (mort à 31 ans) :
Sarunin aigri, un temps membre de Rivina et qui avait la faculté d'entendre les pensées des gens. C'est lui qui apprend à Kyojo l'existence de l'organisation. Peu après, il finit par se repentir, avant d'être tué par Lyendith. Les nombreux humains qu'il a tués lui valent le surnom de Cue-Limyos («rouge-sang»).

Derisya (40 ans) :
Un des tout premiers membres de Rivina, il a supervisé l'entraînement de Kyôjô quand ce dernier les a rejoints. Il a un chien nommé Koka.

Sevani (38 ans) :
Petite amie de Derisya.

Danto & Danki (24 ans) :
Des jumeaux farceurs mais très doués pour le combat. Ils ont accueilli Kyôjô à son arrivée à Rivina.

HUMAINS

Junkoku :
Commandant de l'École Son Goku, leader un brin tyrannique au passé trouble. Il devient vite ami avec Kalza à cause de sa force et de son culot.

Marina (23 ans) :
Lieutenant, apprentie et en quelque sorte fille adoptive de Junkoku, avec qui elle entretient une relation ambiguë. Elle est tombée amoureuse de Kina lorsqu'elle l'a rencontrée, ce qui lui a valu quelques ennuis.

Lyendith (36 ans) :
Rendue célèbre par sa beauté et ses yeux argentés, elle est le Commandant charismatique de l'École Son Gohan. Elle a découvert l'identité du chef de Rivina : Jinei, son ancien Commandant, officiellement exécuté pour trahison et qui avait mystérieusement disparu.

Dolann (39 ans) :
Le Lieutenant flegmatique mais non moins efficace de Lyendith.

Gando (55 ans) :
Scientifique fasciné par les Sarunin. Il aimerait retrouver Kina pour perfectionner le remède à sa maladie.

Tawava Gazikye (64 ans) :
Ex-Commadant de Vegeta devenu Roi de l'Union.

Kain (76 ans) :
Ex-Commandant de Son Goku qui s'est retiré de l'armée, ne comprenant plus le but de la Chasse aux Sarunin. Il a fondé une école d'arts martiaux dans le pays de Dorowen par la suite.

MÉTISSES

Ciana (21 ans) :
Fille de Senae et d'un père Sarunin qu'elle n'a jamais connu, elle étudie les arts martiaux dans l'École de Kain. Elle vit une vie paisible et relativement ordinaire avant d'être capturée malgré elle par l'armée et de rencontrer Vaki. Ce dernier la protège et lui permet d'échapper à Lyendith. Depuis, elle essaie d'établir le contact avec les Sarunin.

Hevi (17 ans) :
Enfant turbulent et asocial, très doué pour le combat, qui a vécu sous la tutelle de Kain après la mort de ses parents. Il n'aime pas les Sarunin mais parle leur langue. Une nuit de pleine lune, il rencontre Kyôjô par hasard et le voit se transformer en monstre, frôlant la mort. En se réveillant quelques jours plus tard, il fugue et disparaît…



Résumé des précédents chapitres :
Rivina a déclaré la guerre à l'Union et ses alliés en plein milieu de la Fête de l'Union, faisant désormais planer la menace d'une guerre ouverte.
Kyôjô, dont la rancœur a été renforcée par la trahison de son ami, a enfin rejoint l'organisation et fait la connaissance de ses nouveaux camarades ainsi que de son chef, appelé Koyan par les membres. Il rencontre au passage une personne qui ne lui est pas totalement inconnue…
Les Commandants continuent de rechercher des informations sur Rivina, Lyendith a découvert l'identité de son chef et Junkoku la localisation probable d'une de leurs bases. Mais cette base, à proximité de Kukai, se situe de l'autre côté de la frontière de Sino, compliquant l'intervention…
Les années passent et la situation s'envenime à mesure que la puissance de Rivina et la rupture entre l'Union et les pays indépendants grandissent.
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Messagepar Itachi-san » Dim 06 Juin 2010, 19:00

Chapitre 17
Évolution
進展

12 avril 1793 − Olomo, En


C'était inespéré ! Voilà plus de six mois que je m'entraînais avec acharnement dans le QG sous la tutelle de Kyôjô. J'étais peut-être l'une des plus jeunes membres de Rivina mais je ne manquais pas de volonté et c'était bien le plus important : c'était ce qu'il me disait souvent et j'étais bien d'accord avec lui ! Et selon lui j'avais un côté imprévisible parfois agaçant mais très utile en combat. Je me demandais cependant pourquoi moi, qui étais encore une «bleue» avait été choisie… peut-être à cause dudit côté imprévisible justement ? Ou peut-être estimait-on que j'avais suffisamment fait mes preuves. Mon professeur et d'autres membres expérimentés m'accompagnaient, et pour cause… Ça n'était que ma troisième mission, mais elle était d'une importance capitale ! Pour la première fois, nous allions nous attaquer à une École pour tenter d'en prendre le contrôle. Koyan estimait que nous étions assez puissants maintenant, et qu'il était temps de passer à l'étape supérieure. Pas une mince affaire que d'attaquer cette École-là, qui surplombait la ville d'Olomo, une des plus grandes villes de la Région. Le bâtiment était entouré d'une grande place carrée, superbement pavée.

Moi, Kyôjô, Derisya, Kamo, Shiren, Dare, Kanâ, Shiruka et Hevi marchions séparément dans les rues de la ville, en communiquant par des radio miniatures − ces humains avaient beau être des ordures, ils pouvaient inventer des choses très pratiques. Et nous ne nous privions pas de retourner leurs armes contre eux. Au loin, près de l'École, nous pouvions voir une sorte de tour, dont le sommet était entouré d'un grand anneau bordé de panneaux luminescents ; c'était apparemment les générateurs d'énergie des grandes villes humaines. Derisya, qui connaissait pas mal de choses sur les humains, m'avait dit que dans cet anneau des particules infiniment petites s'entrechoquaient à des vitesses proches de celle de la lumière et fusionnaient, produisant des quantités stupéfiantes d'énergie… il leur avait fallu des siècles pour maîtriser ce procédé. Les consignes étaient formelles : ne jamais attaquer ces réacteurs lorsqu'ils étaient en état de marche, sous peine de provoquer une catastrophe apocalyptique. En revanche une fois éteints les détruire était sans risque, et privait les humains de la ville d'électricité pendant un moment. Selon Koyan ces coupures n'handicapaient pas les humains tant que ça sur le plan matériel, ils savaient plus ou moins se débrouiller sans… mais l'impact psychologique était garanti. Enfin, ça n'était pas notre cible cette fois-ci, et nous aurions tout le loisir de profiter de cette énergie une fois la ville sous contrôle.

Aucun nuage n'encombrait le ciel azur et le soleil nous berçait de ses rayons comme pour nous encourager. Les Chasseurs qui patrouillaient autour de l'École ne semblaient se douter de rien. Les idiots. Un crépitement retentit dans mon oreille, et j'entendis la voix de Derisya…

« Nefari, tu es en position ?

−Oui, près du bâtiment de presse…

Bon. Tout le monde a l'air prêt… les sentinelles sur le toit sont gênantes, il faudrait en éliminer une partie discrètement d'ici. Quand les autres s'en apercevront, le temps qu'ils réagissent ça créera une ouverture, il faudra éviter de voler pour un effet de surprise maximum. Il faut une attaque à distance, pas trop visible et silencieuse… Kyôjô ?

−Qu'est-ce que vous feriez sans moi ?
répondit l'intéressé d'un ton ironique. Laisse-moi juste un peu de temps, et je te prépare ça.

−Dites… balbutiai-je. Hevi pourrait peut-être attirer l'attention des gardes en se faisant passer pour un humain ? Ça faciliterait la diversion… »

Il y eut un assez long silence… moi qui espérais avoir eu une bonne idée, j'avais peut-être dit une bêtise…?

« Ça vaut le coup d'essayer, non ? répondit Kyôjô. Derisya, c'est toi le chef, donc…

−Le mieux est l'ennemi du bien, ça serait prendre des risques inutiles à mon avis… Hevi, t'en penses quoi ?

−Pourquoi c'est moi qui devrait m'y coller ? On a qu'à demander à Shiren. Les filles en détresse ça marche toujours mieux avec les humains…

−Dis donc
, répliqua Shiren, c'est toi le métisse de l'organisation, c'est un travail pour toi ! Je veux bien que les humains soient idiots mais je me ferais griller de suite !

−Et moi alors ? Je suis assigné à Dumia d'habitude, je parle pas l'Enien !

−Bon…
soupira Derisya, On va rester sur mon idée je crois. Désolé, Nefari.

−C… c'est rien, je disais juste ça comme ça… »

Le silence radio se fit à nouveau. Accolée au mur du bâtiment, l'air de rien, j'observais les sentinelles sur le toit… l'attente fut pesante… soudain, après que j'eus dégluti, une des sentinelles bascula en arrière et une balafre sanglante apparut sur son torse, comme frappé par une lame invisible… Son coéquipier à sa droite se précipita vers lui et ne tarda pas à subir le même sort, suivi de celui à sa gauche… Ryûketsu était vraiment effrayante… Les cris et les gouttelettes de sang qui tombèrent sur les gardes en bas ne tardèrent pas à détourner leur attention, et Derisya lança le signal pour l'assaut. Je courus, bousculant plusieurs humains au passage, et avant de m'en apercevoir j'étais déjà en bas de l'escalier menant à l'entrée de l'école. Je sautai et le garde eut à peine le temps de se retourner que ma boule de feu le frappa de plein fouet, le laissant inanimé sur le rebord du grand socle. Shiruka et Shiren pénétrèrent par l'entrée sud, Kyôjô et moi au nord, Kamo et Kanâ à l'est et Hevi et Dare à l'ouest. Derisya partit devant en dissimulant son aura pour atteindre notre véritable objectif : le Sous-Lieutenant de l'École. L'attaque était soudaine et les Chasseurs à l'intérieur de l'École arrivèrent de façon totalement désorganisée. De toute évidence ils ne s'attendaient pas à ça : pas si tôt, pas dans une si grande ville et encore moins en pleine journée. Les couloirs étaient étroits, ce qui ne rendait pas les combats faciles, mais j'étais un peu vexée de voir que Kyôjô éliminait la plupart des ennemis qui nous tombaient dessus. L'un d'eux essaya toutefois de m'attaquer par derrière, m'obligeant à engager le combat ; et il était autrement plus coriace que le garde de l'entrée !

« Nefari, ça va ? me cria mon mentor.

−Je vais m'en… sortir ! Continue d'avancer !

−Hors de question ! objecta-t-il en repoussant un ennemi. Tu es encore sous ma responsabilité, si tu meurs ici ma note va baisser !

−Ta note ?! Mais ça serait terrible ! » ironisai-je.

Nous combattions à présent dos à dos, au milieu d'une grande pièce rectangulaire qui devait être une salle d'entraînement… les ennemis arrivaient de tous les côtés, pour la plupart des Chasseurs mais parfois de simples élèves qui ne faisaient pas le poids ; au bout d'une demi-heure nous commencions à être submergés par le nombre et peinions à progresser… mais peu importait, l'essentiel était de créer une diversion pour Derisya… je recevais de violents coups au visage mais les sentais à peine, et écrasais la plupart de mes assaillants… une boule de feu fonça sur moi, que je contrai par une des miennes… cela créa une ouverture pour deux Chasseurs qui m'attaquèrent en même temps… un sifflement métallique retentit, interrompant leur assaut et faisant jaillir des gerbes de sang… luttant sans relâche pour me frayer un chemin, je finis par perdre tout repère spatial, ne voyant plus que les ennemis à abattre, encaissant quelques projectiles qui m'étourdissaient un peu plus… je ne ressentais même plus la présence de Kyôjô à mes côtés… un maelström de couleurs et de visages déformés par la haine, la peur ou la douleur défilait devant mes yeux sans que je ne parvienne plus à les distinguer… pourquoi étais-je ici ? Contre quoi me battais-je ? Quel était mon but déjà ? Alors qu'essoufflée, je puisais dans mes dernières forces dans un cri de rage, une voix familière sortit des hauts-parleurs, interrompant la rotation de ce tourbillon.

« C'est terminé, humains. Rendez-vous. »

Derisya… Non… c'était impossible…

« Le Sous-Lieutenant qui dirigeait cet établissement est mort. Nous, les membres de Rivina prenons dès aujourd'hui le contrôle de cette École. Et de cette ville. Vous avez sans doute compris à présent que malgré notre nombre nous vous dépassons aisément en puissance. Si vous vous rendez sans faire d'histoire, nous serons magnanimes envers les survivants. »

La quinzaine d'humains qui restaient se figèrent… il y eut un long moment de flottement… certains tombèrent à genoux sur le sol maculé de sang, ou éclatèrent en sanglot, choqués et ne réalisant pas tout-à-fait ce qui venait de se produire… nous avions gagné… si facilement ? Notre puissance était donc si écrasante ? À cette pensée je ne pus m'empêcher d'afficher un sourire de jubilation… tous ces humains à genoux devant notre supériorité, c'était une vision dont j'avais rêvé tellement de fois… si mon père et ma mère l'apprenaient, ils seraient sûrement fiers de moi ! Mais dans ma rêverie, j'avais baissé ma garde, et à ma gauche, une humaine pas encore résignée se jetait sur moi dans un cri de rage… je mis trop de temps à réagir…


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12 avril 1793 − Suovên, Nidaku

  Cher cousin,

  Cela fait maintenant deux ans que nous ne nous sommes pas vus, j'espère que tu vas bien. Ici, nous commençons tous à avoir peur : la ville voisine a été attaquée il y a une semaine ; les journaux de Sino en ont peut-être parlé ? Ces attaques paraissent tellement insensées… ils arrivent, détruisent les routes, les réseaux de communication et les générateurs d'énergie, pillent de la nourriture et divers objets puis repartent. Parfois les Chasseurs parviennent à les arrêter, mais cela arrive de moins en moins souvent. Ces Sarunin semblent être un peu plus puissants chaque jour… Ici tout est calme pour l'instant, mais les gens sont de plus en plus méfiants les uns envers les autres, et il n'est pas rare de voir des disputes à propos des Sarunin − c'est presque inévitable dès que le sujet est abordé, tant les opinions sont divisées… même aux assemblées générales le climat est tendu. Hier encore, un groupe s'est mis à entonner des chants anti-Sarunin en plein débat. Mais ce qui m'inquiète le plus c'est que l'armée est de plus en plus présente dans les assemblées et commence à influencer les décisions. Les mesures hostiles aux Sarunin et à ceux qui les défendent se sont encore durcies, et j'ai l'impression que c'est pareil dans les autres Régions. On parle aujourd'hui de radier à vie les enseignants ou scientifiques qui parleraient trop des similitudes entre nos deux espèces, ou qui remettraient en cause les explications admises au sujet des mystérieux « enfants à queue »… le Président de Nidaku a même proposé aux autres Présidents d'interdire les déplacements entre Régions des esprits trop dissidents ou même trop indulgents, en les faisant surveiller par des Chasseurs à partir d'une liste noire. Ça me scandalise. C'est aux citoyens de gérer la politique d'éducation, pas aux militaires ! Il y aurait de quoi le révoquer ! Il y a même des rumeurs horribles comme quoi certaines Régions commenceraient à employer des Purificateurs ; à Seyäk notamment, il y a eu plusieurs disparitions mystérieuses de militants anti-Chasse…

  Mon père considère que les Sarunin doivent être écrasés et que tous ceux susceptibles d'entraver la lutte contre leur menace doivent être réduits au silence. Je trouve ça tellement stupide… c'est bien parce qu'on a tout fait pour attiser la haine qu'ils se révoltent aujourd'hui ! Et puis ce climat de méfiance est tellement malsain… les sourires se font plus rares, les saluts moins enthousiastes… pour tout te dire, je me sens de plus en plus minoritaire dans mes opinions. Les deux seuls Présidents qui ont osé élever la voix ont bien vite compris qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de quitter l'Union. Le peuple de ces deux Régions a largement approuvé… mais les choses ont changé : aujourd'hui, quitter l'Union, ça veut dire devenir un ennemi de l'Union. Et être un allié de l'Union implique désormais de la rejoindre. Pikie et Nizau ont ainsi claqué la porte, tandis que Tikhras a fini par renoncer à son nationalisme exacerbé pour « rentrer dans le rang ». Je n'aime pas ça… toutes ces divisions croissantes, cette haine qui s'installe, ce manichéisme entre les «alliés» et les «ennemis» : ça me rappelle ce qui s'est passé il y a sept cents ans, quand l'Ancien Monde a commencé à courir à sa perte… j'espère que nous n'en arriverons pas là. Pas après tant d'efforts pour rebâtir un monde en paix. J'aimerais faire quelque chose pour rapprocher nos deux peuples, mais ça me condamnerait à vivre en marge… Je me sens vraiment impuissante… des rumeurs parlent d'un groupe qui se ferait appeler Keirin (je ne sais pas ce que ça veut dire) et qui essaierait de faire passer un message à contre-courant, mais il a l'air plus ou moins clandestin…

Je ne sais pas ce que les gens pensent à Sino… je sais que ce pays a choisi d'aider les Sarunin sans pour autant soutenir Rivina, mais l'interdiction de déplacements entre l'Union et les pays indépendants fait qu'on a très peu d'informations sur ce qui se passe chez vous, comme pour Dorowen… c'est aussi pour ça que je t'écris cette lettre, même si j'ignore si elle te parviendra… ah, je pensais t'écrire pour te rassurer, mais en me relisant, je m'aperçois que je ne parle que de choses graves ! Tu sais quoi ? Mon petit frère est entré à l'université cette année ! Il veut devenir architecte, il va probablement voyager à travers l'Union pour sa formation ensuite. Il est vraiment doué en maths, moi je n'y comprends rien ! Ah, et notre chatte Liuka a fait des petits, ils sont adorables… ma mère elle, tient toujours son restaurant ; j'y vais de temps en temps, même si entre nous je préfère celui de Mme Kann (si elle lisait ça, elle me tuerait !) Grand-père Chefâlu lui, nous a quittés le mois dernier, le jour de son anniversaire… dans son sommeil, il n'a pas souffert… Moi ? J'ai réalisé mon rêve de devenir historienne. Et j'ai le sentiment de vivre un tournant de l'Histoire. Du coup malgré mon anxiété je suis d'une certaine façon enthousiaste ! Enfin, ça n'est peut-être pas le bon mot… Mais assez parlé de moi. Au moment de la fermeture des frontières, tu as choisi de rester à Sino, en disant que tu te plaisais là-bas… je me demande si c'est vraiment la seule raison ? Je suppose que tu t'es fait des amis là-bas, mais tu nous manque beaucoup.

  Étant donné que je soupçonne l'armée de surveiller le contenu du courrier j'ai demandé à Fui de t'amener directement la lettre. Il connaît le chemin, et ça n'est pas un pigeon voyageur pour rien ! Par temps difficile, rien de mieux que les bonnes vieilles méthodes. J'attends de tes nouvelles…

Ta cousine, Nêku.



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12 avril 1793 − Doun' Kaos, Dorowen


« Tobe-cues ureta… dae pikifos…

−«Da pikifos» !
corrigeai-je autoritairement. Pour les objets matériels on utilise la marque masculin ! Et puis tu dois essayer rouler plus tes r !

−Rah ! C'est trop compliqué votre langue… on pourrait pas juste parler Sarunin…?

−Genta, ça fait un mois que tu es parmi nous, tu es seul ici à ne pas parler Qakhlen… c'est pas tratique !

−C'est pas pratique, tu veux dire ?

−Ah ! Pardon… moi aussi j'ai des progrès à faire on dirait… ah zut, déjà si tard ! On va arrêter là pour aujourd'hui si ça te dérange pas.


−Ça me dérange pas ! jubila-t-il en s'étirant ostensiblement. Au fait, Ciana, tu es là demain ?

−Non, j'ai… un empêchement. Mais Lizae assurera tes cours, je te rassure. ajoutai-je en voyant sa mine un peu vite soulagée.

