Pour de délicats moments...

Un peu de repos dans ce monde à 200 km/h. Y a-t-il plus grand plaisir que de lire et relire son livre de chevet ? Parle-nous donc ici de tes coups de coeur littéraires, ainsi que de tes BD & Comics favoris.

Modérateur : Ero-modos

Aizen
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Pour de délicats moments...

Message par Aizen » mer. 07 juin 2006, 15:36

de solitude, je créé ce topic. Le but est simple poster les poésies qui vous ont touché, ému, ou tout simplement plu. Evidemment, l'auteur et le titre de celle-ci doivent être indiqué et le poème posté dans son intégralité. Aussi je commence et montre l'exemple :

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert

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Message par iori » mer. 07 juin 2006, 16:29

rooo ça c'ets une bonne idée! (j'avais déjà pensé à faire un truc dans le genr emais je m'y connais carrément pas en poésie :cry:)
je connaissais pas barbara mais c'est beau :cry:


alors là tout de suite j'en ai une qui me rend toute nostalgique (ma mère me la lisais quand j'étais toute piote! ça date ^^)




Impression fausse


Dame souris trotte,
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte,
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu'à vos amours.
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité!

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four,
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus,
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !


Paul VERLAINE, Parallèlement (1889)

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Message par Gladia » ven. 09 juin 2006, 14:27

Barbare

Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,

Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)

Remis des vieilles fanfares d'héroïsme - qui nous attaquent encore le cœur et la tête, - loin des anciens assassins -

Oh ! le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)

Douceurs !

Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre, - Douceurs ! - les feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous. - O monde ! -

(Loin de vieilles retraites et des vieilles flammes qu'on entend, qu'on sent,)

Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et chocs des glaçons aux astres.

O douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs ! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques...

Le pavillon...


Arthur Rimbaud

Je trouve que c'est très beau et déroutant à la fois !

Chaos ou Recréation ? :?:
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Message par Zetsui » ven. 09 juin 2006, 15:03

Spleen : J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans


J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.


Baudelaire Charles (Les fleurs du mal)

Je trouve que ce poème exprime totalement les sentiments que l'on face à la solitude, c'est à dire l'injustice, l'incompréhention.
Je trouve une vraie force dans ce poème et le prend plutôt en le lisant comme un besoin de s'ouvrir au monde plutôt que de continuer sa déroute et ne rien faire pour en sortir.
C'est difficile à comprendre et à exprimer mais j'aime beaucoup ce poème.


Au faite Gladia, on devrait mettre nos créations ou pas, :lol:
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Message par Gladia » ven. 09 juin 2006, 15:16

Comme tu veux, en tt cas c'est du grand art à prendre au 50° degré, mais moi je les ai plus ! P-e les as-tu ! :lol:
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Message par pyjama » mar. 20 juin 2006, 00:34

Barbara est sans doute un de mes poèmes préférés. Ce texte est vraiment un des plus beaux jamais écrits je trouve.
Je ne connaissais pas le Rimbaud et le Verlaine que vous avez posté. Merci Iori et Gladia!
Puis le Spleen de Baudelaire, ça faisait longtemps que je l'avais pas lu! Il me file toujours autant le bourdon. Normal, je sais, mais quand même...

Je partage une autre que j'aime, de Boris Vian que je trouve très belle :


Je voudrais pas crever

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...


Boris Vian

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iori
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Message par iori » mar. 20 juin 2006, 00:49

décidément pyj t'es une filles génialissime ^^
je suis méga over fan de boris vian (bon ok j'avoue j'exagère un peu, disons que j'aime beaucoup le peu que je connais de lui :lol:)

et les rimbaud et baudelaire sont quand même des incontournables! ça fait du bien d'en relire! merciii (enfin ça fait du bien c'ets vite dit hein :roll: )



bon pour changer un peu, un texte en anglais, puis sa traduction (oui tout le monde ne parle pas anglais, moi al prmeière ^^' )


IF

If you can keep your head when all about you,
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good or talk too wise:

If you can dream and not make dreams your master;
If you can think and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the words you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them:"Hold on!"

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings--nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And--which is more--you'll be a man, my son!

Rudyard Kipling




Si... (Traduction de Jules Castier)

Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon, ni parler trop sagement;

Si tu rêves, - sans faire des rêves ton pilastre;
Si tu penses, - sans faire de penser toute leçon;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;

Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre - et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret
A servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : << Tiens bon ! >>

Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros;
Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
A toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling

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Message par pyjama » mar. 20 juin 2006, 01:19

Décidément Iori t'es une mère génialissime! J'ai faillit mettre ce poème de Kipling! J'ai longuement hésité et tout...
On est trop connected minded, c'est un truc de ouf! :shock:

Bref, ce If est vraiment trop beau.