−Bon… dans ce cas, bonne nuit… «professeur»… »




Je rentrai chez moi après une dure journée de labeur, et contemplais en volant la tour Karin qui se tenait toujours droite et fière, éclairée par le croissant argenté, indifférente aux perturbations qui agitaient le monde depuis maintenant quatre années. Et moi, j'allais avoir vingt-et-un ans le lendemain. Je m'en apercevais à peine. J'avais même arrêté mes études pour me consacrer à ce que j'estimais être mon devoir. Cette jeune fille naïve de dix-sept ans était devenue une des militantes les plus actives pour l'intégration des Sarunin à Dorowen… J'avais parcouru le pays, rencontré les Intendants de dizaines de villes, et aidé à faire circuler une information sans préjugés sur les Sarunin. Il y avait des milliers de personnes comme moi, jeunes et moins jeunes, qui luttaient pour essayer d'enrayer le conflit qui rampait. C'était semblait-il pareil à Sino, quoiqu'un peu moins marqué. Pikie et Nizau hésitaient encore à mener ce genre d'actions. Dans tous les cas, j'avais enfin perfectionné mon sarunin, et j'en rencontrais de plus en plus à mesure qu'ils devenaient moins frileux. Avant la fermeture des frontières ils refusaient notre aide, par orgueil, par méfiance et par solidarité avec leurs congénères ; mais même eux avaient fini par comprendre qu'une rupture s'était opérée. Maman me soutenait du bout des lèvres, mais elle était un peu intimidée quand je lui proposais de les rencontrer… c'était vrai qu'ils pouvaient avoir l'air un peu antipathiques au premier abord, voire franchement malpolis − le nouveau venu Genta en était un exemple parfait − mais quoi de plus logique quand on savait comment ils vivaient… J'avais réussi à convaincre le nouvel Intendant d'autoriser la construction d'un centre d'accueil qui servirait à loger nos «invités», une cinquantaine y résidaient déjà. Moi et d'autres militants leur faisions visiter la ville, échangions des connaissances, discutions tant bien que mal avec eux… Une chose que nous n'avions pas tout-à-fait prévue était leur appétit… non pas que nous manquions de vivres pour eux, mais beaucoup ne pouvaient s'empêcher de se demander ce qui se passerait à ce niveau si des milliers de Sarunin devaient vivre avec nous. J'essayais personnellement de ne pas trop y penser mais il fallait reconnaître que cela pouvait poser problème sur le long-terme.

Un autre problème imprévu, dont les raisons ne résidaient que dans des rumeurs, était l'interdiction de les laisser sortir et l'ordre de fermer leurs rideaux les soirs de pleine lune. Eux ne semblaient pas dérangés : d'après ce qu'ils nous disaient, ils ne sortaient jamais ces nuits-là. Eux-même comprenaient mal l'origine de ce tabou, mais apparemment les parents Sarunin racontaient à leurs enfants des histoires sur des monstres terrifiants apparaissant quand la lune était pleine. Quand à nous, l'interdiction avait été brusquement décrétée suite à un mystérieux incident à Flúþin, une petite île au sud de Dorowen, en 1791 : les frontières avaient été fermées depuis quelques mois seulement et cette ville avait été l'une des premières à accueillir des Sarunin. Un soir, un bateau était parti faire une virée à quelques kilomètres des côtes pour explorer la faune des eaux locales. Deux Sarunin étaient à bord. Mais la nuit tombée, alors que le bateau s'apprêtait à rentrer au port, le contact fut perdu. Au milieu de la nuit, dans la zone où naviguait le bateau, on ne retrouva que des morceaux de bois et de métal… une seule personne fut retrouvée vivante, gelée mais surtout terrorisée. Pendant plusieurs jours elle fut incapable de parler. Les Sarunin eux, avaient disparu. Quand aux contrôleurs, ils assuraient qu'avant la coupure ils avaient entendu une sorte de rugissement. Ce que ce rescapé avait vu cette nuit-là, l'Intendant de Flúþin était le seul à le savoir… mais ce dernier prévint néanmoins tous ses pairs de ne laisser sortir les Sarunin sous aucun prétexte les soirs de pleine lune. En entendant cette histoire, une image m'était revenue en tête : celle de ce Sarunin contre lequel Hevi s'était battu, gisant nu dans ce qui ressemblait à une gigantesque empreinte de pas. J'avais ressenti ce soir-là une aura extrêmement puissante et agressive, même pour un Sarunin… et c'était également un soir de pleine lune… ces histoires qu'on racontait sur leur capacité à se changer en monstres assoiffés de sang n'étaient peut-être pas que des fables sans fondement, et cela avait véritablement de quoi terrifier n'importe qui, y comprit les Sarunin eux-même qui ne semblaient pas en avoir conscience…

Hevi… lui avait vu cette chose terrifiante en face, c'était certain. J'ignorais si cela avait un lien avec sa disparition, mais plus personne ne l'avait revu depuis sa dernière fugue il y avait maintenant quatre ans… Il s'était littéralement volatilisé… est-ce qu'il me manquait ? J'aurais menti si j'avais dit que non. En tout cas je ne pouvais pas m'empêcher m'inquiéter pour lui. Mais il avait sans doute ressenti le besoin de voler de ses propres ailes, et il était probablement en train de découvrir le monde. Peut-être s'était-il assagi − mais ça je n'y croyais pas trop − ou s'était-il fait des amis quelque part… tout ce que j'espérais, c'était qu'il ne se fût pas fait d'ennemis ! Le souvenir de cette fugue m'en ramena d'autres, furtifs… les Chasseurs, la cellule, Vaki, elle… je secouai vivement la tête pour les évacuer.

Dans le même temps, la sensation d'un aura inconnue, assez faible, détourna mon attention. En regardant vers la rue principale, je constatai au loin la présence d'une personne déambulant, emmitouflée dans un manteau noir à capuche. Elle venait de l'entrée nord de la ville… un étranger ? Bizarrement en me concentrant, j'eus l'impression d'avoir déjà ressenti cette aura quelque part mais sans pouvoir me rappeler où… juste une impression sans doute… Alors que je descendais à terre pour ne pas trop le surprendre, je constatai qu'il s'était arrêté, avait relevé la tête et semblait regarder dans ma direction… avait-il senti ma présence ? Et puis en m'approchant prudemment, un autre détail étrange me perturba… je distinguais une seconde aura, très faible, qui semblait mêlée à la première… c'était presque imperceptible, mais j'avais déjà ressenti cela… tout s'éclaircit vite : l'étranger était une étrangère, et elle était enceinte, ce que la rondeur apparente de son ventre me confirma bien vite. Quand à la nature de l'enfant, si cette femme était venue se réfugier ici, seule avec lui, on pouvait aisément deviner de quoi il retournait… Seuls ses yeux apparemment noirs étaient visibles. Le bas de son visage était masqué et elle esquissa un mouvement de recul à mon approche…

« N… n'ayez pas peur. lançai-je d'un ton que j'espérais rassurant. Personne ne fera de mal à votre enfant ici… »

Elle sembla se détendre un peu mais ne répondit rien…

« Ah… si vous ne voulez pas me montrer votre visage ce n'est pas grave… je vais vous emmener voir l'Intendant Kyevel… »

Elle sembla scruter autour d'elle, observa un instant ma queue puis me fixa droit dans les yeux pendant quelques secondes… et enfin elle se décida à abaisser son masque… à l'instant où je vis son visage, je n'eus pas le temps d'esquisser la moindre réaction qu'elle plaqua sa main sur ma bouche et s'approcha de mon oreille.

« Écoute-moi bien… il y a quelqu'un dans cette ville que je dois rencontrer. Personne d'autre ne doit savoir que je suis ici. »



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15 avril 1793 − Byusam, Sino


  Chère cousine,

  Ta lettre m'a fait énormément plaisir. J'ai en effet entendu que les choses se dégradaient quelque peu dans l'Union, mais je pense que ça s'arrangera bien vite. Je comprends un peu ce que tu ressens : des fois beaucoup de gens pensent comme nous mais ont peur de s'exprimer. Du coup on a l'impression d'être seul, et on n'ose pas parler non plus. C'est comme un cercle vicieux, mais ça veut aussi dire que si un seul brise le silence, beaucoup d'autres peuvent suivre ! Enfin, c'est ce que je pense… en ce qui concerne les journaux, c'est vrai qu'on a assez peu d'informations sur l'Union, ça se fait surtout par le bouche-à-oreille. À Sino, on monte de plus en plus de structures pour accueillir les Sarunin mais ils sont peu nombreux à venir… il faut dire qu'eux aussi ont peu d'informations sur ce qui se passe dans le monde extérieur, et ils sont de plus en plus prudents. Et puis, entre nous, de grands panneaux à l'entrée des villes avec écrit « Sarunin bienvenus, n'ayez pas peur » ont peu de chance de les mettre en confiance… sans compter que tous les habitants ne les accueillent pas à bras ouverts… pourtant quelques uns viennent parfois. Certains ne parlent presque pas notre langue, et la plupart sont réticents à nous apprendre la leur. Mais on se débrouille comme on peut.

  Personnellement j'ai commencé à apprendre le sarunin il y a quelques mois, c'est une très belle langue ! Apparemment le mot « rivina » évoque une renaissance ou un réveil… celui des Sarunin humiliés je suppose… quand au groupe dont tu m'as parlé, « keirin », c'est également un mot Sarunin, assez compliqué à traduire. Apparemment cela décrit la reformation d'un lien brisé, ou quelque chose de ce genre. Peut-être essaient-ils de faire au sein de l'Union ce que nous faisons ici et à Dorowen ? Si un tel groupe existe vraiment je leur souhaite bon courage… j'aimerais te dire d'essayer de les rejoindre mais c'est probablement dangereux, je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose à toi ou à la famille. Ces Purificateurs, j'ai entendu des histoires effrayantes à leur sujet… ils ne reculent vraiment devant rien pour éliminer une cible, ils sont même prêts à transgresser les frontières s'il le faut ! J'espère que ce ne sont que des rumeurs… je ne veux pas croire que des Présidents responsables devant le peuple s'abaissent à de telles méthodes…

  En tout cas, je suis content que tout le monde aille bien de ton côté. Pour Chefâlu, ça faisait un moment qu'il allait moins bien, je suppose que ça devait arriver tôt ou tard… c'est dommage, j'aurais aimé lui parler une dernière fois. Qu'est-ce qu'on a pu chaparder comme citrons dans son champ ! Il nous a mis plus d'une raclée à l'époque… enfin, paix à son âme. Lui qui nous disait toujours de devenir ce qu'on voulait être, il a dû être fier de toi. Si comprendre le passé permet de ne pas en répéter les erreurs, ton travail est primordial, alors courage ! À propos de moi… comme tu l'as dit, je ne suis pas seulement resté parce que je me plais ici, je voulais aussi être un pont entre l'Union et Sino. Beaucoup de gens ici n'ont jamais quitté Sino, ils n'ont jamais vu l'Union de leurs propres yeux. C'est vrai que je me suis fait pas mal d'amis ; et même plus que ça… Elle s'appelle Syeva, et elle est la meilleure chose qui me soit arrivée depuis que je vis ici ! Au début elle était très timide mais nous avons très vite appris à nous connaître. J'aimerais que vous puissiez la rencontrer un jour… je peux déjà t'envoyer des photos d'elle et moi ! Il faudra les cacher à ton père par contre, il risque de ne pas aimer.

  Au fait, je te disais que nous n'avions pas beaucoup d'informations sur l'Union, mais il y en a au moins une qui nous est parvenue très vite… apparemment Rivina aurait pris le contrôle d'une ville dans la Région d'En ? Je ne peux pas croire qu'ils soient déjà aussi puissants… même l'armée du Roi ne semble pas de taille en terme de force, c'est impensable… j'ai beau prôner la communication entre nos deux peuples, cette organisation est vraiment trop dangereuse. En un sens, j'espère la combattre en faisant ce que je fais ici : chaque Sarunin que nous aidons est une recrue de moins pour eux. Du moins en théorie…

  Quoiqu'il en soit, je suis heureux d'avoir de vos nouvelles. Je te renvoie Fui, avec comme promis des photos de moi, Syeva et quelques ami-e-s. Comme on dit à Sino : que le vent vous porte.

Ton cousin, Shein.



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12 avril 1793 – Olomo, En


Toujours plus fort. Toujours plus intensif. Les entraînements s'étaient considérablement endurcis depuis deux ans, et pas seulement parce que j'entrais dans la seconde moitié de mon apprentissage. Beaucoup d'élèves de ma promotion avaient de plus en plus de mal à supporter le rythme, et je devais bien avouer que je ne faisais pas exception. Mais je m'accrochais. Il était assez rare d'être entré à l'école militaire à 12 ans comme moi, mais j'avais toujours été fascinée par les arts martiaux : sans me vanter j'étais très douée pour, et j'avais surtout à cœur de protéger les gens contre la menace des Sarunin. Cette menace qui se précisait de plus en plus… alors il nous fallait redoubler d'efforts ! J'avais entendu dire que mon idole, le Commandant Lyendith avait intégré l'École Son Gohan à l'âge de 10 ans, alors je ne devais pas me plaindre ! Et puis qui savait… peut-être un jour conterait-on les exploits de la jeune Soufin, Commandant de l'École Son Gok… euh non, pas celle-là… avec le Commandant Junkoku et le Lieutenant Marina à sa tête ça ne risquait pas d'arriver de sitôt. Mais Soufin, Commandant de l'École Son Gohan ! Pourquoi pas ? D'ici là mademoiselle Lyendith serait sans aucun doute devenue Reine de l'Union !

Blanche, rouge, blanche, blanche, rouge… une machine nous envoyait des balles de base-ball à une fréquence progressivement augmentée puis à une distance progressivement diminuée. Nous devions analyser chacune d'elles, esquiver les blanches et dévier les rouges, tout en contrôlant notre force pour qu'elles ne traversent pas les murs fragiles qui séparaient les élèves. C'était un exercice que faisaient régulièrement les Chasseurs mais qu'on n'imposait généralement pas à des élèves en cinquième année d'apprentissage. Et pour cause… notre résistance n'était pas encore parfaite, et il fut peu surprenant de voir plusieurs élèves blessés ou assommés à la fin de la séance. Essoufflée, j'avais plutôt bien réussi : seules trois de mes balles avaient traversé les cloisons ; mais celles de mes voisins les avaient transformées en émental…

« Seulement cinq élèves assommés, c'est pas mal pour une première fois ! cria notre professeur. Vous avez bien mérité un bon repas, en attendant, tout le monde à la douche ! »

Le repas fut appréciable et pour le moins copieux, et l'heure de pause ensuite n'allait pas être de trop, l'entraînement de l'après-midi étant plus éprouvant encore. 14h30 : nous nous mettions en position pour l'échauffement habituel. Échauffement qui aurait paru inhumain à des personnes ordinaires mais auquel notre corps avait fini par s'habituer. Nous n'eûmes cependant pas le temps de le terminer… car à cet instant nous ressentîmes tous brusquement un groupe de puissantes auras, et très vite l'alarme s'enclencha, assourdissante. Des auras aussi agressives, c'étaient… non, ils n'auraient pas osé ! Pas dans une aussi grande ville, et pas directement sur l'École ! Et qu'était-il arrivé aux gardes autour du bâtiment ?

« L'École est attaquée, je répète, l'École est attaquée ! Que tous les élèves se réfugient dans les sous-sols au plus vite ! »

C'était du délire ! Je ne ressentais même pas une dizaine d'auras ennemies, il était évident qu'ils n'avaient aucune chance ! Alors pourquoi tout le monde était-il aussi paniqué ? Il y avait une bonne centaine de Chasseurs ici, sans compter les professeurs, ils n'auraient aucun mal à s'en débarrasser… et puis le Sous-Lieutenant Fleit était avec nous…

« Soufin, qu'est-ce que tu fiches ?! me cria Seim, mon meilleur ami. Il faut aller se réfugier ! »

Mais je ne bougeai pas… je ne voulais pas fuir !

« Non, Seim… je vais me battre… je peux me battre !

−Qu'est-ce que tu racontes ?! Ces Sarunin ont liquidé les gardes à l'entrée avant même qu'ils aient eu le temps de donner l'alerte, ce ne sont pas des novices ! Tu n'as que seize ans je te rappelle, tu vas juste te faire tuer !

−Non… ils ne sont qu'une poignée, on a largement l'avantage du nombre.

−Ça n'est pas la question… laisse les Chasseurs s'occuper de ça, on n'est pas encore prêts…

−Justement, je n'ai pas envie de fuir pendant qu'ils se battent pour nous protéger !

−Mais enfin regarde toi ! Tu tiens à peine sur tes jambes tellement elles tremblent ! »

Je ne m'en apercevais que maintenant mais il avait raison. En sentant deux des ennemis se diriger vers nous je commençais à appréhender leur puissance… inconsciemment la peur avait commencé à m'envahir… je me rendais compte que je n'étais pas de taille mais…

« Allez, viens… me dit-il en posant sa main sur mon épaule. Tu risque de les gêner plus qu'autre chose. »

Je m'y résignai finalement… à contre-cœur, je suivis Seim et rejoignis les autres élèves dans le vaste refuge en sous-sol, qui n'étais presque jamais utilisé d'ordinaire mais qui était suffisamment grand pour accueillir les quatre mille élèves de cette École. Pendant une demi-heure qui sembla être des heures, nous attendîmes, crispés, la plupart se concentrant pour capter l'aura des Sarunin ou des Chasseurs, d'autres demandant si nous n'avions pas vu un de leurs proches, amis, amants… l'attente était insoutenable, les auras des Chasseurs faiblissant ou disparaissant régulièrement… soudain, une puissante aura s'éteint, mais ce fut celle d'un des ennemis cette fois. Cela n'échappa à personne et des voix s'élevèrent, pas tout à fait de soulagement mais au moins d'optimisme. Les Sarunin étaient plus puissants que prévu, à tel point que c'en était effrayant… mais nous pouvions gagner… il suffirait d'un peu de renfort pour les épuiser… les trois professeurs qui nous surveillaient restaient stationnés, chacun devant une des trois portes du refuge… sur ces trois portes, une seule débouchait à l'intérieur du bâtiment… je n'en était qu'à quelques mètres… comme un signe, l'un des élèves non loin de là fit un malaise, et l'encombrant surveillant s'écarta de l'entrée…

Profitant de la « diversion », je me précipitai hors du refuge, bien vite poursuivie par Seim qui avait sans doute anticipé une telle entourloupe de ma part. Mais je volais plus vite que lui. Les taches de sang dans les couloirs ne firent qu'accentuer mon impatience à aller aider mes aînés. Les deux Sarunin qui s'étaient dirigés vers la salle de mon groupe y étaient toujours et commençaient à fatiguer. Lorsque j'y parvins, la première chose que je vis fut le cadavre d'un chasseur sur le pas de la porte, me faisant frissonner et m'arrêter net… la bataille faisait rage entre ces deux ennemis et une quinzaine de Chasseurs, tandis que le plancher de la salle d'entraînement était parsemé de tache écarlates et de corps inanimés. Je tremblais toujours. Mais surmontant ma peur, je décidai de me jeter dans la mêlée…

« C'est terminé, humains. Rendez-vous. »

La voix sortit sans prévenir des haut-parleurs…

« Le Sous-Lieutenant qui dirigeait cet établissement est mort. Nous, les membres de Rivina prenons dès aujourd'hui le contrôle de cette École. Et de cette ville. Vous avez sans doute compris à présent que malgré notre nombre nous vous dépassons aisément en puissance. Si vous vous rendez sans faire d'histoire, nous serons magnanimes envers les survivants. »

C'était… impossible… mais ils n'auraient eu aucun intérêt à bluffer de la sorte… ils avaient battu le Sous-Lieutenant… si facilement ? À voir leurs yeux écarquillés, nos ennemis eux-même ne semblaient pas y croire… je m'effondrai à genoux, sans pouvoir dire un mot, tandis que l'un des deux Sarunin nous scrutait… c'était une fille, cheveux noirs et raides, iris jaune, d'apparence frêle, qui semblait encore plus jeune que moi… elle arbora un sourire satisfait à la vue de notre renoncement… son complice était un homme au cheveux gris et maniant une longue épée dont la lame était maculée de sang… cela allait donc se finir ainsi ? Ces ordures allaient triompher et nous, nous soumettre comme des chiens ?! « Si vous vous rendez sans faire d'histoire… » C'était une plaisanterie ? Ils pensaient vraiment que nous allions nous rendre sans combattre plus que ça ?! Je n'arrivai pas à empêcher les larmes de couler mais plus que la tristesse, c'est la rage qui bouillait en moi à cet instant… la queue de cette fille se balançait à présent au bas de son dos comme pour nous narguer, et elle continuait d'arborer ce sourire sadique… mon corps parla pour moi à ce moment-là… je me jetai sur elle dans un cri mêlé de rage et de désespoir, formant dans ma main un mauvais brouillon de boule de feu, pour ne pas me rendre sans lutter, pour en tuer ou seulement blesser au moins un… elle avait baissé sa garde, mais le Sarunin aux cheveux gris se retourna plus vite qu'elle et pointa sa lame sur moi… je fus poussée hors de sa trajectoire… du sang jaillit… je retombai lourdement sur le sol, indemne…

« Sou… fin… je t'avais dit… de ne pas t'en mêler… »

Il me fallut un long moment avant de comprendre ce que mes yeux me montraient… du sang gouttait du bout de la lame, qui traversait un corps suspendu au dessus du sol…

« S… Seim…? »

Le Sarunin prononça quelques mots dans sa langue et jeta le corps dans ma direction, comme une poupée de chiffon, d'un regard stoïque… je touchai le visage désormais inerte de mon ami, persuadée qu'il ne pouvait s'agir que d'un horrible cauchemar… tout était devenu silencieux… un silence qui ne fut brisé que par mon cri perçant de douleur.



____________________________________________________________________________________




12 avril 1793 − Frontière de Dorowen, Dumia

Même l'accès par la mer était bloqué par des bateaux de patrouille… je n'avais aucune raison a priori de douter de l'efficacité de la surveillance des frontières, et il y avait peu encore j'en eusse été ravie, mais à présent cela ne m'arrangeait plus. Je désirais plus que tout préserver la paix et la sécurité de l'Union, mais je ne pouvais plus rester à ses côtés… pourquoi ? Comment les choses avaient-elles pu tourner ainsi ? Au début, même si porter un enfant était en soi une chose que je ne m'étais jamais imaginé, d'une certaine façon j'en étais heureuse… mais cette dernière échographie avait révélé autre chose, que je n'aurais pas pu prévoir… cette fameuse mutation qui avait plongé des familles dans le désarroi, et qui n'avait touché qu'une poignée de mères humaines… il avait cette fois fallu que cela tombe sur moi… son père était humain, il n'y avait aucun doute là-dessus ! Son père… comment avait-on pu en arriver là ? Personne ne savait que cet enfant était de lui, et j'étais persuadée qu'il ne dirait rien. Depuis qu'il avait appris que j'étais enceinte, il avait commencé à être plus distant avec moi, comme pour ne pas éveiller les soupçons. Mais je devais quitter l'Union le plus discrètement possible, tant que la nature de cet enfant était encore inconnue de tous, je n'avais plus le choix… car étrangement au moment où j'avais vu cet appendice anormal sur l'échographie, ce n'était pas pour moi que j'avais eu peur. En tant que Chasseuse, je savais quel était mon devoir lorsqu'une telle chose se produisait ! Mais à ce moment je n'étais plus une Chasseuse… j'étais une mère qui essayait de protéger son fils… je ne pouvais qu'espérer que ce médecin qui l'avait vu garderait le silence, mais pour combien de temps ?

Le seul refuge possible pour moi était de l'autre côté de la frontière… mais y parvenir sans être vue ne serait pas si simple. L'accès par la mer étant trop exposé, le mieux était encore de passer par la Montagne aux Oiseaux, il serait plus facile de m'y cacher et en cas de besoin de m'y reposer. Le soleil était déjà couchant, et profiter de la pénombre serait peut-être plus avantageux qu'attendre la nuit où de puissants projecteurs seraient allumés… c'était le moment où jamais. J'étais à cent mètres de la frontière, cachée derrière un rocher, dissimulant autant que possible mon aura. Là où autrefois trônait un simple panneau de bienvenue se dressait désormais une muraille dotée de vigies et de larges portes blindées. Assommer les Chasseurs directement aurait laissé trop de traces, alors je préparai trois petites bombes que j'avais emportées avec moi, et qui libéraient un puissant gaz soporifique, invisible et inodore, lorsqu'elles explosaient. Des gadgets très utiles développés récemment, notamment utilisés pour capturer des Sarunin vivants sans les blesser. Seuls inconvénients dans le cas présent : elles étaient très bruyantes et l'effet du gaz n'était pas immédiat… Il fallait faire en sorte de tromper les gardes sur la provenance des explosion, par exemple en jetant les bombes par dessus la muraille. En m'appliquant, c'était faisable. Mon nez et ma bouche couverts, je réglai l'explosion sur dix secondes, et d'un geste fluide et précis, les jetai loin en hauteur à trois endroits différents, histoire que le gaz couvre le plus de surface possible. Jetant un œil, je vis trois flashes très furtifs accompagnés de trois détonations successives.

Les Chasseurs se mirent immédiatement aux aguets, signalant le bruit suspect au quartier général… les gardes en bas de la muraille commencèrent à inspecter les environs en cherchant l'origine du trouble… c'était la partie la plus délicate : je courais le risque d'être découverte à tout moment… au bout de quelques minutes toutefois, alors que l'un des gardes se rapprochait dangereusement, je l'entendis prononcer les trois mots du soulagement : «Rien À Signaler». Mais combien de temps fallait-il à ce foutu gaz pour faire son effet ?! Alors que le garde en question retournait vers la porte, en jetant un coup d'œil je constatai que l'un des Chasseurs aux vigies commençait à bâiller, accoudé à la rambarde… et lorsque les deux hommes d'en bas regagnèrent leur poste, la première chose qu'il firent fut de s'assoir contre le mur en bâillant pareillement… une minute plus tard, ils dormaient tous comme des masses. Sans baisser ma garde, je m'avançai jusqu'aux portes et volai par-dessus, atterrissant de l'autre côté en douceur pour ne pas brusquer le bébé… les gardes de l'autre côté dormaient heureusement tout aussi profondément. Le plus dur était fait. La nuit était déjà complètement tombée lorsque j'arrivai sous le large panneau indiquant l'entrée de la ville de Doun' Kaos. Même de là, on pouvait voir la célèbre et mystérieuse Tour Karin, qui s'érigeait jusqu'aux cieux ; si une divinité résidait vraiment à son sommet comme on le racontait, j'espérais qu'elle m'offrirait un peu de répit… et alors que je déambulai dans la grande rue déserte à cette heure, je ressentis une aura assez forte… au loin, depuis les airs, une personne m'observait…



à suivre…
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Tinton2 » Mar 15 Juin 2010, 00:02

Coucou, c'est moi, ça va ? On s'embrasse ? :bierre:
Alors j'ai tout lu.
Comme ça fait longtemps que je n'avais pas lu ta fic, j'ai eu un mal de chien à remettre les persos à part deux ou trois, y'en a beaucoup beaucoup et comme les prénoms sont peu courants, j'ai eu du mal à les replacer dans l'histoire.
Une fois ce souci passé, j'ai tt de suite replongé dans l'histoire, c'est toujours aussi entraînant et bien écrit et malgré la 60aine de pages que j'ai lues d'un coup, je t'ai maudit qd j'eus tout fini. :yes:
Alors deux petits défauts, un sur les fautes d'orthographe, dans l'ensemble c'est très bien mais y'a une faute récurrente, les "quant à..." que tu écris "quand à..." et à chaque fois j'ai tilté en me disant "de quoi c'est quand ?". Non mais je chipote là, c'est très bien.
Et le second concerne l'histoire, un truc m'a gêné. Je pensais que les niveaux des guerriers était bien plus bas, or quand tu mets que nezumaru se transforme en super guerrier, ça veut dire qu'il peut détruire la terre en un coup.
Nezumaru était un poil plus fort que le héros qd il est parti si je me souviens bien. Le héros ne connaissait même pas l'existence des boules de feu et un an plus tard, Nezumaru est un super guerrier. Ca fait un trop gros bond je trouve. Pour tout te dire, je voyais les plus forts guerriers de la terre au niveau de Tenshinhan lors du premier tournoi auquel il participe.
Enfin bon, tu as sans doute prévu ça aussi, je te fais confiance. Vivement la suite.
Bisous bisous.
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mer 16 Juin 2010, 14:16

:heink2: :coolspot: :omg:
Un commentaire !!!

Concernant Nezumaru, il n'était pas juste un peu plus fort que Kyôjô, comme c'est dit ce dernier n'a jamais réussi à le mettre à terre une seule fois. Après deux éléments sont intervenus : une «near death experience» lorsqu'il a avalé la pilule de mort simulée − et il a craint de mourir pour de bon à ce moment là ; puis ensuite l'entraînement dans l'armée, qui transforme déjà de simples humains en brutes, alors un Sarunin ultra-doué… c'est allé vite. Cela dit il est vrai que j'ai mal calculé en faisant un délai d'un an, c'est vraiment court pour faire tout ce que Nezumaru et Jinei ont fait… d'ailleurs dans la version que je publie sur Mirage-Team j'ai changé et mis un intervalle de deux ans (fondamentalement ça ne change rien mais ça fait moins juste)…
Pour la transformation en Super Saiyen il faut dire que même au cours de DBZ le «niveau d'exigence» n'est pas resté longtemps très élevé ! Les métisses humain-Saiyen (c'est-à-dire les premiers Sarunin en fait) ont eu tendance à atteindre ce niveau beaucoup plus vite, sans pour autant être capables de faire sauter la planète à mon avis, que ce soit Trunks du futur dans l'OAV, le petit Trunks ou Son Goten…

Pour tout te dire, je voyais les plus forts guerriers de la terre au niveau de Tenshinhan lors du premier tournoi auquel il participe.


Oulà, les Commandants ne sont quand même pas aussi «faibles». Je n'ai pas vraiment d'idée précise de leur niveau par rapport aux «Z-Warrior», je dirais qu'ils sont monstrueux par rapports à un Piccolo Daimaō mais ridicules par rapport ne serait-ce qu'au Vegeta du début… seul Nezumaru est vraiment loin au-dessus du lot.
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Re: Kuroki un fic sur DBZ(ou presque)

Messagepar Itachi-san » Mar 16 Nov 2010, 00:26

Rappel des personnages :

SARUNIN

Kyôjô (26 ans) :
Sarunin possédant une grande rancœur envers les humains. Il a rejoint Rivina, une organisation de Sarunin projetant de se venger de l'humanité. Il ne se sépare jamais de son épée Ryūketsu.

Nezumaru/Kalza (27 ans) :
Un Sarunin particulièrement puissant. Autrefois meilleur ami de Kyôjô, il a feint sa mort pour infiltrer l'armée de l'Union et devenir Commandant de l'École Vegeta.

Kina (23 ans) :
Petite sœur de Nezumaru, longtemps amoureuse de Kyôjô. Une maladie pulmonaire très rare la rend plus faible que ses congénères, mais après que Kyôjô les a abandonnés elle décide avec Jin d'étudier la société humaine et de l'intégrer à terme. Ils vivent désormais à Suhltemi, un village humain qui les héberge clandestinement.

Jin (17 ans) :
Petit frère de Kyojo, il considère Kina comme sa grande sœur même si ils ne sont pas liés par le sang.

Vaki (mort à 31 ans) :
Sarunin aigri, un temps membre de Rivina et qui avait la faculté d'entendre les pensées des gens. C'est lui qui apprend à Kyojo l'existence de l'organisation. Peu après, il finit par se repentir, avant d'être tué par Lyendith. Les nombreux humains qu'il a tués lui valent le surnom de Cue-Limyos («rouge-sang»).

Derisya (40 ans) :
Un des tout premiers membres de Rivina, il a supervisé l'entraînement de Kyôjô quand ce dernier les a rejoints. Il a un chien nommé Koka.

Sevani (38 ans) :
Petite amie de Derisya.

Danto & Danki (24 ans) :
Des jumeaux farceurs mais très doués pour le combat. Ils ont accueilli Kyôjô à son arrivée à Rivina.

Nafari (15 ans) :
La protégée de Kyôjô, qu'elle respecte beaucoup. Elle est l'un des membres les plus jeunes de Rivina.

HUMAINS

Junkoku :
Commandant de l'École Son Goku, leader un brin tyrannique au passé trouble. Il devient vite ami avec Kalza à cause de sa force et de son culot.

Marina (23 ans) :
Lieutenant, apprentie et en quelque sorte fille adoptive de Junkoku, avec qui elle entretient une relation ambiguë. Elle est tombée amoureuse de Kina lorsqu'elle l'a rencontrée, ce qui lui a valu quelques ennuis.

Lyendith (36 ans) :
Rendue célèbre par sa beauté et ses yeux argentés, elle est le Commandant charismatique de l'École Son Gohan. Elle a découvert l'identité du chef de Rivina : Jinei, son ancien Commandant, officiellement exécuté pour trahison et qui avait mystérieusement disparu. Après avoir tué Vaki, elle a «hérité» de son pouvoir bien malgré elle.

Dolann (39 ans) :
Le Lieutenant flegmatique mais non moins efficace de Lyendith.

Gando (55 ans) :
Scientifique fasciné par les Sarunin. Il aimerait retrouver Kina pour perfectionner le remède à sa maladie.

Tawava Gazikye (64 ans) :
Ex-Commandant de Vegeta devenu Roi de l'Union.

Kain (76 ans) :
Ex-Commandant de Son Goku qui s'est retiré de l'armée, ne comprenant plus le but de la Chasse aux Sarunin. Il a fondé une école d'arts martiaux dans le pays de Dorowen par la suite.

MÉTISSES

Ciana (21 ans) :
Fille de Senae et d'un père Sarunin qu'elle n'a jamais connu, elle étudie les arts martiaux dans l'école de Kain. Elle vit une vie paisible et relativement ordinaire avant d'être capturée malgré elle par l'armée et de rencontrer Vaki. Ce dernier la protège et lui permet d'échapper à Lyendith. Depuis, elle essaie d'établir le contact avec les Sarunin.

Hevi (17 ans) :
Enfant turbulent et asocial, très doué pour le combat, qui a vécu sous la tutelle de Kain après la mort de ses parents. Il n'aime pas les Sarunin mais parle leur langue. Une nuit de pleine lune, il rencontre Kyôjô par hasard et le voit se transformer en monstre, frôlant la mort. Il a rejoint Rivina pour une raison inconnue.


Résumé des chapitres précédents :

Nous sommes désormais en 1793. Rivina est devenue suffisamment puissante pour s'emparer d'une École et le monde est plus que jamais divisé entre ceux qui veulent en finir une fois pour toute avec les Sarunin et ceux qui cherchent au contraire à nouer des liens avec eux. Certains pays ont quitté l'Union et les frontières ont été fermées. À Dorowen, Ciana rencontre une femme qui semble porter un enfant interdit…




Chapitre 18
Résurrection
生変
(Première partie)


14 avril 1793 − Doun' Kaos


« Senae ? Tu travailles aujourd'hui ?

−Euh, non… je dois rencontrer Kain, il veut me montrer quelque chose apparemment…

−Ah bon… bon anniversaire à ta fille en tout cas ! »

Kelfa repartit avec un salut de la main et un grand sourire… Bon anniversaire… Ciana n'avait pourtant pas eu l'air très enthousiaste en fêtant ses vingt-et-un ans… elle avait semblé ailleurs. Elle m'avait assuré − à mon soulagement… − que ça n'était pas à cause du repas, puis le lendemain m'avait demandé de venir chez Kain. Était-il arrivé quelque chose de grave ? Je n'espérais pas, mais la mine peu joyeuse qu'elle arborait quand je la rencontrai devant l'entrée du dojo n'était pas faite pour me rassurer… cela, plus son silence total lorsqu'elle me guida dans les escaliers et l'après-midi pluvieuse, rendait l'atmosphère particulièrement lourde. Nous étions presque au dernier étage de la tour lorsqu'elle s'arrêta devant une porte en bois en prenant soin de regarder aux alentours et de parler à voix basse…

« Maman, Kain m'a autorisée à te faire venir ici, mais ce que tu verras dans cette chambre, tu ne dois en parler à personne.

−Je… je vois…

−Promets-le moi. insista-t-elle avec un regard étonnamment sévère.

−Hein ? Euh, d'accord… Je ne dirai rien, je te le promets… »

Tournant la poignée avec appréhension, elle signala sa présence et la voix de Kain lui permit d'entrer… je fus effectivement surprise mais ne compris pas tout de suite ce que la situation avait de si choquant. La pièce était assez petite, n'était pas du tout décorée et semblait-il emménagée à la va-vite, avec un lit, quelques chaises et un pichet d'eau sur une table de chevet en bois. Kain se tenait debout près de la fenêtre et le lit en question était occupée par une superbe femme aux yeux noirs et aux cheveux châtains, noués d'une tresse sur le côté droit. Son ventre rebondi indiquait une grossesse déjà bien avancée, et elle me fixait, apparemment avec curiosité.

« Maman… je pense que tu commences à saisir pourquoi tout cela doit rester secret.

−C'est donc vous, la mère de Ciana ? »

Je ne comprenais pas tout… si l'enfant de cette femme était comme ma fille, il n'y avait pas de raison de la cacher : nous étions à Dorowen après tout. Pourtant je commençai à ressentir comme un malaise… ce visage et cette tresse ne m'étaient pas inconnus… et ce regard perçant qui semblait scruter en moi…

« Je… ne vous ai pas déjà vue quelque part… ?

−Il y a des chances, en effet… »

Mes yeux s'écarquillèrent petit à petit, à mesure que je réalisai qui j'avais en face de moi.

« Vous… vous êtes…

−… le Commandant Lyendith, oui. poursuivit Kain d'une voix stoïque.

−Je ne suis plus Commandant, j'en ai bien peur… répliqua-t-elle, toujours en me scrutant.

−Mais… mais, mais, comment… j'avais entendu dire que le Commandant était enceinte, mais… cet enfant, pourquoi est-il…?

−Ne vous méprenez pas. m'interrompit-elle. Votre fille a peut-être un père Sarunin, même si ça me donne la nausée de l'admettre. Mais celui de cet enfant est humain. Et pourtant mon fils a une queue. Une saleté de mutation imprévisible. Il a fallu que ça tombe sur moi…

−Ah, oui… répondit Kain. c'est ça la «version officielle»…

−Vous recommencez avec ça ! Puisque je vous dis que je n'ai jamais copulé avec un de ces foutus singes ! »

Le ton de sa voix était étrange… elle parlait violemment et avec dégoût mais semblait se forcer à les arborer ; comme si elle voulait se convaincre que son enfant ne pouvait pas être… mais il était clair qu'au fond, elle avait des doutes. Peut-être que ce père avait sans le savoir un ascendance Sarunin lointaine, qui avait ressurgi chez l'enfant ? Une amie vivant à Lumis m'avait dit que de nombreuses rumeurs avaient circulé sur son identité ; mais je comprenais forcément mieux à présent pourquoi elle gardait le silence à ce sujet.

« Quoi qu'il en soit… reprit-elle. Je… je ne peux plus assurer mon rôle sereinement…

−Je me demande… dit Ciana, perplexe. même si cet enfant a une queue…

−Est-ce que je ne pourrais pas l'élever comme un enfant ordinaire, si son père est humain ? Question stupide… »

Ciana détourna son regard devant le ton sec du Commandant… cette dernière se leva tant bien que mal, Kain restant sans réaction et ma fille esquissant comme un mouvement réflexe pour l'aider avant de se rétracter.

« Lorsqu'un enfant à queue naît au sein de l'Union, les consignes sont claires : le Commandant et le Lieutenant du Secteur correspondant doivent être prévenus, et la mère doit avoir interdiction d'enfanter à nouveau. Les gens qui savent sont priés de se taire, et croyez-moi ils le font.

−Hein…? fit Ciana. Et… et que devient l'enf…

−Il est éliminé. »

Kain se contenta de fermer les yeux, laissant un silence de plomb régner dans la pièce. Mon souffle fut coupé un long moment. Ma fille plaqua sa main sur sa bouche, semblant se retenir de vomir, en prenant l'une des chaises…

« Excusez-moi… balbutia-t-elle. Je… je ne me sens pas bien…

−Tu sais maintenant à quoi tu as échappé en naissant ici, petite. » finit-elle, sans regarder Ciana.

Mais bien qu'horrifiée par l'atrocité de ces pratiques, je ne pus empêcher la curiosité de poindre dans mon esprit…

« Ah oui… il y a aussi des cas d'enfants développant très jeunes une force physique et un appétit anormaux, sans pour autant avoir de queue. Ils sont supposé êtres traités pareillement mais ils sont plus rares et beaucoup plus difficiles à détecter. Au cours du siècle écoulé, les cas de ce genre répertoriés se comptent sur les doigts d'une main. Certains vivent peut-être même parmi nous sans que nous le sachions… » conclut-elle le regard dans le vide.

Elle se retourna soudain vers Ciana, la bouche entre-ouverte mais sans dire un mot, avant de se tourner à nouveau vers moi…

« Petite… je sais pourquoi tu as amené ta mère ici. Tu espères qu'en tant que mère d'un enfant interdit elle me comprendra, m'aidera à accepter mon fils et à l'élever ? Je n'ai pas besoin de son aide et je ne veux pas qu'elle s'en mêle. Tu n'aurais pas dû lui en parler. »

Quelque peu vexée qu'on parle de moi à la troisième personne, je ne pus cependant pas répondre, une nouvelle fois… elle avait raison sur un point : tout cela ne me concernait pas a priori ! Mais si Ciana m'avait mise dans la confidence, c'était sans doute aussi pour ne pas avoir à me le cacher en permanence et à m'inquiéter inutilement…

« Tu dis que tu n'as pas besoin d'aide, nota Kain, mais c'est bien pour ça que tu es venue vers moi, non ?

−Vous, c'est différent. Vous êtes un ancien Commandant de l'Union, et donc la seule personne à même de comprendre ma situation.

−Et tu penses pouvoir me faire confiance au point de tout me dire ?

−Je sais que vous ne me dénoncerez pas. Vous jouez les repentis, mais vous avez gardé votre fierté de Commandant et une certaine rivalité avec le Roi, je le vois bien…

−Hum… effrayante de perspicacité. Tawava ne m'a pas menti… » finit-il en ricanant.

Me sentant de moins en moins en phase avec ce qui se passait, je ressentis le besoin de dire quelque chose d'inutile… n'importe quoi, ne serait-ce que pour rappeler ma présence…

« Euh… mademoiselle…

−… qu'y a-t-il ?