De Boris Vian, je connais que quelques poèmes que j'adore. Mais (la honte!) j'ai encore lu aucun bouquin de lui. Quand j'ai fini ma pile à lire, faut que j'attaque l'Ecume des jours.

Puis, de lui y'a un poème que j'aimais beaucoup mais dont je me rappelle pas le titre. C'est un mec qui va se faire executer qui parle et qui raconte son amour pour la vie... Je m'en souviens plus beaucoup, mais je sais que je l'avais trouvé magnifique.


Et poup continuer dans la poésie, un peu de Victor Hugo. Parce qu'on en a pas encore eu et qu'il se débrouillait plutôt bien question poèmes:

Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo


Pour ceux qui ne connaissaient pas encore ce poème, Victor Hugo l'a écrit en pensant à sa fille, Léopoldine, emportée par le mascaret (si je me souviens bien...)
Bref, c'est à la fois super triste et super beau, non?

Jade Von Memeth
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Message par Jade Von Memeth » mar. 20 juin 2006, 10:18

A Poison Tree


I was angry with my friend:
I told my wrath, my wrath did end.
I was angry with my foe:
I told it not, my wrath did grow.

And I watered it in fears
Night and morning with my tears,
And I sunned it with smiles
And with soft deceitful wiles.

And it grew both day and night,
Till it bore an apple bright,
And my foe beheld it shine,
And he knew that it was mine -

And into my garden stole
When the night had veiled the pole;
In the morning, glad, I see
My foe outstretched beneath the tree.


William Blake
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man_of_man
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Message par man_of_man » mar. 20 juin 2006, 12:26

Ooooh Boris Vian est déjà là 8D
Bon, j'aurais pas l'exclusivité XD

Quand J'aurais du Vent Dans Mon Crâne

Quand j'aurai du vent dans mon crâne
Quand j'aurai du vert sur mes osses
P'tet qu'on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu'auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m'asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m'ont fait apprécier
Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier
Et puis je n'aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
A me prévoir sans vie
Les osses tout verts, le crâne venteux
Ah comme j'ai mal de devenir vieux.

Boris Vian


Et aussi un petit poème de Rimbaud (mon poète favori n_n)


Rêvé Pour L'Hiver


L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...

Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup...

Arthur Rimbaud

=)
Ceux qui portent une barbe ou une barbichette ont toujours quelque chose à cacher, ne serait-ce que leur menton!
Bernard Werber

Même sur le plus beau trône du monde on est toujours assis que sur son cul
Montaigne

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Message par Aizen » jeu. 22 juin 2006, 11:50

Voilà sans doute un de mes poètes préférés (l'Ecume des jours est un roman absolument superbe, tout comme l'Arrache-coeur ^^), ces poèmes sont d'une tristesse indicibles. Ce ne sont que quelques poèmes, j'en posterai sans doute d'autres, en tout cas j'espère que ceux-ci vous plairont ^^. Bonne lecture =) !

En vertu de l'amour

J'ai dénoué la chambre où je dors, où je rêve,
Dénoué la campagne et la ville où je passe,
Où je rêve éveillé, où le soleil se lève,
Où, dans mes yeux absents, la lumière s'amasse.

Monde au petit bonheur, sans surface et sans fond,
Aux charmes oubliés sitôt que reconnus,
La naissance et la mort mêlent leur contagion
Dans les plis de la terre et du ciel confondus.

Je n'ai rien séparé mais j'ai doublé mon coeur.
D'aimer, j'ai tout créé : réel, imaginaire,
J'ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m'éclaire.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Nous ne vieillirons pas ensemble
Voici le jour
En trop : le temps déborde.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Les limites du malheur

Mes yeux soudain horriblement
Ne voient pas plus loin que moi
je fais des gestes dans le vide
Je suis comme un aveugle-né
De son unique nuit témoin

La vie soudain horriblement
N'est plus à la mesure du temps
Mon désert contredit l'espace
Désert pourri désert livide
De ma morte que j'envie

J'ai dans mon corps vivantles ruines de l'amour
Ma morte dans sa robe au col taché de sang.

Paul Eluard

Il s'agit de poêmes écrit après la mort de sa seconde femme, Nusch en 1947.