−Rien… j'avais entendu des histoires à votre sujet sur…

−Ah… ça ? fit-elle en souriant pour la première fois. Certes, si vous y tenez… »

Elle se retourna un instant en baissant la tête, semblant enlever quelque chose de ses yeux, puis posa deux petites lentilles sur la table de chevet… lorsqu'elle se retourna, je les vis enfin… leur réputation n'était pas usurpée, et il n'était guère surprenant qu'elle cherchât à les dissimuler tant ces reflets argentés étaient reconnaissables entre mille… la profondeur de ce regard le rendait aussi sublime qu'oppressant… et au bout de quelques secondes, je détournai les yeux.

« Ils sont magnifiques, n'est-ce pas ? Pourtant personne n'ose les regarder en face. Un seul homme a eu ce courage. Un seul homme a réellement cherché à me connaître… »

Sa voix se fit étrange à la mention de cette personne… presque mélancolique… cet homme dont elle parlait, c'était…?

« Maintenant que tu sais, Senae, il va sans dire que toi et ta fille devrez observer la plus grande discrétion à ce sujet. Lyendith va rester ici au moins jusqu'à son accouchement, nous nous arrangerons pour que personne ne s'aperçoive de son identité d'ici là. En attendant… vous pourrez retourner à votre vie de tous les jours.

−C'est tout ? s'insurgea Ciana. Vous nous mettez dans la confidence et vous nous congédiez comme ça, en nous demandant de faire comme si de rien n'était ?!

−Ne monte pas sur tes grands chevaux, petite ! »

La voix de Lyendith se fit plus menaçante cette fois…

« Nous sommes en guerre ! Kain m'a raconté ce que tu faisais de tes journées ici, à aider tes camarades Sarunin. Vu les récents évènements, l'Union ne pourra plus tolérer très longtemps vos petits élans de solidarité envers ses ennemis, alors n'aggrave pas ton cas et reste à ta place ! Tout ça te dépasse, évite de t'en mêler, c'est compris ? »

Devant ces multiples mises en garde, Ciana n'insista pas… les récents évènements… même si elle ne le montrait pas, la désormais ex-Commandant en avait sûrement été affectée personnellement. Car ce que le monde avait découvert deux jours auparavant risquait bien de fragiliser encore un peu plus la cohésion de l'Union…


____________________________________________________________________


14 avril 1793 − Suhltemi, Gokumu


Une respiration irrégulière et saccadée. Des toussotements. De la sueur. Des spasmes et des mouvements de panique dus au manque d'oxygénation. Puis un coma de quelques heures. Ces symptômes je ne les avais observés que trop souvent. Je pensais y être habitué. Mais à chaque fois une peur irrépressible s'emparait de moi… et si c'était la dernière ? Et si elle ne se réveillait pas cette fois ? Mon esprit envisageait toujours cette hypothèse mais s'efforçait en même temps de la rejeter. Je ne voulais pas y croire. J'étais terrifié… les remèdes étaient de moins en moins efficaces, et les crises de plus en plus fréquentes… comme à chaque fois, je restai avec cette peur au ventre au chevet de Kina, espérant que ma présence l'aiderait à se réveiller. En deux années de vie à la surface, nous avions accompli bien plus que nous ne l'avions espéré, et sans l'aide des habitants de Suhltemi, cela n'eût sans doute pas été possible… mais il restait énormément de chemin à faire pour contrer la haine des Sarunin qui gangrénait l'Union. Keirin s'était faite connaître lentement mais sûrement dans la Région de Gokumu, tout en parvenant à agir discrètement ; mais nous étions encore trop peu nombreux pour agir plus loin. Le temps pressait, et Rivina montait rapidement en puissance, elle. Ça n'était pas si étonnant : soumettre les humains par la force était pour nombre de mes congénères une idée bien plus séduisante que s'acharner à changer leur mentalité. Pour la simple raison que les Sarunin en avaient assez d'attendre. Et en un sens, je ne pouvais pas leur en vouloir. Cet homme leur avait offert l'occasion de prendre leur revanche sans tarder, et beaucoup avaient sauté dans le piège à pieds joints… j'en avais été un témoin direct…

Le professeur Gando observait Kina, perplexe, en prenant des notes comme à l'accoutumée… je n'aimais pas cet homme. Par un heureux hasard, le plus grand expert sur la maladie de Kina travaillait dans une ville à quelques kilomètres du village, mais son attitude… m'écœurait…? Oui, c'était le mot. Il ne haïssait pas les Sarunin mais son intérêt pour eux semblait se limiter aux « données expérimentales » qu'ils lui procuraient. On n'était que de fascinants cobayes à ses yeux… Kina ne bronchait pas mais je voyais bien qu'elle avait la même impression. Sentant peut-être mon regard circonspect sur lui, il détourna un instant les yeux de ses notes.

« Quelque chose ne va pas, jeune homme ? »

Je continuai à le regarder un moment, le rendant semblait-il un peu nerveux.

« Rien. Mais que ce soit bien clair : j'ai pas du tout confiance en toi.

−Il le faudra bien… répondit-il en déglutissant. Il y a quatre ans le Commandant Kalza avait ordonné qu'on protège cette fille si on la trouvait aux côtés d'un Sarunin maniant une épée ; mais aujourd'hui, vue la situation actuelle cet ordre n'a plus lieu d'être. Je ne peux pas laisser un suj… un patient aussi important se faire tuer par les Chasseurs ! Je ne vous dénoncerai pas…

−Mais si ma sœur n'était pas un « sujet aussi important », tu l'aurais déjà fait, pas vrai ? », conclus-je, le faisant reculer craintivement.

Pendant un instant, mes pensées s'attardèrent sur ce Commandant Kalza… c'était la première fois que Gando le mentionnait clairement. Ce type avait beau être Commandant, les gens en parlaient très peu et semblaient ne pas savoir grand chose sur lui… je n'avais jamais vu de photo de lui dans les journaux ou à la télé, comme si il se tenait éloigné de ce que les humains appelaient les « médias »… pourquoi s'était-il intéressé à Kyôjô et Kina ? Peut-être qu'il les avait observés de loin et avait été intrigué par eux ? Parfois j'avais vraiment l'impression que… non, c'était absurde. Je ne devais pas me laisser perturber par des fantasmes ridicules, il y avait trop de choses à faire. Trop de choses…

« Quatre mois… lança soudain Gando.

−… Pardon ?

−Trois ou quatre mois… c'est le temps qu'il me reste pour réussir. En étant optimiste.

−De… de quoi… tu parles au juste…? »

Il se tourna vers moi le visage grave, mais hésita à aller dans le détail, comme par peur de ma réaction…

« Votre sœur n'a plus que quatre mois à vivre. Voilà ce que veux dire. »

J'avais mal entendu… j'avais forcément mal entendu ! Ou il me faisait une mauvaise blague. Il ne pouvait pas lui rester aussi peu de temps ! Sans m'en rendre compte je bondis de ma chaise et l'attrapai par le col. Il tremblait de tous ses membres, et moi aussi… ça ne pouvait être qu'un mensonge !

« Te fous pas de moi, Gando ! Tu as dû te tromper dans tes calculs où je ne sais quoi !

−Je… je je… je ne pense pas… les… les remèdes partiels sont de moins en moins efficaces et… et il me faudra du temps pour analyser toutes les données…

−Alors accélère la cadence !

−Ça n'est pas si simple ! »

Son hurlement fut soudain et me frappa comme un marteau, mais me fit à peine reprendre mon calme…

« Il… il faut voir la vérité en face… même si par miracle j'arrivais à mettre au point un remède définitif d'ici trois mois, il est sans doute déjà trop tard pour elle… la maladie est à un stade bien trop avancé…

−Déjà trop tard… répétai-je inconsciemment. Tu veux dire… que tout ça n'aura servi… à rien…?

−Je… je ne dirais pas ça. Mon intervention a permis de retarder un peu l'échéance… et grâce à elle j'ai plus d'élément que je n'aurais jamais pu en espérer pour guérir cette maladie… on peut dire que Kina a indirectement sauvé des enfants humains à venir. »

Que d'excuses… qu'est-ce que ça pouvait faire ? Notre entreprise n'en était encore qu'à sa construction, ça ne pouvait pas s'arrêter comme ça… elle ne pouvait pas m'abandonner… je finis par lâcher Gando et arrivai à peine à retenir des larmes de perler en m'effondrant sur ma chaise… Kina allait bientôt…

« Qu… qu'est-ce que je dois lui dire…?

−La vérité… en tant que médecin, j'ai déjà été confronté à ce genre de situation. La mort est moins douloureuse lorsqu'on y est préparé… alors… mieux vaut ne rien lui cacher. »

Pour la première fois, j'avais ressenti un semblant de compassion dans sa voix… pour la première fois, il avait parlé de Kina comme d'une personne. Il ne mentait pas. Et il me laissa seul avec mes pensées tortionnaires en quittant la pièce…





Elle souriait. Comme toujours. La nouvelle semblait à peine l'avoir effleurée. Elle n'était même pas surprise…

« Grande Sœur, je…

−Ça ira, Jin. Je m'en doutais un peu, je suis la mieux placée pour le savoir après tout. Et alors ? ricana-t-elle. Je dois me donner à fond pendant le temps qu'il me reste, voilà tout ! Comme ça je partirai sans regrets… et je t'interdis d'être triste ! Ici, on fête les défunts, on ne les pleure pas ! » finit-elle d'un doigt faussement réprobateur.

Décidément, je ne la connaissais pas autant que je le croyais… elle parlait de son destin funeste comme d'un banal sujet de conversation… comment avais-je pu croire que ça allait l'ébranler ? Elle était forte, trop forte pour moi… me rendant compte que c'était finalement moi qui avait le plus peur, je me sentis un peu ridicule, mais… c'était elle qui avait eu l'idée de Keirin, j'ignorais si j'allais être digne de diriger le groupe quand elle ne serait plus là. Quand elle ne serait plus là… Rien à faire, j'étais terrifié !

« N'y pense plus, Jin… même si je meurs, ça ne sera pas la fin. Le chemin est encore long.

−Elle a raison, petit, faut pas se laisser abattre ! »

Je ne l'avais pas senti arriver… Elkehm, la fille des doyens. Ronde, la cinquantaine, toujours l'air enthousiaste, « ne pas se laisser abattre » semblait être sa phrase favorite. Elle était surtout un des premiers membres de Keirin, et foisonnait d'idées pour faire passer nos messages. On lui devait notamment la création d'un journal satirique clandestin − curieusement appelée « le Chaînon Manquant » − et pas mal de dessins sur des tracts…

« Pour notre petite virée en ville de cette après-midi, j'ai demandé aux gars de se presser un peu pour finir le numéro de cette semaine. lança-t-elle en posant un carton sur une table. Dites-moi un peu ce que vous en pensez ! »

Elle lança un exemplaire à Kina, qui à la lecture de la première page éclata de rire sans tarder en toussant. Il était vrai qu'Elkehm avait un style particulièrement incisif, elle savait toujours trouver la formule qui faisait mouche… très franchement, utiliser l'humour comme arme contestataire était une chose qui ne nous aurait jamais traversé l'esprit ; forcément, notre vie sous terre n'était pas ce qu'il y avait de plus gai.

« Ha ha ha ! Un balai-brosse… n'importe quoi…

−Contente que ça te plaise, ma belle ! Par contre on va avoir du mal à le distribuer à la ville de Kennan : ils pensent que leur planque a été repérée, ils ont dû déménager.

−Je vois… répondis-je. Le tunnel vers Sino avance ?

−Comme sur des roulettes. Enfin, pour l'instant, c'est le passage sous la frontière qui va être le plus compliqué.

−Cette fermeture des frontière est vraiment chiante… je me demande vraiment si on ne pourrait pas…

−Jin ! pesta soudain Kina. Tu sais très bien qu'on ne peut pas faire ça ! Même si c'est sûr que ça faciliterait les choses d'avoir des contacts à Sino, ou même Pikie…

−Hm ? Vous pouvez pas faire quoi ? »

Utiliser les réseaux de tunnels d'Arata, dont les entrées étaient si bien cachées qu'un siècle de Chasse n'avait pas permis de les découvrir… mais Kina avait raison : il nous était absolument interdit d'y faire entrer des humains, ou même de leur en parler. Le risque de fuite était bien trop grand, et de toute façon les autres Sarunin ne le permettraient jamais. Ça n'était définitivement pas une bonne idée…

« Euh… Elkehm… balbutia Kina. Puisqu'on va en ville, je pourrais mettre des vêtements plus… euh… confortables ?

−Toutes les femmes d'ici portent la Qimma, c'est nécessaire pour être reconnue comme membre du village. Tu es bien la seule à ne pas t'y être habituée en deux ans ! Regarde ton frère, il n'a aucun mal à porter la Nelma ! »

Moui… si on voulait… il faisait atrocement chaud dans ce truc…

« Mais je ne peux pas marcher avec ça… si au moins Lusah nous apprenait à voler…

−Laissez-le tranquille, vous devriez déjà le remercier d'avoir bien voulu vous apprendre à dissimuler votre aura. »


Le trajet vers la ville voisine se fit sans accroc, comme d'habitude. L'entrée était plus compliquée, des gardes fouillant tous les arrivants. Les capsules avaient comme inconvénient − comme avantage pour nous − d'être très faciles à cacher. Et les Qimma de mettre en valeur les formes féminines, ce qui rendait la fouille quelque peu embarrassante pour les Chasseurs.

« Bon… dit l'un d'eux en rougissant légèrement tandis qu'il déployait les capsules que nous lui donnions. Qu'avons-nous là…

−Oh, c'est juste quelques vieilles bricoles qu'on allait troquer en ville. Mais allez-y, vous pouvez regarder…

−Hum… je ne vois rien de suspect. Vous êtes de Suhltemi je me trompe ? Bien, circulez… et au passage… vous êtes ravissantes dans ces robes mesdemoiselles…

−Héhé ! Elles sont faites pour ça ! Bonne journée à vous ! »

La bonne humeur apparente d'Elkehm face aux Chasseurs, pour qui elle avait le plus sincère mépris, avait de quoi désarmer… Kina répondit au compliment d'un sourire embarrassé et nous pûmes nous séparer une fois dans le centre ville. Je me dirigeai de mon côté vers un bar tenu par un type qui nous soutenait en secret. Une sorte d'indicateur. Sa bonhommie et ses bonnes relations avec ses clients le rendaient plus ou moins insoupçonnable, même si évidemment on évitait de trop lui en dire sur nous…

« Oh ! Si c'est pas le p'tit Jin… toujours à porter ce machin sur le dos, pourquoi tu t'habillerais pas plus léger ?

−Elkehm m'arracherait les yeux… le patron est là ?

−Ah… euh… non, pas aujourd'hui… il a pris quelques vacances… répondit-il en baissant les yeux. Dis-moi plutôt, ta sœur canon est pas venue avec toi cette fois ?

−Can… elle s'appelle Kina ! Et puis qu'est-ce que ça peut te faire ? fis-je un peu irrité. Bon, si le vieux est pas là, je repasserai plus tard… »

Je scrutai un instant autour de moi… aucun Chasseur ne se trouvait dans le bar, mais je sentais une atmosphère inhabituellement austère dans les environs… les auras des Chasseurs sillonnant la ville semblaient plus nombreuses et plus imposantes… peut-être n'étais-je pas encore assez habitué à les sentir ?

« Dis… il y a plus de Chasseurs que d'habitude aujourd'hui, non ?

−Ah… tu trouves… peut-être… »

Comme lorsque j'avais mentionné son patron, il avait soudainement perdu sa bonne humeur… et une goutte de sueur avait perlé sur sa tempe.

« Il s'est passé quelque chose ici ?

−Je… pourquoi tu me demandes ça à moi ?! J'en sais rien ! Si t'as rien d'autre à faire, bonne journée. »

Maintenant que j'y pensais… tout le monde en ville semblait arborer une mine des mauvais jours, et le serveur semblait mort de peur… à peine fus-je sorti du bar que le téléphone qui me permettait de rester en contact avec Kina et Elkehm sonna.

« Jin ? Tu l'as senti aussi ?

−Ouais… j'espère qu'on a pas été découverts, dis ?

−Je ne pense pas que ce soit ça, non… j'ai croisé des Chasseurs, ils avaient l'air tendus mais surtout…

−Surtout ?

−Ils avaient l'air très puissants, ça n'est pas habituel dans une petite ville comme celle-ci. Apparemment il y a des rumeurs de disparitions ces derniers jours, tout le monde à peur…

−Des disparitions… c'était donc ça. C'est Rivina, tu crois ?

−Il y a des chances, malheureusement… j'ai déjà prévenu Elkehm, on ne devrait pas s'attarder plus longtemps ici. On se retrouve à l'entrée.

−Je te suis… tu as quand même pu en «distribuer» quelques uns ?

−Euh… non, je n'ai pas vraiment eu le temps. Mais peu importe, à tout-à-l'heure… »

Elle avait elle aussi l'air tendu, mais pour une autre raison… mais qu'est-ce qui se passait à la fin ?



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5 mai 1789 − QG de Rivina, frontière de Sino


Nos regards se croisèrent. Nous nous scrutâmes. Nous nous reconnûmes. La seconde d'après, comme un réflexe, nous nous élancions l'un à l'encontre de l'autre. Poing contre poing. Le contact produisit une légère onde de choc, sous le regard sans doute médusé de Koyan et Derisya, dont le chien se mit à grogner.

« Oh… vous vous connaissez à ce que je vois ?

−Koyan, arrête-les au lieu de les regarder !

−Ça va, ils se disent juste bonjour… »

Sans prêter attention à ce que disaient les deux autres, je fixai mon adversaire avec un sentiment de colère, mais surtout d'incompréhension…

« Toi… t'es le gamin de la dernière fois !

−Qu'est-ce qu'un faiblard comme toi peut bien foutre ici ?

−Je peux te poser la même question… pour quelqu'un qui haie les Sarunin, tu as de drôles de fréquentations !

−Ça me regarde, et c'est pas à toi que j'ai affaire, dégage de là ! »

Nos poings se séparèrent, et en reculant, instinctivement j'agrippai le manche de mon épée… avant qu'une main saisisse mon poignet.

« Holà, m'interpela la voix profonde de Koyan, c'est un peu exagéré pour un simple bonjour, tu ne crois pas ? »

Sans qu'il dise un mot de plus, son regard m'indiqua clairement ce qu'il me signifiait : « arrête ça tout de suite si tu tiens à rester parmi nous ». Je me retournai vers le gamin, dont le regard était toujours braqué sur moi, malgré sa dernière phrase… mais ce n'était pas le regard arrogant et dédaigneux qu'il avait arboré lors de notre précédent combat : il semblait plein… de méfiance. Il posa ensuite un instant le même regard interrogateur sur Derisya. Puis sur Koyan.

« Si ce n'est pas à Kyôjô que tu as affaire, gamin, je suppose que c'est à moi ? On m'appelle Koyan, tu vas peut-être nous dire comment toi, tu t'appelles ? »

Il sembla hésiter, avant de prendre confiance et de quitter le seuil de l'entrée pour s'avancer vers le chef de Rivina.

« Hevi. C'est le nom que mes parents m'ont donné.

−Original comme façon de se présenter… mais dis-moi, Hevi, comment tu nous as trouvés, sans que je ne m'aperçoives de rien ?

−Ça… il y a quelques semaines, je suis tombé sur un de vos membres qui m'a parlé de l'organisation et d'une base à Kukai. Au début ça m'emballait pas vraiment, mais… j'ai fini par me décider, et j'ai voyagé jusqu'ici. Une fois ici j'ai cherché une aura de Sarunin et j'ai fini par en trouver une. J'ai un peu amplifié mon aura, le type du guichet a réagi et quand je lui ai parlé en Sarunin il m'a dit où aller.

−Tu tu fous de nous ?! m'emportai-je. Pourquoi un humain comme toi aurait…

−Kyôjô. dit posément Derisya. Tu n'as toujours pas compris ? Ce gamin est comme Koyan…

−En effet… Derisya, va présenter d'autres membres à Kyôjô si tu veux mais… laissez-nous seuls. Cet enfant et moi avons des choses à nous dire…

−Mais enfin…

−Kyôjô, tu as entendu ce que le chef a dit. On détaillera ton cas quand ils auront fini, suis-moi. »

Je renonçai à protester et quittai la pièce, mais n'en pensai pas moins… qu'est-ce que ce gamin pouvait bien chercher en rejoignant des rebelles Sarunin ?

« Derisya, ce Hevi ne m'inspire vraiment pas confiance.

−Je vois ça. répondit-il en s'asseyant sur un des bancs de la salle principale. C'est vrai que ça surprend toujours de voir un Sarunin sans queue.

−Il n'y a pas que ça ! Je me suis battu contre lui avant de rencontrer Vaki, à Dumia. Il a peut-être un nom Sarunin et une force de Sarunin et il parle peut-être notre langue… mais il n'avait clairement aucune sympathie pour notre cause la dernière fois que je l'ai vu.

−Ça n'est pas si étonnant… les mères de Sarunin comme lui sont généralement soupçonnées de trahisons et bannies d'Arata pour peu que leur communauté ait des règles strictes. Ça n'a pas dû être facile pour lui.

−Mais alors pourquoi nous rejoindre si il en veut aux Sarunin ?

−Qui sait ? Il en veut peut-être encore plus aux humains. Quoi qu'il en soit il a sans doute ses raisons ; si le chef le juge digne de confiance, je ne vois pas d'objection à l'accueillir. Si il trouve une famille ici, son ressentiment envers ses congénères s'atténuera… peut-être que c'est ce qu'il cherche. Au fait, tu me dis que tu t'es battu contre lui ? Qui a gagné ? »




12 avril 1793 – Olomo, En


Qui avait gagné…? J'avais eu beau essayer de me le rappeler durant ces quatre années, le dernier souvenir que j'avais de ce combat restait toujours le même : une pleine lune resplendissante, et un sentiment total de vide intérieur. Le matin suivant, Jin et Kina m'avaient retrouvé nu dans la neige, et mon adversaire avait disparu… il ne faisait aucun doute qu'il m'aurait tué cette nuit-là si il l'avait pu. Et après nos «retrouvailles» à Rivina, le peu de fois où nous nous rencontrions il était clair qu'il cherchait à m'éviter. À vrai dire Hevi était plutôt distant avec la plupart des membres, mais son détachement était particulièrement marqué à mon égard. J'avais beau être bien moins fort que lui, j'avais la dérangeante impression… qu'il avait peur de moi. Je me faisais sans doute des idées.

En attendant, moi et le reste de l'équipe nous tenions sur le toit de l'École depuis plusieurs minutes, surplombant la ville d'Olomo et les humains qui ne savaient pas encore tous ce qui se passait. Notre victoire avait été plus rapide que prévu, mais Dare avait apparemment été tué. Shiren était folle de rage envers Hevi, qui avait semble-t-il laissé son coéquipier seul au beau milieu de la bataille au lieu de couvrir ses arrières. Elle était folle de rage, mais lui restait impassible, distant comme à son habitude. Je m'aperçus à ce moment que ma méfiance à son égard n'avait pas disparu le moins du monde depuis quatre ans… le seul membre duquel il était vraiment proche, c'était Koyan. Il n'hésitait pas à le défendre dès que quiconque se risquait à émettre la moindre critique à son égard, et ce dernier était clairement plus indulgent avec lui qu'avec quiconque.

« Ha ha ! Regarde-moi tous ces humains, ils seront bientôt à notre botte ! exulta Nefari.

−Du calme, cette ville n'est qu'un début. On est encore loin d'avoir gagné.

−Oh, ça va, monsieur le rabat-joie ! Franchement, qui aurait cru qu'on mettrait une grande École à genoux aussi facilement ? »

Elle n'avait que 15 ans, je ne pouvais pas lui en vouloir de se réjouir ainsi. Mais l'expérience m'avait appris qu'on n'était jamais à l'abri d'une mauvaise surprise qui effacerait notre joie d'un violent revers de main…

« Nefari…

−… oui ? Qu'est-ce qu'y a ?

−Pourquoi as-tu rejoint Rivina ?

−Hein ? Je te l'ai déjà expliqué quand je suis devenue ton élève, non ? Mes parents me parlaient toujours des choses horribles que les humains faisaient aux Sarunin, et parfois j'entendais des conversations entre Chasseurs… quand on a rencontré un informateur, mes parents voulaient pas, mais je suis partie seule, pour devenir plus forte et pouvoir enfin leur résister ! finit-elle malgré elle avec son enthousiasme caractéristique.

−Oui… moi je veux montrer aux miens un autre monde que ces interminables tunnels souterrains. Et aussi prouver à une certaine personne qu'elle se trompe. Tous les membres de l'organisation ont une bonne raison d'en faire partie. Mais lui… poursuivis-je le regard fixé sur Hevi. Je n'ai toujours pas compris quelle était sa raison.

−Lui ? Tu parles de Hevi ? J'ai jamais vraiment discuté avec lui, donc j'en sais rien non plus…

−Nefari, je ne devrais peut-être pas dire ça mais… méfie-toi de lui. »

Elle le fixa quelques instants avant de se tourner vers moi, la mine dubitative.

« Je le déteste pas particulièrement mais… si tu le dis… »

Elle sursauta en hurlant lorsque Koyan apparut enfin sur le toit. De nulle-part, comme toujours. Moi-même il m'avait fallu le voir un certain nombre de fois pour m'y habituer… Comme toujours il salua nonchalamment les membres et comme toujours scruta chacun d'entre eux, en s'attardant sur Hevi. Mais son regard envers son protégé était cette fois moins indulgent qu'à l'accoutumée. Avoir laissé un compagnon se battre seul et finalement se faire tuer n'était pas une faute facilement pardonnable, même pour lui. Mais il n'eut pas le temps de le sermonner, Derisya s'avançant vers lui, parlant à voix basse…

« Koyan… tu vas vraiment tout leur dire ?

−Exact. répondit-t-il, à haute voix. À eux et au reste du monde. Ça ne sert plus à rien de le cacher maintenant. Et puis, je pense que certains ont déjà compris… »

… De quoi parlaient-ils ? Tout le monde avait entendu, et tous nos regards étaient désormais braqués sur le fondateur et dirigeant de Rivina, qui s'avançait vers un micro sur le rebord du toit. L'homme qui nous avait redonné espoir et nous avait permis d'accroître notre force… nous cachait quelque chose ? Un silence pesant tomba sur le toit, mais plus étrange, en bas, des humains semblaient choqués, abasourdis en le fixant. Quelle qu'en fût la raison, l'apparition de Koyan était de toute évidence une très mauvaise surprise pour eux. Que cela signifiait-il ?

« Mera u merae ðens, miqem ómain ehowe. Yokebðanairon… »




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12 avril 1793 – QG de Son Goku, Gokumu


Trois heures de l'après-midi. Je rêvais déjà qu'on soit le soir. La saison sèche était particulièrement dure à supporter cette année, même pour moi… c'était bien la première fois que je regrettais d'avoir installé le QG dans la Forêt de la Nuit Éternelle. Une foutue migraine, une pénurie de café dans l'École, une recrudescence de disparitions dans la région et une inhabituelle montagne de paperasse : tout annonçait une fin de journée pourrie. La bonne nouvelle − ou la moins mauvaise en tout cas − c'était la légère baisse d'activité de Rivina au cours du mois écoulé. Ça n'était pas rassurant pour autant. Je regardais à peine la paperasse suscitée, mais prêtais attention à quelques lettres par intermittence. Une demande de permission pour malaises répétés dus à la chaleur ; la sixième depuis hier. Une demande d'enquête sur les activités du Président de Gokumu par un collectif de citoyens ; comme si on n'était pas déjà dessus. Une lettre d'une admiratrice… une admiratrice… ça devait être pour quelqu'un d'autre. Tout ça me prenait la tête. Je décidai de sortir de mes appartements, sans avoir de destination précise. Arrivé dans la salle commune, où était installé un grand écran de télévision, je constatai un attroupement étrange accompagné d'un silence de mort.

Tous avaient les yeux rivés sur l'écran. La caméra filmait un large toit en vue aérienne avec plusieurs personnes dessus… c'était peut-être une nouvelle série ; je ne suivais pas trop ce genre de trucs. Mais quelque chose clochait. Je reconnaissais ce bâtiment et cette ville… la voix du commentateur était paniquée, et les images étaient manifestement diffusées en direct… la caméra fit un zoom sur le toit… ces types qu'on voyait, c'étaient…

« Commandant, vous êtes là ? me fit un Chasseur. Vous avez vu ça ?! Personne n'y comprend rien !

−Vu quoi ? C'est quoi ces Sarunin ?

−Mesdames et messieurs, si vous nous rejoignez, nous vous informons que l'École d'Olomo a été attaquée par un groupe de Sarunin, et est semble-t-il tombée entre leurs mains ! Je répète…

−Qu… c'est un canular, c'est ça ?

−Apparemment non, Commandant ! Un ami qui est là-bas me l'a confirmé ! »

Impossible… il y avait à peine une dizaine de Sarunin sur le toit, ils ne pouvaient pas déjà être aussi puissants ! D'ailleurs… l'un d'eux ne m'était pas inconnu… ces longs cheveux gris et cette épée… je croyais que Kalza s'en était était occupé personnellement ? Certes il ne m'avait jamais dit clairement qu'il l'avait tué mais de là à le laisser s'échapper… qu'est-ce qu'il avait foutu ?

« A… attendez ! Un homme est apparu de nulle-part au milieu des Sarunin ! Qu'est-ce que ça signifie ?! Il n'a pas de queue, mais… un des Sarunin vient lui parler, il semble qu'ils l'attendaient… »

Le temps s'arrêta sans prévenir… beaucoup devaient sans doute croire à une coïncidence ou un sosie, mais pour moi il n'y avait aucun doute à avoir…

« L'homme s'avance vers le rebord du toit… ce visage… pourquoi est-ce que ce visage m'est familier ? »

Parce que tu le connais, voilà pourquoi !

« Co… Commandant… c'est qui ce type ?

−Tu vas pas tarder à le savoir…

−Un micro est installé sur le rebord du toit, apparemment il va faire une déclaration… on est un peu loin, là, la caméra 2 est prête ? Vite ! »[i]

La scène était désormais filmée depuis le toit d'un bâtiment voisin. Le nouveau plan ne faisait que rendre plus évident ce que la plupart des gens avaient désormais sûrement compris.

[i]« Chers humains et humaines, qu'il est bon de vous voir. Permettez-moi de me présenter… je m'appelle Koyan.

−Ah… il semble que l'homme s'exprime en Qakhlen… il nous faudrait un traducteur… il dit qu'il s'appelle Koyan, c'est ça ? »


En Qakhlen… il nous narguait… il marqua une longue pause en dissimulant à peine un rictus, avant de continuer.

« Ah, mais bien sûr, le monde m'a connu sous un autre nom…

−Qu'est… qu'est-ce qu'il dit, Commandant ? Je comprends rien…

−Tais-toi…

Jinei. »

Il mit fin à l'attente. Lentement, accentuant délibérément chaque syllabe, avec la théâtralité et l'assurance qui le caractérisaient. Traduction ou pas, cette fois tout le monde avait compris. Il ne s'agissait pas d'un simple imitateur, ni d'un mauvais acteur. Jinei était en vie, et l'annonçait à la face du monde. Même Tawava ne pouvait plus le nier à présent. Lyendith avait vu juste. Depuis le début…

« Jinei… Jinei, comme… comme le Commandant Jinei ? me demanda mon subordonné, perplexe.

−Lui-même…

−Mais… ce Jinei n'est pas censé être… »

Censé, oui… mais après avoir vu comment il était apparu sur ce toit, je commençais à comprendre un peu mieux comment il avait disparu. J'ignorais quand ou comment il avait développé cette technique, mais si cet enfoiré pouvait vraiment se téléporter, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'on eût fait choux blanc à la frontière quatre ans auparavant…

« Je me doute que vous êtes surpris, voire choqués de revoir le traître exécuté revenir d'outre-tombe, à la tête d'une armée de Sarunin, qui attaque vos villes les unes après les autres. « Pourquoi aide-t-il ces monstres ? N'était-il pas censé nous protéger de leur menace ? » C'est sûrement ce que vous vous dites en ce moment. La réponse est simple : j'ai simplement compris où était ma vraie place. Où était ma vraie famille. Et je ferai payer à l'Union toutes les souffrances qu'elle lui a infligées ! »

Il était gonflé ! Combien de Sarunin avait-il exécuté lui-même ! Et d'abord, qu'est-ce qu'il voulait dire par « ma vraie famille » ?

« Cependant, chers citoyens, ne croyez surtout pas que j'ai agi dans le secret le plus total… vos bien-aimés Commandants, certains Présidents de l'époque et même votre Roi : tous savaient que j'étais en vie quelque part, mais ils ont… omis de vous en informer. »

Voilà qu'il arrangeait l'histoire à sa sauce maintenant ! Si ces abrutis de Présidents ne nous avaient pas caché la vérité on n'en serait jamais arrivé là !

« Ils vous ont délibérément caché la vérité pour protéger leur minable réputation… voilà le vrai visage de ces gens en qui vous avez toute confiance ! Alors réfléchissez… nous vous laissons une dernière chance d'ouvrir les yeux et de renier l'Union. Ce que vous venez de voir n'est qu'un infime aperçu de notre puissance réelle. Si vous vous obstinez à suivre vos dirigeants génocidaires, vous serez éliminés. C'est aussi simple que ça. »

Il avait complètement perdu la tête… ça ne pouvait pas être le Jinei que j'avais connu…

« Cela commence par cette ville ! Dès aujourd'hui, elle est sous notre contrôle, personne n'y entrera ni n'en sortira sans notre autorisation. Des Sarunin sont déjà postés à ses entrées. Que ceux qui souhaitent vivre se rendent à l'École dans un délai d'une semaine, nous leur expliquerons quoi faire. Ceux qui ne s'y seront pas rendus dans ce délai seront exécutés. Si vous souhaitez résister et lutter contre l'occupant, aucun problème, nous vous offrirons gracieusement une mort honorable. Ce sera tout pour aujourd'hui. Oh et bien sûr, si l'armée veut venir libérer la ville… elle est la bienvenue ! »

Il s'en retourna nonchalamment, ne laissant qu'une assistance médusée. Il n'avait pas besoin d'en dire plus : son rictus en disait suffisamment long… les habitants d'Olomo étaient désormais ses otages. Il n'y avait plus une minute à perdre, je devais contacter les autres ! Retournant en urgence à mon bureau, je m'empressai de téléphoner à Lyendith, qui décrocha dans la foulée…

« Pour la énième fois ! Non, je ne suis pas le père de…

−Ah merde, j'avais oublié… Dolann, passe-moi Lyendith, tu veux ?

−Hein…? Commandant Junkoku ? Vous savez bien que le Commandant Lyendith est enceinte, c'est moi qui suis en charge en attendant.

−C'est à elle que je dois parler, c'est urgent !

−Désolé… je l'ai vue près du dépôt d'armes ce matin, mais depuis elle est introuvable.

−Comment ça, introuvable ?

−Je ne sens même pas son aura, qui est pourtant difficile à rater d'habitude. Elle a besoin d'être tranquille à mon avis.

−Comme si c'était le moment… bref, regarde les infos sur n'importe quelle chaîne, j'ai pas le temps de t'expliquer.

−Hein ? Comment ç… »

Je raccrochai sans attendre sa réponse. Lyendith, disparue, il manquait plus que ça… Kalza en revanche décrocha en personne. Mais là aussi quelque chose ne tournait pas rond.

« Junkoku… c'est toi ?

−Qui d'autre ? Tu as vu ce qui se passe ?

−Oui… c'est inquiétant… répondit-il d'une voix amorphe.

−Ces salopards contrôlent la ville, on peut pas se lancer sans réfléchir.

−Hm… ils pourraient exécuter beaucoup d'habitants c'est vrai…

−Et avec ça Lyendith s'est volatilisée, ça lui prend tout d'un coup…

−Tout d'un coup, hein ? C'est… surprenant… »

Il n'avait pourtant pas l'air surpris le moins du monde…

« Euh… tu vas bien, t'es sûr ? T'as pas l'air en forme…

−Je ne vois pas de quoi tu parles. répliqua-t-il en se reprenant quelque peu. Bon, on va contacter le Roi, je pense qu'il ne peut plus le nier maintenant. L'ennemi étant ce qu'il est, tu es le plus qualifié pour le combattre à mon avis. Mais il va d'abord falloir le faire sortir de la ville…

−Un sale boulot pour moi c'est sûr… dis-je en riant jaune. Marina devrait pouvoir s'infiltrer dans la ville, mais elle est déjà occupée par une autre affaire, je vais devoir la rappeler… et toi, tu compte aller là-bas aussi ? »

Un silence fit d'abord office de réponse…

« Il serait dangereux d'y déplacer deux Commandants, je préfère rester dans mon secteur autant que possible.

−Hum… ça aurait pas plutôt à voir avec ta précieuse proie d'il y a quatre ans ?

−…

−Qu'est-ce qui s'est passé avec ce Sarunin à la fin ? Tu m'avais dit que tu t'en étais occupé, alors qu'est-ce qu'il fout avec Jinei ?

−Il s'est de nouveau enfui, c'est tout.

−C'est tout ce que t'as à di… »

Il avait déjà raccroché. Je m'étais douté que la journée serait pourrie, j'étais servi… en plus des tuiles qui s'accumulaient, j'avais de plus en plus l'écœurante impression d'être la dernière personne raisonnable à la tête de cette armée…


__________________________________________________________




12 avril 1793. Olomo.


Il descendit du rebord un sourire fixé aux lèvres, remettant ses lunettes noires et passant devant ses fidèles soldats, devant Hevi, son protégé, et devant moi, son bras droit, sans prononcer un mot et sans nous adresser un regard. Fier de son effet. Il continua sa marche solitaire triomphante et s'assit en tailleur au centre du vaste toit de l'École, comme pour attendre notre décision et s'y préparer. Cette théâtralité, je commençais à la connaître chez lui. On ne pouvait pas dire qu'il ne laissait rien au hasard… au contraire : il prenait toujours soin de laisser une part d'incertitude dans ses plans. Et de laisser la chance choisir son camp. Peut-être le faisait-il par jeu, ou par religion, ou peut-être était-ce sa façon de forcer le destin… Toujours était-il que, hors-mis l'incident de Kukai quatre ans auparavant et quelques attaques repoussées, la chance ne nous avait que rarement fait défaut.

En attendant, je n'étais désormais plus le seul à savoir. Hevi et Shiren avaient compris mais leur réaction contrastait : lui resta stoïque, apparemment peu surpris, tandis qu'elle fixait un point invisible, la bouche ouverte, visiblement désorientée. Et les autres ne tarderaient pas. Koyan croyait donc à ce point en la confiance de ses membres pour leur révéler une telle vérité ? Certes, ils auraient fini par le savoir tôt ou tard, mais…

« Derisya ! m'interpela Nefari. Tu sais ce qu'il a dit, le chef ? J'ai rien pipé… »

Je me tournai vers lui, et il me fit un signe de la tête. Je savais ce qu'il me restait à faire.

« Je sais ce qu'il a dit, oui. soupirai-je. Écoutez-moi tous. Comme vous le savez, je suis le premier a avoir suivi Koyan, le premier à qui il a fait part de son projet. Je suis aussi le seul à connaître certains de ses secrets. Ce que je vais vous révéler va peut-être vous dérouter, ou même vous décevoir. Mais il ne sert plus à rien de vous le cacher. »

La tension était palpable dans l'assistance. Et je n'y échappais pas. Je me résolus à poursuivre après avoir inspiré à fond et dégluti un grand coup. Je ne pouvais plus reculer.

« Lorsque vous avez rejoint l'organisation, j'ai dit à chacun de vous que Koyan était un Sarunin né sans queue, qui avait réussi à s'approprier les techniques de combat des Chasseurs en espionnant leurs entraînements. C'est en partie vrai…

−Comment ça, «en partie» ? m'interrompit Nefari. C'est vrai ou c'est pas vrai ?

−C'est… pour commencer, Koyan n'est pas son véritable nom. Les humains le connaissent sous le nom de Jinei.

−Hein ? tiqua-t-elle. Les humains… le connaissent ?

−Jinei… poursuivit Kyôjô. J'ai déjà entendu ce nom quand j'étais à Arata…

−Si vous avez toujours pas compris je peux vous le dire : Jinei, c'est le nom de l'ancien Commandant de l'École Son Gohan, qui a été officiellement exécuté pour trahison. »

Hevi s'était donc chargé de m'enlever ce fardeau… les regards des membres estomaqués oscillaient désormais entre les deux Sarunin sans queue, tous deux impassibles. Shiren sortit de sa léthargie et de ses gonds par la même occasion.

« Vous vous foutez de qui, là ?! Ce type est un humain, et un Chasseur en plus ?! J'ai entendu ce qu'il a dit tout-à-l'heure, mais je peux pas croire qu'il ait juste retourné sa veste !

−Et qu'en déduis-tu ? intervint cette fois Koyan.

−J'en déduis qu'on peut plus te faire confiance ! Qui nous dit que tout ça ne fait pas partie d'un plan de l'Union ?! Et d'ailleurs, ajouta-t-elle en se tournant brusquement vers Hevi, qui nous dit que lui aussi n'est pas pas dans le coup ? Il n'a pas de queue, il est tout le temps dans les jupes de Koy… de Jinei… et il a laissé l'un des nôtres se faire tuer ! »

Évidemment… la suspicion devenait inévitable. Plus inattendu, c'est peu après sur moi que son regard furieux se posa.

« Et c'est pareil pour toi, Derisya ! Tu savais tout ça depuis le début, pourquoi on devrait continuer à te faire confiance ?