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Message par iori » jeu. 22 juin 2006, 17:02

bon je vais pas redire à pyj qu'elle a mis l'un de mes poèmes préférés parceque bon je vais avoir l'impression de me répéter (voilà comme ça je l'ai pas dit^^)
en plus vous mettez tos des poèmes ou des auteurs (ou les deux) que j'aime beaucoup :lol:
rimbaud c'est génial aussi (un jour je posterai ma bohème, si personne ne l'a fait d'ici là ^^)
et paul Eluard! c'était le nom de mon école :happy: ça me rend toute nostalgique ce nom :cry:
c'est trop beau ce qu'il a écrit!

pour la peine je mets son poème le plus connu :

Liberté


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Paul Eluard
in Poésies et vérités, 1942


voilà c'est tout (mais c'est tellement beau ^^)

Yiliboo
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Message par Yiliboo » jeu. 22 juin 2006, 23:18

Rho trop bien ce topic ^^ En plus ya des gens qui ont posté des poésies que je connais alors jme sentais trop cultivée sur le coup( alors que pas du tout mais bon :roll: ) Pyjama, Demain dès l'aube jla connais même par coeur comme je suis trau faurte ^^

A moi, à moi :happy: :happy:
Bon faut pas me demander des trops inconnues moi je fais avec les moyens du bord, j'ai pas de culutre poétesse spa ma faute :pleur:


La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards

Paul Eluard

C'est trop beauuu! Je remercie le bac de français de m'avoir fait découvrir ce poème ^^ (et d'autres en passant)
Tiens d'ailleurs maintenant que j'ai ouvert mes livres de poésie j'ai envie de les lire merci pour ce topic ^^

Une autre, très belle et qui me fait très peur aussi^^

A celle qui est trop gaie


Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

La passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé
Je te hais autant que je t'aime!

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer son sein,

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur!
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur!

Charles Baudelaire

J'adore particulièrement les sonorités de la 4ème strophe :love:
Bon si j'ai du mal à me restreindre je vais faire qu'un poème par auteur, sinon Eluard et Baudelaire déjà yen aurait beaucoup ^^

Super connue, mais quand même magnifique:

Les colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme des fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

Guillaume Apollinaire

Exception pour Apollinaire, un tout petit poème en plus:

Le paon

En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.


Hihihi ^^

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrai moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos

Bon Desnos je peux pas m'empêcher d'en mettre plusieurs ^^

Conte de fée

Il était un grand nombre de fois
Un homme qui aimait une femme
Il était un grand nombre de fois
Une femme qui aimait un homme
Il était un grand nombre de fois
Une femme et un homme
Qui n'aimaient pas celui et celle qui les aimaient

Il était une fois
une seule fois peut-être
Une femme et un homme qui s'aimaient

Et une plus enfantine:

Le nuage

Le nuage dit à l'indien:
"Tire sur moi tes flèches,
Je ne sentirai rien."

"C'est vrai, rien ne t'ébrèches,
Répond le sauvage,
Mais vois mes tatouages!
Rien de pareil sur les nuages."


Oulà c'est long, j'arrête pour aujourd'hui ^^
C'est pas l'Homme qui fait l'outil, c'est l'outil qui fait l'Homme, TINTINTIN
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sydar77
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Message par sydar77 » ven. 23 juin 2006, 20:39

bon d'accord j'ai un peu de retard mais quel magnifique topic!!!!
aller à mon tour de mettre un petit Vian même si le poème que je préfère a déjà été mis: je voudrais pas crever qui est vraiment génialissime, à la fois mélancolique et drôle...on peux se demander et nous qu'aimerions nous faire avant de mourir...

A tous les enfants
A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d'avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un document

Pas de pierre, pas de béton,
ni de bronze qui devient vert
sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé,
plein de rires, plein d'oiseaux bleus,
soudain griffé d'un coup de feu
Un monde neuf où
sur un corps qui va tomber
grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés les pieds
au chaud, sous leur bureau en calculant
le rendement de la guerre qu'ils ont voulue
A tous les gras, tous les cocus qui
ventripotent dans la vie et
comptent et comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai le monument
qui leur convient
avec la schlague avec le fouet, avec mes pieds, avec mes poings
Avec des mots qui colleront sur leurs
faux-plis, sur leurs bajoues, des marques
de honte et de boue.

et un 2ème pour la route pas très original mais c'est ce poème qui m'a fait découvrir Baudelaire:

L'horloge
Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! "

charles baudelaire
Dernière modification par sydar77 le sam. 24 juin 2006, 16:41, modifié 1 fois.
Est-ce que chez eux, les enfants d'Afrique
Vont visiter des parcs zoologiques
Pour voir enfermées des bêtes qui viennent de loin
des chats, des pigeons, des horodateurs ou des chiens

Bénabar

Rilakkuma
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Message par Rilakkuma » sam. 24 juin 2006, 16:13

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Apollinaire, Alcools -1913-

P.S: C'est une merveille ce topic :bizou: Merci.
Dernière modification par Rilakkuma le mar. 12 déc. 2006, 16:47, modifié 1 fois.

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