−Je… laisse-moi expliquer jusqu'au bout…

−Non ! Non, y a plus rien à expliquer ! Au fond je m'en fous de savoir si ce type est un humain, ou un Sarunin sans queue, ou je ne sais quoi, je sais juste qu'il a participé au massacre des nôtres ! Et cette pourriture a le culot de nous demander de le suivre, il n'essaie même plus de nous le cacher ! Je ne suivrai plus ses ordres !

−Alors pars. conclut le chef.

−Je… hein ?

−Je ne t'oblige pas à m'apprécier, ni même à me suivre, c'est à toi d'en décider. »

Les regards étaient de nouveau fixés sur lui. Shiren se calma en apparence, même si son aura restait instable.

« C'est aussi dans ce but que je vous fait cette révélation. Il est évident qu'aucun de vous ne m'aurait suivi si je vous avais dit tout ça dès le départ. Mais à présent que vous êtes devenus plus forts et que vous avez constaté par vous même de quoi cette organisation était capable, je peux vous le demander clairement : si vous pensez que tout cela est un piège et que vous ne pouvez plus me faire confiance, je ne vous retiens pas. Retournez à votre ancienne vie, parcourez le monde librement, ou créez votre propre organisation. Si en revanche vous pouvez me pardonner mes fautes passées et comprenez que mes intentions sont sincères, alors je vous demande de rester à mes côtés, pour bâtir un monde où nous serons enfin libres. »

Il baissa la tête et se tut, nous laissant à notre décision. J'étais peut-être le seul à vraiment le comprendre parmi nous, mais je ne doutais pas que la plupart des membres continueraient avec nous. Le silence fut cependant interrompu par un ricanement, qui bien vite se mua en éclat de rire.

« Alors comme ça la trahison peut aussi se faire dans l'autre sens, hein ? Je ne m'y attendais pas.

−Ky… Kyôjô…? m'interloquai-je. Qu'est-ce que tu racontes ?

−Hun hun… rien, un vieux souvenir d'enfance… »

Tout le monde s'interrogea sur l'instant, tant ce rire lui ressemblait peu… des rumeurs prétendaient que sa lame était possédée ; je commençais à me demander si il ne l'était pas aussi…

« Koyan ! poursuivit-il. Je ne peux pas te pardonner ce que tu as fait dans le passé, et que tu nous ait menti ne m'enchante pas non plus… mais une chose est sûre : moi et tout le monde ici avons une dette envers toi, et pour la première fois j'entrevois un espoir pour mon peuple. Je n'ai plus rien à perdre de toute façon, alors ma décision est claire : je continuerai à te suivre. »

Le silence ne dura pas : Nefari l'embraya d'un «moi aussi !» suivie de Kamo, Kanâ et Shiruka. Hevi acquiesça en silence. Restait…

« Et ça te fait rire, Kyôjô ? Vous allez vraiment tous continuer à suivre ce type ? »

Elle devait se rendre à l'évidence : elle était la seule à douter encore. Sa colère était de plus en plus difficile à dissimuler. Alors sans un mot de plus, elle s'éloigna du groupe à reculon. Puis décolla brutalement, s'arrêtant tout aussi brutalement au dessus de la ville. Son aura commença à s'amplifier anormalement… elle ne contrôlait plus sa colère… une lumière intense se forma dans le creux de ses main et se mit à grandir à vue d'œil… nous nous précipitâmes vers elle, comprenant soudain ce qu'elle s'apprêtait à faire !

« Allez vous faire foutre ! Je vais faire sauter cette ville et toutes ces saloperies d'humains avec ! »

Mais elle interrompit son geste la seconde d'après. L'homme qu'elle haïssait désormais se tenait devant elle, impassible. La lumière s'atténua… puis s'amplifia de nouveau, libérée dans un dans un hurlement de rage sous la forme d'un rayon d'une puissance inouïe, dirigé non pas sur la ville mais sur lui. Je n'étais même pas sûr de pouvoir encaisser une telle charge ! Mais cette vague d'énergie dans laquelle elle avait mis toute sa haine n'avait même pas effleuré sa cible.

« C'est donc ton choix… »

Entendant la voix de Jinei derrière elle, elle sursauta et tenta immédiatement de le frapper. Son aura était toujours instable, mais c'était à présent clairement la terreur qui se lisait sur son visage tandis qu'il agrippait fermement son poignet. Il se rapprocha lentement d'elle, semblant vouloir la serrer dans ses bras… mais elle savait qu'il n'en était rien…

« J'étais pourtant prêt à te laisser partir… mais tu as tenté de tuer un membre de l'organisation et de compromettre ses plans. Tu es donc une menace pour Rivina à présent. Tu connais la règle. »

Une détonation sourde et un nouveau faisceau lumineux. Celui-là ne rata pas sa cible. Certains d'entre nous détournèrent les yeux. La foule des humains massés en bas criait son incompréhension. Shiren tenta de se cramponner à Koyan, qui empoignait toujours son bras. Sa tête tomba sur l'épaule de son bourreau. Son aura s'éteint lentement. Le chef de Rivina redescendit sur le toit, suivi par nous tous, allongeant délicatement le corps de la renégate. La haine et le regret transparaissaient encore dans ses pupilles à travers leur voile opaque. Il ferma ses paupières. Je n'avais pas voulu ça. Personne n'avait voulu ça… était-ce aussi une partie de la « part d'imprévu » à laquelle Koyan tenait tant ? C'eût été cynique de ma part de le penser…

« Nous l'incinèrerons avec Dare. Elle s'est bien battue. »


La vérité se propagea rapidement dans le monde et chez les Sarunin. Dans les jours qui suivirent, sur les quelques cinq mille membres qui composaient à présent l'organisation, seule une centaine la quitta. J'assistais à l'ascension de notre organisation et mesurais le chemin parcouru depuis ma rencontre avec cet homme agonisant, apparu de nulle-part devant moi en me proposant son aide avant de s'évanouir. Son projet insensé portait ses fruits, petit à petit, succès après succès… il avait déjà imposé sa volonté dans cette guerre psychologique, les Sarunin se ralliant de plus en plus à lui et les humains doutant de plus en plus de l'Union. Pourtant la tournure que prendrait cet affrontement était difficile à prédire. J'étais un témoin privilégié, mais je savais pas encore de quoi…


à suivre…
Nanarland, le monde des mauvais films sympathiques

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Itachi-san
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Messagepar Itachi-san » Ven 28 Oct 2011, 21:53

Eh oui, j'suis toujours là :euh:


Rappel des personnages :

SARUNIN

Kyôjô (25 ans) :
Sarunin possédant une grande rancœur envers les humains. Il a rejoint Rivina, une organisation de Sarunin projetant de se venger de l'humanité. Il ne se sépare jamais de son épée Ryūketsu.

Nezumaru/Kalza (27 ans) :
Un Sarunin particulièrement puissant. Autrefois meilleur ami de Kyôjô, il a feint sa mort pour infiltrer l'armée de l'Union et devenir Commandant de l'École Vegeta.

Kina (23 ans) :
Petite sœur de Nezumaru, longtemps amoureuse de Kyôjô. Une maladie pulmonaire très rare la rend plus faible que ses congénères, mais après que Kyôjô les a abandonnés elle décide avec Jin d'étudier la société humaine et de l'intégrer à terme. Ils vivent désormais à Suhltemi, un village humain qui les héberge clandestinement. Elle n'a plus beaucoup de temps à vivre.

Jin (17 ans) :
Petit frère de Kyojo, il considère Kina comme sa grande sœur même si ils ne sont pas liés par le sang. Il a fondé avec elle et des humains l'organisation Keirin, qui prône la réconciliation.

Vaki (mort à 31 ans) :
Sarunin aigri, un temps membre de Rivina et qui avait la faculté d'entendre les pensées des gens. C'est lui qui apprend à Kyojo l'existence de l'organisation. Peu après, il finit par se repentir, avant d'être tué par Lyendith. Les nombreux humains qu'il a tués lui valent le surnom de Cue-Limyos («rouge-sang»).

Derisya (40 ans) :
Un des tout premiers membres de Rivina, il a supervisé l'entraînement de Kyôjô quand ce dernier les a rejoints. Il a un chien nommé Koka.

Sevani (38 ans) :
Petite amie de Derisya.

Danto & Danki (24 ans) :
Des jumeaux farceurs mais très doués pour le combat. Ils ont accueilli Kyôjô à son arrivée à Rivina.

Nefari (15 ans) :
La protégée de Kyôjô, qu'elle respecte beaucoup. Elle est l'une des membres les plus jeunes de Rivina.

HUMAINS

Junkoku :
Commandant de l'École Son Goku, leader un brin tyrannique au passé trouble. Il devient vite ami avec Kalza à cause de sa force et de son culot.

Marina (23 ans) :
Lieutenant, apprentie et en quelque sorte fille adoptive de Junkoku, avec qui elle entretient une relation ambiguë. Elle est tombée amoureuse de Kina lorsqu'elle l'a rencontrée, ce qui lui a valu quelques ennuis.

Lyendith (36 ans) :
Le Commandant charismatique de l'École Son Gohan, célèbre pour sa beauté et ses yeux argentés. Elle a découvert l'identité du chef de Rivina : Jinei, son ancien Commandant, officiellement exécuté pour trahison et qui avait mystérieusement disparu. Après avoir tué Vaki, elle a «hérité» de son pouvoir bien malgré elle. Apprenant que l'enfant qu'elle porte possède une queue, elle choisit de quitter l'armée avant que d'autres le sachent.

Dolann (39 ans) :
Le Lieutenant flegmatique mais non moins efficace de Lyendith. Il devient Commandant de Son Gohan de fait, après la défection de cette dernière.

Gando (55 ans) :
Scientifique fasciné par les Sarunin. Il est le seul à savoir fabriquer le remède à la maladie de Kina et la rencontre régulièrement à Suhltemi.

Tawava Gazikye (64 ans) :
Ex-Commandant de Vegeta devenu Roi de l'Union.

Kain (76 ans) :
Ex-Commandant de Son Goku qui s'est retiré de l'armée, ne comprenant plus le but de la Chasse aux Sarunin. Il a fondé une école d'arts martiaux dans le pays de Dorowen par la suite.

MÉTISSES

Ciana (21 ans) :
Fille de Senae et d'un père Sarunin qu'elle n'a jamais connu, elle étudie les arts martiaux dans l'école de Kain. Elle vit une vie paisible et relativement ordinaire avant d'être capturée malgré elle par l'armée et de rencontrer Vaki. Ce dernier la protège et lui permet d'échapper à Lyendith. Depuis, elle essaie d'établir le contact avec les Sarunin.

Hevi (17 ans) :
Enfant turbulent et asocial, très doué pour le combat, qui a vécu sous la tutelle de Kain après la mort de ses parents. Il n'aime pas les Sarunin mais parle leur langue. Une nuit de pleine lune, il rencontre Kyôjô par hasard et le voit se transformer en monstre, frôlant la mort. Il a rejoint Rivina pour une raison inconnue.

Jinei (46 ans) :
Ancien Commandant très respecté de Son Gohan, il a finit par trahir l'armée. Survivant de peu à son exécution, il parvient à s'enfuir et fonde l'organisation Rivina, enseignant aux Sarunin les techniques secrètes de l'armée, puis prend le nom de Koyan. Il peut utiliser la technique du déplacement instantané.


Résumé des chapitres précédents :

1793 : 4 ans après avoir quitté Kina et Jin, Kyojo a rejoint l'organisation Rivina, et participe à la prise d'une ville humaine. La montée en puissance de Rivina bouleverse peu à peu l'ordre du monde. Et Jinei annonce au monde qu'il est toujours en vie.

Kina et Jin eux, vivent désormais dans le village de Suhltemi et dirigent une organisation pacifique nommée Keirin, aidés par des humains. Aidés d'Elkehm, une membre du village, ils se rendent dans la ville voisine et constatent que l'armée y est présente et les habitants étrangement tendus.

Des membres de Keirin tentent de creuser un tunnel reliant les régions d'En et Sino, les frontières des pays non-membres de l'Union ayant été fermées deux ans auparavant. Sino a en effet adopté une politique d'accueil des Sarunin opposée à celle de l'Union.

À Dorowen, Lyendith, qui a quitté l'armée à cause de l'enfant qu'elle porte, rencontre par hasard Ciana et la charge, elle et sa mère, de garder le secret de sa présence. Elle loge à présent chez Kain.



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Messagepar Itachi-san » Ven 28 Oct 2011, 21:53

Chapitre 19
Keirin et Rivina
ケイリンとリヴィナ


14 avril 1793 – Sanmu, Région de Gokumu.


Déjà trois jours qu'on arpentait la région à la recherche d'informations, sans résultat ou si peu… les habitants de cette petite ville avaient sûrement pas l'habitude de voir un Lieutenant débarquer, mais les rumeurs de disparitions nous indiquaient qu'«ils» avaient frappé ici. Bordel, comme si Rivina faisait déjà pas assez de dégâts, il fallait en plus que les Purificateurs s'en mêlent ! Pour qui ils se prenaient ceux-là ? J'essayais plus ou moins de me convaincre que la Chasse aux Sarunin était une de ces questions de sécurité publique mais eux… ils semblaient pratiquer ça comme une espèce de religion morbide… pour les Sarunin, l'un ou l'autre ça leur faisait une belle jambe ; les problèmes survenaient quand ces fanatiques s'en prenaient aux citoyens pour arriver à leurs fins. Pour une raison ou une autre, cette Région ou celles de Seyäk et Tikhras connaissaient une recrudescence de ces cas depuis quelques mois. Apparemment, selon plusieurs membre du conseil principal de Gokumu, le Président actuellement en poste semblait particulièrement tendu et étrangement peu bavard ces derniers temps… il avait toutefois une réputation de raciste farouche, et beaucoup le soupçonnaient d'avoir fomenté directement avec des Purificateurs. Restait à le prouver… mais ces types n'étaient pas simples à attraper, ils savaient se cacher. Et ils étaient très forts pour prendre la fuite.

« Hé toi ! Qu'est-ce que tu fais ! Reviens ici ! »

Un homme d'assez petite taille venait de bousculer quelqu'un et courait à toutes jambes, tous les regards braqués sur lui et créant une légère panique dans un climat déjà crispé. Mon second me signala qu'il s'en occupait, et bien vite, le jeune homme se retrouva face contre terre, solidement menotté. Alors que je m'approchais, le subordonné en question l'interrogeait avec véhémence sur la raison de sa fuite, mais lui était terrorisé et ne faisait que balbutier des syllabes incohérentes…

« Si tu as quelque chose à cacher tu ferais mieux de le dire tout de suite !

−A… a… attendez, m'sieur, c'est pas moi c'est…

−C'est ça, on lui dira ! En attendant on t'em…

−C'est bon, Sumann… l'interrompis-je. Relâche-le, il est innocent.

−Comment ça ? Il a pris la fuite en nous voyant !

−Justement, si c'était un Purificateur il serait pas assez stupide pour se faire remarquer ainsi. »

Le jeune homme acquiesça fébrilement pendant que Sumann le démenottait, l'air circonspect. On l'interrogea pour apprendre sans surprise qu'un de ces cinglés l'avait menacé et ordonné de détourner l'attention… ils avaient tous un tatouage caractéristique pour se reconnaître entre eux et savaient que l'armée avait l'autorisation de fouiller toute personne suspecte. On avait un train de retard à chaque fois, inévitablement. Même si les Purificateurs ne pouvaient normalement pas sentir les auras, j'atténuai la mienne par précaution.

Alors que la foule se dispersait, Sumann me regarda de travers, comme souvent. L'air de dire : « Je te fais toujours pas confiance, sale garce ». Ils pouvaient bien penser ce qu'ils voulaient, tous ! Moi, depuis quatre ans, j'avais tourné la page… sur ces pensées, mon œil fut attiré par une femme à l'entrée d'une ruelle. Et attirante, elle l'était, même si je ne voyais que son dos. Assez grande, de longs cheveux noirs ondulés, elle était pieds-nus et portait une superbe robe jaune et orangée, typique d'un village voisin − Sul… quelque chose. Elle sembla sortir un petit objet de ses cheveux… une capsule ?

« Excusez-moi, je peux savoir ce que vous faites ?

−Ah ! Euh… rien, je… j'arrangeais mes cheveux… hé hé… »

Elle se retourna vers moi. Mon cœur rata un ou deux battements. Un ange me souriait… cette voix, ce visage, ces yeux pourpres… ça ne pouvait pas être…

« Hum… qu… quelque chose ne va pas…? » dit-elle en suant à grosses gouttes.

Ça devait être quelqu'un d'autre, forcément… des filles qui ressemblaient à Kina, il devait y en avoir des tas ! Des filles avec la même aura aussi ! Et puis, je ne l'avais connue que pendant quelques heures, quatre ans auparavant, ma mémoire pouvait très bien me jouer des tours ! Et puis qu'est-ce que qu'elle aurait fait là… Et pourquoi est-ce que j'arrivais pas à l'oublier d'abord ?!

« Euh… non… vous me rappelez juste quelqu'un que je connais… ne faites pas attention…

−Ah… ah bon…

−Euh oui… vous pouvez circuler… hem… bonne journée ! »

Elle s'en alla en pressant le pas, sans dire un mot de plus… j'avais vraiment l'impression qu'elle m'avait reconnue… et alors quoi ? Des tas de gens connaissaient mon visage après tout ! Et quand est-ce mon cœur allait arrêter de battre comme ça, à la fin ?! C'était forcément… mais si elle, une Sarunin, vivait vraiment au grand jour, en tant que Lieutenant je ne pouvais pas laisser passer cette chan… cet affront ! Peut-être avait-elle volé ces vêtements mais je ne pouvais pas exclure que le village en question pût être un village renégat… dans tous les cas je ressentais un irrépressible besoin de la suivre… ça ne faisait pas partie de ma mission actuelle, mais mes subordonnés sauraient bien s'en charger… il me fallait juste trouver une excuse…

« Sumann, tu me reçois ? J'ai… repéré un type suspect qui se dirigeait en dehors de la ville, je le prends en filature.

−Vous voulez qu'un de nous vous accompagne ?

−Non, je m'en charge seule, il pourrait nous repérer si on est deux. Tu prends le commandement de l'unité le temps que je tire ça au clair. N'essayez pas de me contacter d'ici-là.

−Bien reçu… » soupira-t-il.

Il semblait un brin agacé mais au moins il ne me collerait pas aux basques. L'aura de Kin… de la mystérieuse jeune fille était heureusement toujours perceptible. Si elle se dirigeait vers ce village, la suivre discrètement ne serait pas le plus dur : la ville de Sanmu était entourée de bois et de petits chemins rocailleux, assez fréquentés. Il me suffirait ensuite de me camoufler le visage pour ne pas qu'elle me reconnaisse si elle se retournait par hasard. Au milieu de cette réflexion, je sentis un objet rigide sous mon pied, qui n'était pas un caillou… une petite boîte en métal heureusement solide, qui après vérification contenait du matériel d'injection et plusieurs petites capsules en verre… est-ce que cette fille l'avait faite tomber ? Dans tous les cas, je la rangeai dans ma poche et passai chez un fournisseur prendre une cape et un foulard me dissimulant le bas du visage après avoir détaché mes cheveux. Revenue dans la rue principale, je pus apercevoir la jeune fille saluer poliment les gardes à l'entrée, accompagnée d'un homme et d'une petite femme rondelette portant tous deux le même genre de vêtements. Ces idiots de vigiles avaient l'air plus occupés à la reluquer qu'à se demander ce qu'elle faisait ici. Mais j'avais pas le temps de leur taper sur les doigts.

« Halte ! Je dois vous demander de découvrir votre visage mademoiselle.

−C'est moi abruti. murmurai-je en abaissant mon foulard.

−Li… Lieutenant ?!

−Shhht ! Je suis en pleine filature. Et vous concentrez-vous un peu sur votre travail au lieu de mater les filles.

−D… désolés ! » répondirent-ils au garde-à-vous.

Ah, avec des gardes pareils aux entrées les Purificateurs avaient pas grand chose à craindre ! Enfin, peu importait pour l'instant. Je pressai le pas pour rattraper les trois suspects tout en veillant à ne pas trop m'approcher. Je pouvais à peine entendre leur conversation, qui semblait assez animée, mais plus étrange… je ne ressentais plus l'aura de la fille et celle du jeune homme était assez instable, parfois faible et parfois assez forte, plus forte que le quidam moyen en tout cas… si elle dissimulait son aura, lui avait semble-t-il du mal à la canaliser… mais des civils n'étaient pas censés savoir faire ça. Ça devenait de plus en plus suspect. J'avais donc bien fait d'atténuer ma propre aura. Car si elle avait fait ça de peur d'être suivie, elle était sur le qui-vive. Elle s'arrêta sans prévenir, me forçant à ralentir. J'entendis faiblement sa voix puis leurs pas reprirent… j'allais devoir être plus prudente. Mais elle s'arrêta à nouveau, cette fois brusquement, en s'appuyant contre un arbre et en se tenant la poitrine. Elle tomba à genoux, semblant étouffer, sous le regard paniqué des deux autres qui fouillaient dans sa robe. En m'approchant, je pouvais enfin les entendre…

« … être quelque part ! Me dis pas qu'elle l'a perdu en route, y a que ça qui peut contrer ses crises ! Elkehm, t'as pas une dose de secours ?

−Je pensais pas qu'on en aurait besoin, ça fait même pas douze heures qu'elle a eu sa dernière crise ! »

Cette maladie… c'était exactement la même… il n'y avait plus aucun doute ! Mais alors…

« Kina ! Tu m'entends ? Où est-ce que tu es allée quand on étais en ville ?

−Est… est-ce que c'est ça que vous cherchez ? »

J'avais parlé sans réfléchir. Leur tendant la boîte que j'avais ramassée, je gardais mon visage couvert mais n'osais pas regarder Kina, dont les mouvements de paniques s'amplifiaient, donnant l'impression qu'elle était possédée…

« Euh… j'avais trouvé ça par terre, elle a dû le faire tomb…

−C'est ça ! cria la femme en m'arrachant la boîte des mains. Jin, tiens-là bien, il faut faire vite ! »

La tenir immobile ? Dans cet état ? Pourtant, le dénommé Jin y arriva sans trop de peine, alors qu'elle avait de plus en plus de mal à respirer… Elkehm pendant ce temps lui injecta le contenu d'une des capsules dans le bras avec une extrême précaution malgré l'urgence de la situation.

« Tout va bien Grande Sœur, c'est fini… »

Sa… sa sœur ?! Après quelques secondes où tout le monde retint son souffle, celui de Kina reprit enfin un rythme lent et régulier. Elle s'était endormie. Mais ce Jin n'avait pas l'air soulagé pour autant. Je crus même voir des larmes perler… avant qu'il ne s'essuie les yeux en se tournant vers moi.

« Je sais pas qui vous êtes, mais merci bien. Si vous étiez pas passée par là je sais pas ce que ma sœur serait devenue… On a eu de la chance cette fois.

−Oui… de rien… bon, et bien, je dois y aller.

−Attendez ! Vous… si vous êtes libre, vous pouvez venir avec nous à Suhltemi, qu'on vous remercie comme il se doit. C'est à deux pas d'ici.

−Ohlà, Jin ! Je suis d'accord qu'on lui doit une fière chandelle mais inviter une étrangère au village comme ça, c'est un peu…

−C'est bon, Elkehm… je sais qu'elle est pas dangereuse. »

Ils m'invitaient dans leur village ? C'était inespéré… mais chamboulée par la scène qui venait de se dérouler sous mes yeux, je commençai à peine à me rendre compte de la situation. Kina, une Sarunin et son frère vivaient dans un village humain où ils avaient appris à contrôler leur aura. Si j'en informais le reste de l'armée, c'en était fini de ce village… je comprenais alors mieux l'objection de cette Elkehm − peut-être était-elle aussi une Sarunin. Que faire ? Le mieux était peut-être de répondre à leur invitation et de voir de mes propres yeux ce qu'il en était.

« Euh… pourquoi pas ! Je n'ai pas grande chose à faire aujourd'hui alors…

−Bien, suis-nous. »

Est-ce qu'il venait… de me tutoyer ?! Les hommes Sarunin connaissaient pas la politesse ou quoi ? Mais c'était pas le plus dérangeant : il avait beau dire qu'il voulait me remercier, il n'avait pas l'air de me faire confiance pour autant. C'est à la sortie de la forêt que le village de Suhltemi apparut sous mes yeux. Entouré d'arbres, il n'était pas très grand, les maisons semblaient essentiellement faites en terre glaise et les habitants étaient tous habillés plus ou moins de la même façon que les trois que j'avais rencontrés… la première chose qui frappait était l'omniprésence des sourires et des jeux. Tout semblait respirer la joie et la chaleur humaine. Ici des enfants se renvoyaient une balle à l'aide d'une raquette en bois, là des vieillards abattaient des cartes, ailleurs un couple d'âge moyen se taquinait… jusqu'à ce que tout ce beau monde s'aperçoive de ma présence. Tous les regards fixés sur moi, le visage toujours couvert, j'hésitai un instant à continuer ma marche derrière Jin et Elkehm qui ne semblaient pas vraiment s'en soucier. Cette pression était déroutante mais en même temps trop familière : la sensation, malgré mon rang, d'être une étrangère dont il fallait se méfier. La chaleur humaine s'était estompée bien vite.

« Jin, Elkehm, vous revoilà ! cria un vieil homme. Qu'est-ce qui vous prend d'amener des étrangers ici ?

−Elle nous a aidés, sans elle Kina aurait pu…

−Kina… murmura-t-il en regardant la belle endormie. Elle a encore eu une crise aujourd'hui ? C'est de pire en pire…

−… en tout cas, laissez cette femme rester un peu, on veut juste la remercier.

−Elle pourrait au moins découvrir son visage…

−Pas la peine. Tu dois avoir autre chose à faire, Lisomm, laisse-nous s'il-te-plaît. »

Le vieil homme resta un instant interloqué, apparemment peu habitué à un ton aussi sec. Il sembla vouloir protester mais s'en alla, non sans m'avoir fusillé une dernière fois du regard. Je me surpris à baisser les yeux, moi… étonnant comme le regard des autres pouvait vous faire vous sentir insignifiant, quelle que soit votre puissance…

« Désolé, les gens d'ici se méfient des étrangers qui débarquent sans prévenir. Mais ils ont leurs raisons, crois-moi. »

Je n'avais effectivement aucun mal à le croire. Des étrangers… je m'en apercevais à peine, mais la peau blanchâtre de Jin et surtout Kina contrastait avec la mienne ou celle des autres habitants. Ils semblaient pourtant être acceptés, eux… ça ne faisait que confirmer mes soupçons sur les raisons de cette méfiance. On entra enfin dans une petite maison, où le jeune homme déposa délicatement sa sœur sur un matelas à même le sol. Il recouvrit au passage la porte en bois d'un étrange et épais tissu qui semblait vaguement métallique…

« Bon, et maintenant Jin, tu vas peut-être m'expliquer pourquoi tu l'as amenée ici. Je doute que ce soit pour boire un verre de ra-suhn. Et tant qu'à faire, la demoiselle pourrait nous dire son nom.

−Moi ? fis-je en enlevant enfin mon écharpe du nez. Euh, je m'appelle…

−Je sais qui t'es… me coupa Jin. Ma sœur est pas stupide, elle se doutait qu'on était suivis, et tu avais comme par hasard ramassé sa boîte de médicaments. Si j'en crois ce qu'elle nous a dit elle a rencontré en ville une personne de l'armée qu'elle aurait préféré éviter : si elle a paniqué et a perdu sa boîte ça peut être qu'à ce moment-là.

−Euh, Jin… qu'est-ce que t'essaies de dire, au juste ? Me dis pas que…

−Si, Elkehm. Tu as en face de toi le Lieutenant de l'École Songoku, Marina. »

Co… comment il avait deviné cet avorton ?! Il m'avait emmenée ici en sachant qui j'étais ?

« Je me souvenais plus de ton visage, mais on s'était croisés brièvement y a quatre ans. Ce qui s'est passé ce jour-là j'ai pas pu l'oublier, et je pense que toi non plus. À l'époque c'est bien toi qui a aidé Kina à s'échapper après tout. Elle en tout cas, elle s'en souvenait parfaitement. » finit-il en se tournant vers sa sœur.

Ça me revenait ! Je m'étais souvenue que de Kina et de l'autre, mais ce jour-là, un troisième était venu les chercher, un gamin… c'était donc lui ?

« À voir ta tête, tu t'en souviens aussi. C'est donc vraiment toi… Ça a dû te causer quelques ennuis à l'époque.

−La… la ferme! Où est-ce que tu veux en venir au juste ? M'emmener ici alors que tu sais qui je suis et me rappeler tout ça, qu'est-ce qui va pas chez toi ? Pourquoi tu fais tout ça ?

−Je comprends mieux… intervint Elkehm. J'aurais pas pu deviner mais je vois ce que tu veux faire Jin. D'habitude je veux bien être optimiste mais là tu te fourvoies à mon avis.

−Qu'est-ce que vous racontez, vous aussi ? lançai-je dans le vide avant qu'elle poursuive.

−Il y avait une rumeur une rumeur y a quelques années que l'armée avait pas réussi à étouffer. On disait que le Lieutenant Marina s'était entichée d'une Sarunin et l'avait aidée à s'échapper avec d'autres. Comme elle avait vite réintégré l'armée, je me disais que c'était que des racontars, mais… qui eût cru que les Sarunin en question étaient ceux que notre village hébergeait… Jin, tu crois vraiment que parce qu'elle a trahi l'armée une fois elle gardera le silence si tu lui dis tout sur nous ? »

Pardon…? C'était vraiment ce qu'il s'imaginait ?

« Elle le fera crois-moi. Je vois bien dans son regard qu'elle doute. Qu'elle nous déteste pas.

−Tu… t'es vraiment à l'ouest, toi ! Les Sarunin et tous ceux qui les aident sont une menace pour l'humanité, mon rôle est de les empêcher de nuire ! Cette femme a raison, j'ai peut-être merdé y a quatre ans mais j'ai mûri, je laisserai pas passer cette occasion !

−Et c'est moi qui suis à l'ouest ? »

Mais… c'était pas possible d'être aussi borné ! Il osait douter de ma conviction ? Trahir Junkoku une fois ça m'avait suffi, j'avais aucune envie d'aggraver mon cas !

« Tu parles de nous empêcher de nuire ? Regarde un peu autour de toi. Les habitants de ce village t'ont l'air de dangereux terroristes ? De criminels assoiffés de sang et de conflit ?

−Ça, c'est… et ce Kyôjô alors ! tentai-je désespérément. J'ai discuté un peu avec lui dans sa cellule, il vomissait les humains plus que tout, et tu as dû le voir comme moi sur le toit de cette École, avec les types de Riv…

−Je vois pas de qui tu parles. me coupa-t-il. J'avais un frère qui s'appelait comme ça mais il est mort. »

On croyait rêver. Il se foutait de moi…

« Et Kina ? reprit-il en me prenant de court. Tu la considère vraiment comme dangereuse ? Tu trouves qu'elle ressemble à ces bêtes féroces dont parlent vos livres ?

−C'est… c'est pas…

−J'ai bien vu les regards que tu lui jetais pendant le trajet. N'importe quel idiot peut comprendre que tu t'inquiètes pour elle. »

Mes yeux se posèrent à nouveau sur elle, toujours paisiblement endormie. Même ses yeux cernés et son visage pâle dégageaient une sérénité déroutante. J'avais beau nier de toute mes forces, je n'arrivais pas à la considérer comme une ennemie. Je… c'était juste… mais où est-ce qu'il voulait en venir à la fin ?

« Alors c'était vrai… lança Elkehm, désormais abasourdie. Ma pauvre, t'as vraiment tiré le mauvais numéro… »

Ça n'avait rien à voir ! J'étais qu'une gamine à l'époque, c'était juste un coup de foudre passager… ça pouvait pas être… j'avais pas le droit !

« Qu… non mais avez oublié qui je suis ! Je suis Marina ! Lieutenant de l'école Songoku ! Je suis…! Je suis…

−Tu n'es pas faite pour être dans l'armée. Rejoins-nous à Keirin, on a besoin de gens comme toi.

−Ji… alors là je dis non ! protesta Elkehm. Y a des limites à la folie ! »

Keirin ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Les rejoindre… il avait perdu la tête… Mais c'était une occasion rêvée d'infiltrer un groupe ! Non… ce n'était pas à ça que je pensai à ce moment…

« AAAAAAH !!! J… Jin, Elkehm ! Qu… qu… qu'est-ce qu'elle fait là ?! »

Tous les regards se tournèrent soudain vers Kina, qui venait de se réveiller. Sa sérénité avait disparu. Assise par terre, elle esquissait un mouvement de recul, me regardant l'air terrorisé…



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20 avril 1793 − Sous la frontière de Sino



Ça n'avançait plus. Le matériel qu'on utilisait était capable de percer n'importe quelle roche naturelle, mais là on était tombés sur un os. La poisse, on avait pas creusé ce tunnel pendant un mois pour être bloqués juste avant la frontière ! Peut-être que les barrières se prolongeaient sous le sol… on avait été négligents… un de mes coéquipiers m'interrompit dans ma réflexion.

« Celenäk, file-moi la foreuse, je vais voir si je peux faire quelque chose.

−Essaie donc, mais c'est pas de la roche ordinaire. Quelqu'un a fait des travaux là-dessous. »

Pourquoi j'avais répondu à l'appel de ces deux Sarunin ? Peut-être bien pour la même raison que les autres… quand mon pays, Tikhras, avait rejoint l'Union, j'étais réticent mais pas vraiment en colère. Jusqu'à ce je voie ma ville envahie par les uniformes, qui n'étaient déjà pas discrets avant l'adhésion. Moi, un simple ouvrier, j'avais l'impression d'être devenu un suspect parmi d'autres.

« Hum… je vois, y a peut-être un moyen d'augmenter sa puissance… »

Avoir de l'empathie pour les Sarunin, à Tikhras plus que n'importe où, c'était pour le moins mal vu. Du coup je me contentais de me taire ou de faire semblant d'être d'accord quand y avait une discussion sur le sujet. Mais la délation s'intensifiait, des rumeurs fondées ou non circulaient sans cesse, et des gens que j'appréciais ou pas étaient arrêtés, disparaissaient ou étaient tués sans autre procès. Il fallait donc que je décolle vers des contrées moins hostiles avant que ça me tombe dessus, à moi et ma famille. Gokumu était une Région moins densément peuplée avec beaucoup de petits villages pas forcément connectés, les rumeurs se propageaient moins facilement. Avec ma femme et nos trois enfants, on s'était installés dans un de ces villages.

« OK, je pense que ça va le faire ! Reculez-vous un peu ! »

C'était là que j'avais rencontré Kina, un an auparavant. Plutôt grande, de longs cheveux noirs ondulés, une robe orangée qui semblait la gêner un peu, et un teint pâle pas vraiment rassurant. Et un sourire inébranlable. Certains la prenaient pour un ange, d'autres comme moi pour un fantôme. Dans tous les cas, on avait l'impression qu'elle pouvait s'évaporer d'un instant à l'autre. Alors qu'elle prenait un verre à côté de moi elle s'était mise à parler de Rivina, de cette espèce de guerre qui se préparait, à quel point elle trouvait ça absurde et de me demander si j'essaierais de l'arrêter si je pouvais. Son drôle d'accent m'indiquait qu'elle n'était pas plus d'ici que moi mais à ce moment-là j'étais loin d'imaginer qu'elle était…

« Ça y est, je crois que ça marche ! Ça commence à avancer ! »

Quand je lui dis que j'aimerais bien l'aider, elle me fit confiance immédiatement. Comme si elle pouvait sentir que je mentais pas. Au début, pour tout dire, j'y croyais pas vraiment à son idée de groupe dissident pacifique. Même si j'approuvais pas les méthodes de Rivina, j'avais du mal à en concevoir d'autres en me mettant à leur place… mais elle elle insistait, elle était persuadée qu'on pouvait éveiller la conscience de ces milliards de gens et leur montrer que nos deux espèces pouvaient cohabiter. J'y croyais pas vraiment, non. Mais pour une raison ou une autre, j'ai saisi cette occasion. Aujourd'hui savoir qu'elle était elle-même une Sarunin et qu'elle résistait malgré tout au ressentiment ne faisait que renforcer ma conviction.

« Gh ! Purée, il est vraiment épais ce mur… »

Je l'avais pas revue directement depuis, je lui avais juste parlé au téléphone une fois. À ce qu'on m'avait dit, elle avait un petit frère et vivait à Suhltemi, un petit village isolé près le Forêt de la Nuit Éternelle. Comme ils avaient une longue tradition d'héberger des Sarunin, ils se méfiaient énormément des étrangers ; ça pouvait se comprendre. À Sino aussi, il semblait que les Sarunin étaient de plus en plus accueillis et acceptés : entrer en contact avec ce pays était donc primordial pour assurer la continuité de notre projet. J'avais eu moi-même cette idée de tunnel. Comme quand je l'avais rejointe, elle m'avait fait confiance sans hésiter. Et voilà comment on se retrouvait là, à essayer de percer un mur construit là par on ne savait qui et qui débouchait sur Dieu savait quoi…

« Ah… je sens un courant d'air… qu'est-ce que… »

Eiþuna était enfin venu à bout de l'obstacle. Visiblement ce mur faisait pas partie de la frontière : le trou percé donnait sur une salle immense, autant en superficie qu'en hauteur, et quasiment plongée dans le noir. La décoration était pour le moins austère : la salle semblait imiter une sorte de désert rocailleux. Des éclats de rochers, des fissures et des cratères jonchaient le sol et les parois. Un vrai champ de bataille. En regardant bien, et malgré l'obscurité, on pouvait apercevoir une porte entrouverte, étrangement haut-perchée. Aucun escalier ni aucune prise ou échelle ne permettaient de l'atteindre. Enlevant nos masques anti-poussière, on commença à explorer la pièce sans rien trouver de bien intéressant. Tout ce qu'on pouvait dire, c'est que ça ressemblait à… une aire d'entraînement… et comme il fallait pouvoir voler rien que pour sortir de la salle…

« Vous en pensez quoi ? lançai-je histoire de dire quelque chose.

−C'est clair, y a que l'armée ou Rivina qui peuvent faire ce genre de dégâts. répondit Eiþuna.

−Pas forcément. répliqua Teisim, une de mes amies. On est près la frontière, non ? Sino teste peut-être de nouvelles armes, ils sont plutôt en pointe dans ce genre de trucs… ils sont bien obligés. »

On avait donc trois possibilités… la seule façon d'en savoir plus c'était de monter. En fouillant dans mes capsules je trouvai par chance un grappin, pas forcément idéal mais mieux que rien. J'avais toujours eu un peu le vertige mais c'était pas le moment de jouer les petites natures. Un par un, on monta sur le rebord, et je poussai la lourde porte métallique pour découvrir… pas grand chose, finalement. Une grande pièce circulaire avec quelque bancs en pierre et entourée de portes moins massive que celle qu'on venait de franchir. À gauche, l'accès le plus large était bloqué par un éboulement. Plusieurs portes étaient entrouvertes, et on entendait pas un son. Y avait pas âme qui vive là-dedans.

« Il reste de la nourriture ici… périmée depuis longtemps… ajouta Teisim en se pinçant le nez. On dirait que les occupants sont partis en catastrophe.

−Si c'est le cas, c'est probablement pas l'armée alors. Mais si c'est des Sarunin je vois mal comment ils auraient pu construire un truc pareil incognito. Tiens, y a même une salle de réunion ici… »

On se serait cru dans un mauvais film d'espionnage : c'était une véritable base secrète ici. La dernière pièce ressemblait à une salle du trône un peu fauchée. Un fauteuil était disposé au fond sur un piédestal en pierre entaillé, auquel menait un tapis miteux. La pièce était poussiéreuse, comme tout le reste : tout indiquait que personne y avait mis les pieds depuis des mois, peut-être des années. Le plafond commençait même à se fissurer dangereusement… et c'est en le regardant longuement qu'un détail attira mon attention… un carré d'environ deux mètres de diamètre semblait se détacher, mis en évidence par lesdites fissures… pris d'un irrépressible besoin de voir l'anomalie de plus près, je montai sur le rebord du trône et essayai en vain de toucher le plafond… mais je perdis bien vite l'équilibre lorsque je sentis le fauteuil basculer sous mes pieds. J'avais pris un peu de poids ces derniers temps mais tout de même ! Chutant lourdement et me réceptionnant tant bien que mal, je n'eus pas le temps de gémir de douleur que j'entendis un long bruit de frottement au-dessus de ma tête.

« Eh bah, Celenäk, ironisa Teisim. T'as touché le gros lot aujourd'hui ! »

Je regardai rapidement autour de moi. Le trône était penché en arrière, légèrement enfoncé dans le sol. Et le carré suspect avait laissé place à une trappe qui en s'ouvrant libéra d'abondantes chutes de poussière. Génial, il allait encore falloir «voler». Mon fidèle grappin aida mes deux sveltes compagnons à atteindre l'étage supérieur, avant qu'ils ne me hissent à mon tour. Tout ça pour arriver à un escalier en colimaçon. Un long, très long escalier. Interminable. C'était vraiment plus de mon âge tout ça ! Même la lampe de poche finit par être à plat. J'avais depuis longtemps renoncé à compter le nombre de marches quand enfin ce qui ressemblait à une trappe de sortie se présenta à mes yeux. Peu importait ce qu'il y avait derrière, ça ne pouvait être qu'un doux paradis à côté de ce que nos guibolles et notre dos venaient d'endurer. En forçant un peu, la gredine s'ouvrit enfin, offrant mon visage soulagé… au contact glacé d'une pluie nocturne. Au moins, on ne risquait pas d'être éblouis par le soleil.

« C'est pas vrai, vivement que cette foutue mission se termine, j'en ai ma claque moi ! »

Il allait falloir tout recommencer ! Refermant la trappe d'un coup de pied qui me brisa sans doute un ou deux orteils, je partis avec mes deux compères dans le sol boueux au milieux de ce qui semblait être une clairière, en quête d'un abri de fortune qu'on trouva sous une paroi rocheuses érodée. Mais avant même de pouvoir se demander où on avait atterri, on s'endormit tous les trois comme des masses, bercés par le bruit de la pluie…




« … eg… theweg…

−Hum… hmm… quelqu'un…

−Nehatheweg !

−HA !!! Où… où je suis ?! On s'est endormis ?!

−Hefando, nehathe ?

−Qu'est-ce qu'y baragouine, çui-là… »

Un type en casquette et manteau bleus me parlait sans que j'y comprenne un traitre mot… on était toujours à la clairière, et les deux autres se réveillaient à peine eux aussi, Eiþuna le premier…

« Hmm… Celenäk… ah oui, je me souviens, le tunnel… c'est qui lui ?

−Kuventerraq, moexe !

−Euh… excusez-nous, mais… on est où au juste ?

−Ha… Qumsino miwel ? Miramfal ?

−Cette langue… intervint Teisim. Je l'ai déjà entendue quelque part…

−Il a pas dit «sino» à l'instant ? »

Du sinoïen… je ne réagis pas tout de suite, soit parce que j'étais pas réveillé, soit parce que ça paraissait trop beau pour être vrai… on avait… réussi?


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16 avril 1793 − Doun' Kaos, Dorowen.


La ville de Doun' Kaos était la « porte d'entrée » de ce pays : avant la fermeture des frontières les allées et venues d'étrangers n'étaient donc pas rares et nombreux étaient ceux qui s'y installaient pour commencer à découvrir Dorowen. C'était en partie pour ça que notre ville abritait la plus grande bibliothèque du pays. Mais depuis deux ans, sa fonction avait un peu changé : c'était ici qu'étaient rédigées et archivées toutes sortes d'enquêtes et d'informations sur nos hôtes « particuliers ». Langue, culture, comportements, structure sociale, alimentation : tout ce que les Sarunin de la ville nous avaient appris sur eux-même était consigné ici. En échange on promettait de ne rien leur demander sur l'endroit où leurs congénères se cachaient. Le plus gros du travail résidait dans l'apprentissage de nos langues respectives. Apparemment les enfants Sarunin apprenaient deux langues : celle que leurs ancêtres avaient développée et la langue humaine principale de la région où ils vivaient. Mais à mesure que la défiance envers les humains grandissait, beaucoup de parents avaient abandonné cette pratique qu'ils jugeaient inutile voire dégradante pour leur espèce… et je m'étais portée volontaire pour apprendre le Qakhlen aux nouveaux venus qui n'en connaissaient que des rudiments, étant au départ la seule personne à parler un tant soit peu le Sarunin.

Cependant ! Moi aussi j'avais encore beaucoup à apprendre, et certains de mes « élèves » pouvaient se révéler particulièrement têtus. L'orgueil des Sarunin n'était pas une légende. Mais puisque j'étais à moitié l'une des leurs, il fallait bien que j'arrive à leur tenir tête. Pour ça il me fallait les connaître le mieux possible. Après m'être assise, accompagnée d'une pile de livres et lunettes sur le nez, je fus rapidement absorbée par un chapitre sur les rapports hommes-femmes dans leurs communautés et leur gestion des conflits mineurs − autrement dit je cherchais comment me dépêtrer d'une prise de bec avec un Sarunin. Au cours de ma lecture, j'avais toutefois la désagréable impression d'être scrutée… en levant les yeux, je pus voir en face de moi une femme d'âge moyen, la peau légèrement mate, les yeux noirs et de longs cheveux d'ébène détachés. Elle me regardait l'air à la fois curieux et ennuyé, comme si elle observait une scène vaguement inhabituelle, avant de retourner à sa lecture. N'y prêtant pas attention plus que ça, je fis de même.

« Ça marche plutôt bien apparemment. »

De quoi elle parlait ? Et cette voix… je l'avais déjà entendue… en m'approchant d'elle, en ajustant mes lunettes et en me concentrant bien…

« AH ! VOUS ÊTES…!

−Petite, tu es dans une bibliothèque je te rappelle.

−Ah… désolée… mais enfin qu'est-ce que vous faites ici ?! murmurai-je.

−Il me reste deux mois avant l'accouchement, je n'allais quand même pas rester enfermée dans cette chambrette pendant tout ce temps… du coup Kain m'a proposé ça. Je dois dire que ça me va plutôt bien. ricana-t-elle en contemplant sa main.

−Vous avez du culot franchement… vous montrer comme ça devant moi, après m'avoir dit de ne pas m'en m…

−Pas la peine d'être aussi nerveuse, petite. Enfin, je peux comprendre que tu ne me portes pas dans ton cœur mais… tu n'as qu'à faire comme si j'étais une simple étrangère. Tu peux m'appeler Elivae − j'aime bien ce nom. »

Son déguisement n'était pas que physique. Elle semblait être une toute autre personne… à moins que ce ne fût une facette de sa personnalité que je ne connaissais pas…

« Ah, c'est vrai. poursuivit-elle sans se départir de son léger sourire. Tu n'as connu que mon côté le moins aimable, tu n'imaginais sans doute pas que je pouvais sourire et plaisanter comme n'importe qui.

−… En effet. répondis-je entre mes dents. Dois-je vous rappeler que la dernière fois qu'on s'était vues vous aviez essayé de me tuer ?

−Ah… ça. »

Si elle continuait à se moquer de moi, j'allais… je n'allais pas faire grand chose en fait, elle pouvait m'écraser sans forcer et sa présence ici devait rester secrète. Mais quand même… elle n'avait donc aucune empathie pour parler de ça aussi légèrement ?!

« Je suis désolée, petite.

−… pardon ? balbutiai-je, pas sûre d'avoir bien entendu.

−Savoir que tu es à moitié Sarunin m'avait choquée au début. Mais je te vois là au milieu de tous ces gens, vivant et étudiant sans même cacher ta queue, comme si de rien n'était. Tu ressembles tellement à une jeune fille ordinaire, c'en est déroutant pour moi… »

Cette note dans sa voix… c'était de la gentillesse ?

« Hum… vous commencez à évoluer un p…

−Ne te méprends pas. Je veux bien admettre que je t'ai jugée un peu vite, mais je considère que ce que vous faites avec tous ces Sarunin est totalement inconscient. Toi tu as peut-être vécu une enfance tranquille ici, mais eux, sois sûre qu'ils ne rêvent que de revanche. Tôt ou tard ils se retourneront contre vous. »

Encore cette rengaine… elle ne comprenait donc rien.

« Ne fais pas cette tête-là, je sais bien à quoi tu penses. Bien plus que tu ne le crois… Tu vis dans un monde merveilleux qui ne connaît ni conflit ni vengeance. J'ai intégré l'École Son Gohan à l'âge de dix ans parce que je voulais protéger les faibles, comme des militaires avaient protégé la petite fille que j'étais d'un Sarunin. Je crois bien que durant mon adolescence j'avais des idéaux un peu semblables aux tiens, j'espérais qu'un jour nos deux espèces pourraient s'entendre. Mais aujourd'hui j'ai bien conscience qu'on ne peut plus faire marche arrière. Je n'ai pas de haine pour les Sarunin, mais si nous ne les éliminons pas, c'est nous qui disparaîtrons. C'est aussi simple que ça. »

Je bouillais d'envie de lui répondre… de la remettre à sa place ! De lui dire en face que ce genre de raisonnement ne faisait qu'alimenter le conflit, que beaucoup de Sarunin aspiraient aussi à se réconcilier avec nous, qu'il ne fallait pas avoir qu'une vision à court terme ! Mais les mots ne sortaient pas… j'avais l'impression que ça ne servait à rien… ils ne l'atteindraient pas… pourtant…

« … Vaki avait compris lui…

−Vaki… s'interrogea-t-elle doucement. Tu veux dire… Cue-Limyos ?

−Il était comme vous, il tuait des humains pour survivre, sans se poser plus de questions. Mais lui avait fini par comprendre que ça n'avait aucun…

−Ne me compare pas à lui. grogna-t-elle soudainement. Pendant des mois il est resté aux abords de cette grotte en tuant froidement des soldats. Il n'avait aucun motif ni aucun remord. C'était un meurtrier, le pire que j'aie rencontré même parmi les Sarunin. Et alors quoi, si il a eu un accès de moralisme au dernier moment ? Je n'ai rien en commun avec lui. Rien en commun… » répéta-t-elle le regard dans le vague.

Elle semblait essayer de s'en convaincre elle-même mais je sentais qu'elle n'était plus aussi sûre d'elle. Et malgré le ton, je m'aperçus que la conversation s'était nouée peu à peu… je ne ressentais plus autant cette crainte et cette méfiance qu'elle m'inspirait encore quelques jours auparavant… ce n'était pas seulement à cause de son apparence… j'avais l'impression de commencer à la comprendre un peu. Et je me surpris à me demander pourquoi j'arrivais aussi bien à communiquer avec les meurtriers…

« Je t'ai dit de ne pas me comparer à lui ! »

Elle avait crié sans prévenir, attirant tous les regards à elle ainsi qu'une réprimande d'un des bibliothécaires. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Elle semblait soudain embarrassée et paniquée…

« Euh… tu as bien parlé à l'instant, rassure-moi…?

−Pas… que je sache… »

Avais-je pensé à voix haute ? Non, j'étais à peu près sûre que mes lèvres n'avaient pas bougé… et maintenant que j'y pensais… cette façon qu'elle avait depuis tout-à-l'heure de me couper sans cesse la parole, ça me rappelait… à l'instant où je formulai cette pensée son visage se tendit un peu plus…

« I… il faut que j'y aille, je suis fatiguée. dit-elle en se levant brusquement. C'est qu'il prend sa part d'énergie le bougre. »

Son ventre… je venais juste de me rappeler qu'elle portait un enfant. Quand j'y pensais, ça paraissait tellement incongru… tellement en décalage avec le «personnage»…

« Euh… ça va aller ? Tous ces escaliers à monter pour vous c'est un peu…

−Je suis peut-être enceinte mais n'oublie pas qui je suis : il faut plus qu'un petit escalier pour m'abattre ! »

Évidemment… mais qu'est-ce qui me prenait ? Je n'allais quand même pas avoir de la sympathie pour elle maintenant ?! Je devais me ressaisir ! Je tournai mon attention sur les deux livres qu'elle avait pris… « Les secrets de l'esprit humain » et « Les mésaventures de Weisan le télépathe »… voyant où se posait mon regard, elle s'empressa de les ramasser.

« Bon, et bien bonne soirée, petite. Et évite de penser trop fort.

−… de quoi ?

−Euh… rien, oublie. »

Elle partit précipitamment, me laissant à mes questionnements… c'était pour le moins un drôle de conseil qu'elle me donnait. Et les livres qu'elle lisait ne faisaient que renforcer ma suspicion…

Weisan le télépathe… ce roman racontait l'histoire d'un homme fourbe qui s'immisçait dans la vie des gens et volait leurs secrets pour les faire chanter et les dépouiller. Pour le punir un sorcier lui infligeait une malédiction : le pouvoir de lire dans les pensées. Au début Weisan s'imaginait pouvoir lire dans l'esprit des gens comme dans un livre, mais il n'avait aucun contrôle sur son pouvoir et se retrouvait bien vite submergé par des pensées en tout genre, lui causant d'insupportables migraines et l'obligeant à se tenir à l'écart de la société pour ne pas devenir fou. Il commençait alors une quête pour apprendre à maîtriser son pouvoir et ne plus faire irruption dans l'intimité des autres, faisant de lui un homme meilleur. C'était une histoire très célèbre sur tout le continent mais c'était plutôt un roman pour adolescents… ce livre, les coupages de parole, cette réponse à une remarque que je n'avait fait que penser… pour une raison ou une autre j'avais peur d'en tirer une conclusion…






Un violent coup de la paume frappa mon poitrail et me projeta en arrière, me sortant brusquement de ma rêverie.

« Tiens… c'est la première fois que j'arrive à te battre. Y a quelque chose qui va pas ?

−Aïe… désolée, je rêvassais. On continue, ça ne comptait pas !

−… T'es bizarre aujourd'hui, t'es pas du tout concentrée. Vaut mieux en rester là. »

Il avait sans doute raison. Si même Rensa pouvait me faire tomber, c'était vraiment que je n'avais pas la tête à l'entraînement.

« Alors, quelque chose qui te tracasse, Senpai ?

−Non, Rensa, je suis fatiguée, c'est tout. Et c'est quoi ce « Senpai » d'abord ?

−C'est comme ça qu'on appelait son aîné en apprentissage dans l'Ancien Monde ! Enfin c'est ce qu'on m'a dit… en parlant d'apprentissage… tu te serais pas rapprochée d'un de tes «élèves» plus que prévu des fois ? C'est pour ça que t'as la tête ailleurs ? ricana-t-il.

−Tu te fais des idées.

−Ah ? J'ai toujours une chance alors ?

−Tu te fais encore plus d'idées. »

Comme si c'était le moment de m'engager dans des amourettes. Je ne pouvais pas nier cependant qu'Elle me préoccupait. Elle avait joué les bonnes mères sympathiques à la bibliothèque mais maintenant que j'y pensais, l'invasion d'Olomo quatre jours auparavant, si c'était vrai, avait dû la chambouler plus qu'un peu… qu'une chose aussi horrible survienne juste quand elle avait décidé de quitter l'armée, elle qui disait l'avoir intégrée pour protéger les faibles… la culpabilité devait la ronger…

« Ciaaaanaaaa…

−Ah ! Je rêvassais encore…

−T'es sûr que t'es pas amoureuse ?

−Lâche-moi avec ça ! Je rentre, je suis décidément pas d'humeur à m'entraîner aujourd'hui. »

Je décidai de rentrer… ou pas. Presque inconsciemment, c'est vers l'escalier principal et le dernier étage de la tour que mes pas me guidèrent. Cette conversation avec Elle avait vraiment piqué ma curiosité, et j'avais à présent une irrépressible envie d'en savoir plus. Je ne pouvais plus la considérer comme une tueuse impitoyable, il fallait que j'arrive à comprendre, comme je m'y efforçais pour les Sarunin. Et je devais aussi éclaircir un détail au passage…


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26 mars 1788 − Région de Dumia


Dix ans… dix ans que je faisais ce sale boulot, et j'en étais probablement dégoûté pour de bon. La paix, la sureté, la prospérité humaine… toutes ces idées que j'avais promis de défendre lorsque j'avais accepté cette mission ne sonnaient plus que comme des formules creuses à mes oreilles. Des mensonges. Je faisais encore semblant de sourire aux personnes qui me saluaient chaleureusement dans la rue, mais le cœur n'y était plus. Ou plus de la même façon. Quand est-ce que j'avais commencé à douter ? Difficile à dire… tout petit déjà je me posais des questions, mais ma mère m'avait toujours rassuré, toujours dit que j'avais simplement une constitution exceptionnelle. Même si elle s'assurait toujours que je ne mange pas trop en présence des autres. C'était aussi sans doute pour ça qu'elle m'avait inscrit à l'École militaire aussi jeune : pour que ma force ne soit pas perçue comme trop anormale une fois adulte et que j'apprenne rapidement à la contrôler. Quand après être devenu Chasseur j'avais appris l'existence des enfants interdits, j'avais sans doute déjà compris ce que j'étais. Mais je le refoulais. Après tout, j'étais persuadé comme les autres que la menace des Sarunin était réelle. On me l'avait enfoncé dans le crâne, jour après jour. Et les remerciements quotidiens des gens ne pouvaient pas me laisser indifférent.

Mais après cette affaire, l'autre moitié de moi avait resurgi. Et peu à peu, tous ces gens que j'avais juré de protéger, je m'étais mis à les haïr. Tous autant qu'ils étaient. De victime, ils étaient tous devenus bourreaux à mes yeux. Des bourreaux inconscients, persuadés de leur bon droit. Et moi, de protecteur, j'avais compris que je n'étais rien d'autre qu'un fratricide. La seule personne que je ne pouvais me résoudre à détester était ma mère. Elle n'avait toujours recherché que mon bien-être et avait tout fait pour me protéger, moi et mon sang impur. Tout fait pour que je ne subisse pas le même sort que cet enfant… Si je me confiais à elle, elle me comprendrait peut-être… me baladant seul dans la Montagne aux Oiseaux, je fus interrompu dans ma méditation par une faible aura non loin d'ici. Un Sarunin. Peut-être était-ce dû à mon sang, mais j'étais une des rares personnes, peut-être la seule, à pouvoir distinguer les auras humaines et Sarunin, non pas à leur intensité mais à leur nature. Celui-là était blessé ou affaibli… regardant autour de moi, j'aperçus vite une jambe dépassant de derrière un rocher, suivie d'une longue trainée de sang. Lorsque je découvris son visage, il ne paraissait pas surpris ni angoissé. Non. On y lisait uniquement de la haine et du mépris. Sa jambe était vraiment en piteux état, son visage pâle transpirait abondamment et sa respiration était lourde… Sarunin ou pas, il ne tiendrait probablement pas plus d'une journée…

« Tss… tu m'as… trouvé… tant mieux, j'en ai marre de… ramper… »

Cynique jusqu'à la fin… je n'avais aucun mal à le comprendre… contrairement à l'ancien moi.

« Qu'est-ce… tu attends… achève-moi…! »

Il abandonnait trop vite… son état était critique mais il pouvait encore être sauvé. Bien sûr aucun hôpital n'aurait accepté. Et il ne voulait sans doute pas non plus. Pas de la part d'un humain.

« Je ne vais pas te tuer.

−Hein…? Je veux pas ta… pitié… urgh… saloperie d'humain…!

−Et si je te dis que je ne suis pas humain ?

−Tss… hé… héhéhé… avec ces vêtements ? Tu te fous de… qui… héhéhé…

−Tu parles beaucoup pour un type à moitié mort.

−C'est justement… parce que je suis moitié mort…

−Je te dis d'économiser tes forces. Je vais soigner ta jambe. Que tu puisses au moins te déplacer par toi-même. »

Il ne riait plus… ou plutôt, il n'était pas sûr que j'étais sérieux. Tous les Chasseurs avaient en permanence un kit de premier secours sur eux, les Commandants ne faisaient pas exception. Bien sûr je ne pourrais pas faire grand chose de plus… alors que je m'apprêtais à arrêter le saignement, sa main écarta la mienne, apparemment par pur réflexe. Il ne parlait plus. Quelques minutes plus tard, alors que je serrais le dernier pansement, sa respiration s'était faite moins saccadée mais il n'avait pas repris beaucoup de couleurs pour autant. Il resta un long moment silencieux et immobile, mais les yeux ouverts.

« Tu comptes me raconter histoire… pour dormir peut-être…? »

Je n'allais pas gagner sa confiance aussi facilement… il valait mieux le laisser se débrouiller à présent. Moi aussi je devais rentrer. Le lendemain, j'allais faire une chose à laquelle je n'étais pas sûr de survivre… non… le Commandant Jinei était d'ors-et-déjà mort.




5 avril 1788 − Prison secrète dans les plaines de Chiyuki


J'étais mort… c'était ce qu'ils pensaient… et il fallait bien avouer que personne d'autre que moi n'aurait pu survivre à ça… la décharge avait contracté chacun de mes muscles et les avait emplis d'une douleur insoutenable… le temps semblait s'être arrêté, faisant perdurer la souffrance dans chaque recoin de mon corps… une sensation mêlée de brûlure et de déchirure continue… ma conscience restait faiblement accrochée au rebord mais menaçait de lâcher à tout moment… j'usais de mes dernières forces pour me concentrer… retrouver cette aura que j'avais imprimée dans ma mémoire… je n'étais pas sûr qu'il ne me laisserait pas crever mais… c'était ma dernière chance… soudain, la douleur s'évanouit. Tout devint sombre. Je ne sentais plus rien, comme si mon corps avait pris une forme éthérée. Cela dura quelques instants. Et puis elle revint, plus atroce que jamais… j'étais désormais à genoux, appuyé sur la paroi d'un tunnel sombre et rocheux… un homme aux long cheveux noirs noués me toisait avec une expression mêlée d'horreur et d'incompréhension… c'était lui… j'avais réussi… m'agrippant à lui, je murmurai tant bien que mal les quelques mots cohérents que j'avais encore la force de formuler…

« Je peux… t'aider… je peux… vous aider… »

Je lâchai prise en même temps que ma conscience et m'effondrai, le cœur soulagé autant qu'empli de doutes. L'image de cette queue se balançant au bas de son dos gravée dans mon esprit.





à suivre…
Nanarland, le monde des mauvais films sympathiques

Reflexions of fear make shadow of nothing...
Shadow of Nothing...
You're still blind if you see winding road
'cause ther's always a straight way to the point you see.


Pour arrêter le hoquet, prendre un sucre avec du vinaigre : dégueu mais efficace :mrgreen:


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